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Éthiopie-Érythrée . Les Etats-Unis tentent une difficile médiation entre les deux pays, qui ont rompu tout dialogue depuis la fin de leur guerre en 2000.
Washington joue les médiateurs

Les Etats-Unis tentent de sauver le fragile processus de paix entre ses deux alliés de la Corne de l'Afrique, l'Ethiopie et l'Erythrée. L'assistant du secrétaire d'Etat adjoint américain pour les Affaires africaines, Donald Yamamoto, a ainsi achevé samedi une visite de trois jours en Erythrée, sans progrès apparent. Il était porteur d'un message du président George W. Bush à son homologue érythréen Issaias Afeworki sur les prochaines opérations de démarcation de la frontière entre l'Ethiopie et l'Erythrée, qui rencontrent actuellement d'énormes difficultés. Cette visite faisait suite à celle que M. Yamamoto avait effectuée la semaine dernière en Ethiopie, où il avait incité le premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, à faire preuve de souplesse et à rechercher un terrain d'entente avec Asmara sur la question des frontières.

Lors de son séjour à Asmara, le responsable américain, dont le pays est l'un des garants du processus de paix, s'est entretenu vendredi avec le représentant spécial de Kofi Annan pour la Mission des Nations-Unies en Ethiopie et en Erythrée (Minuee), Legwaila Joseph Legwaila, pour tenter de débloquer la situation. Mais ce dernier a dû se résigner à l'idée d'un troisième report de la démarcation de la frontière. « Apparemment, cela n'aura pas lieu en octobre. Nous sommes le 23 octobre et je ne pense pas que qui que ce soit puisse affirmer que d'ici la fin du mois, nous verrons le premier pilier planté », a indiqué M. Legwaila Joseph Legwaila lors d'un déplacement à Assab (Erythrée), où il était prévu que la démarcation démarre.

« Le report de la démarcation de ce mois-ci à une date indéterminée n'est pas bon pour le moral des peuples d'Ethiopie et d'Erythrée qui n'attendent que la paix », a affirmé M. Legwaila Joseph Legwaila. « Même si au bout d'un mois, des problèmes interrompent le processus », celui-ci a estimé que le plus important est désormais d'entamer le processus de démarcation, « que ce soit le mois prochain, en décembre ou en janvier ».

La commission frontalière n'a pas encore annoncé de report officiel du début des travaux de démarcation. Dans ce processus, la Minuee, dont le mandat est de patrouiller une Zone de Sécurité Temporaire (ZST) établie entre les deux Etats voisins et d'assurer le maintien de la paix entre l'Ethiopie et l'Erythrée, doit assister techniquement la commission frontalière.

Après deux années d'un conflit frontalier particulièrement meurtrier, entre 1998 et 2000, l'Ethiopie et l'Erythrée ont signé un accord de paix global à Alger, le 12 décembre 2000. Une commission frontalière indépendante (EEBC), basée à La Haye (Pays-Bas), chargée d'arbitrer et de délimiter la nouvelle frontière, a rendu sa décision « finale et obligatoire » le 13 avril 2002. Après avoir été prévu en mai, puis reporté au mois de juillet, le processus de démarcation de cette frontière devait théoriquement démarrer courant octobre selon le dernier calendrier de l'EEBC.

Mais le 19 septembre, le premier ministre éthiopien a officiellement rejeté la décision de l'EEBC, dans une lettre adressée au Conseil de sécurité des Nations-Unies. L'Ethiopie n'accepte pas que le village de Badme, point de départ de la guerre, ait été attribué à l'Erythrée par l'EEBC, et conteste d'autres points de la délimitation. Depuis, le Conseil de sécurité des Nations-Unies a rejeté une demande éthiopienne de mettre un terme aux travaux de l'EEBC, et a rappelé Addis-Abeba aux « obligations contractées par les deux parties dans l'accord d'Alger », dans une lettre au gouvernement éthiopien datée du 1er octobre.

Des tentatives d'entamer un dialogue politique entre les deux capitales ont alors échoué, après le refus catégorique de l'Erythrée de toute renégociation de la décision de l'EEBC. « L'idée d'un dialogue est un concept absolument impensable et inacceptable en ce qui concerne l'Erythrée », avait déclaré en début du mois le ministère de l'Information. « L'article 4.15 de l'accord d'Alger dit explicitement que la décision (de l'EEBC) est finale et obligatoire. Une fois qu'elle a été prise, la prochaine étape est naturellement l'application de la décision », avait précisé le ministère. Selon l'accord d'Alger, « un embargo » ainsi que des « mesures strictes » telles que décrites dans le Chapitre VII de la Charte de l'Onu doivent être imposés à la partie qui viole l'accord.

Signe de la gravité de la situation, les deux gouvernements ont plusieurs fois évoqué, dans de récentes déclarations officielles, le risque de reprise d'une guerre, assurant toutefois, en Ethiopie comme en Erythrée, qu'ils n'en seraient pas à l'origine.

Hicham Mourad
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