| A
quelques jours de l'expiration de l’ultimatum fixé par l'Agence
Internationale de l'Energie Atomique (AIEA), l'Iran semble
avoir écarté au moins « provisoirement »
la menace d'une crise majeure en jurant une parfaite transparence
sur ses activités nucléaires et en présentant une série de
concessions quant à son programme nucléaire. Des engagements
qui risquent d'être rapidement soumis à rude épreuve. Déjà,
une équipe de cinq inspecteurs de l'AIEA s'est rendue dimanche
en Iran pour vérifier les informations fournies récemment
par Téhéran sur son programme nucléaire.
La visite des
inspecteurs onusiens est motivée par des faits sans précédent.
Le 21 octobre, l'Iran s'est engagé, pour la première fois,
à ouvrir ses portes à des inspecteurs étrangers et à placer
ses activités nucléaires sous strict contrôle international,
lors de la visite à Téhéran du ministre français des Affaires
étrangères, Dominique de Villepin, et ses homologues britannique
Jack Straw et allemand Joschka Fischer. Une visite conjointe
visant à convaincre l'Iran de se plier aux exigences internationales
en matière nucléaire. Lors de la visite, Téhéran a dit vouloir
signer rapidement un protocole additionnel au Traité de Non-Prolifération
(TNP), ce qui permettra des inspections inopinées et approfondies
de l'AIEA. Il a aussi accepté de suspendre tout enrichissement
d'uranium, tout en y apportant un bémol : l'Iran se réservait
le droit de reprendre cette activité ultérieurement. Le ministère
des Affaires étrangères a ainsi déclaré dimanche que son pays
étudiait toujours la suspension de l'enrichissement d'uranium.
Le président iranien Mohammad Khatami avait de son côté affirmé
que son pays ne renoncerait jamais à l'enrichissement d'uranium
pour fabriquer le combustible nécessaire à ses futures centrales
nucléaires. « Nous avons accepté de suspendre nos
activités d'enrichissement d'uranium pour un temps et lorsque
nous le jugerons nécessaire, nous les reprendrons »,
a déclaré M. Khatami. Paraissant plus menaçant, Hassan Rohani,
secrétaire du conseil suprême de la sécurité nationale, chargé
de gérer la crise du nucléaire iranien, n'a cessé de proclamer
que l'Iran se réservait le droit de reprendre l'enrichissement
d'uranium s'il le jugeait nécessaire : « Nous
avons déjoué un complot de l'ennemi. Les pays occidentaux
et européens doivent maintenant passer leur examen lors de
la prochaine réunion du conseil des gouverneurs de l'AIEA
qui aura lieu le 20 novembre », a-t-il ajouté.
Justifiant les
concessions iraniennes, le président Khatami a affirmé :
« La situation passée ressemblait à un ring où nous
étions opposés à un adversaire fort et vicieux, c'est-à-dire
les Etats-Unis, qui avaient essayé d'avoir le soutien des
spectateurs, autrement dit l'opinion publique mondiale »,
a-t-il affirmé. Mais avec l'accord conclu avec les trois ministres
européens, « l'Iran a transformé le ring de boxe en
un marathon et les spectateurs se sont rendu compte de notre
sincérité », a ajouté le président Khatami. « Nous
espérons que l'arbitre, c'est-à-dire l'AIEA, arbitrera cette
partie sans tenir compte des pressions politiques et se basant
seulement sur les aspects techniques », a espéré
le président.
Outre cette série
de concessions, les Iraniens ont remis à l'AIEA, jeudi dernier,
un rapport destiné à prouver la nature purement civile de
leurs activités nucléaires. Dans ce rapport, Téhéran a admis
des « manquements » dans le respect des accords
de sécurité nucléaires, tout en niant de nouveau qu'il cherchait
à se procurer l'arme atomique, a déclaré vendredi à Vienne
le représentant de l'Iran auprès de l'AIEA, Ali Akbar Salehi.
Il s'agit d'un « vaste ensemble de documents »
et l'AIEA doit immédiatement commencer ses activités de vérification
et reconstruire l'historique entier du programme nucléaire
iranien, a déclaré le directeur de l'AIEA, Mohamad Al-Baradei.
Ces concessions
n'ont pas été du goût de tout le monde. Rejetant cette politique
et la qualifiant d'« humiliante », un millier
de conservateurs ont manifesté, vendredi, pour protester contre
les inspections d'installations nucléaires iraniennes et demandé
un retrait de leur pays du TNP. « Mort à l'Amérique,
Mort à Israël, Mort à l'Angleterre ! », a crié
la foule lors d'une marche sur le campus de l'Université de
Téhéran. « Non au compromis, non à la capitulation,
sortons du TNP ! », a-t-elle également lancé.
Au moment où
M. Al-Baradei a affirmé, vendredi, qu'il attendait toujours
« une lettre » de l'Iran attestant que le
régime allait signer le protocole additionnel au TNP, des
responsables occidentaux ont fort loué la coopération iranienne
avec l'AIEA. Vendredi, Dominique de Villepin a estimé qu'une
« sortie de crise » était possible sur le
programme nucléaire iranien grâce au dialogue avec Téhéran,
mais à condition que l'Iran respecte ses engagements. De sa
part, Londres a affirmé cette semaine qu'il « espère
et attend » que l'Iran remplisse ses engagements
sur la nature civile de son programme nucléaire, a déclaré
le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw. |