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Lors
d'une visite de deux jours au Niger, suivie par deux autres
jours au Mali, le président français, Jacques Chirac, confronté
à des restrictions budgétaires dans son propre pays, n'a pas
annoncé d'aides nouvelles spectaculaires, sinon des coups
de pouce à des priorités comme l'aménagement du bassin du
Niger, un plan d'action en faveur des producteurs de coton
et une remise de dettes au Mali.
Mais cela n'a
pas empêché des foules immenses, que ce soit à Niamey ou Bamako,
de réserver un accueil enthousiaste et coloré au président
français. Selon la télévision nationale malienne, quelque
800 000 personnes ont fêté vendredi soir sa venue dans
les rues de Bamako. Un observateur malien estime que la population
« n'attendait pas des millions mais qu'elle était
très contente de la démarche » de Jacques Chirac,
premier président français en quelque vingt ans à se rendre
au Niger et au Mali.
Dans ces deux
pays sahéliens, M. Chirac a encouragé à la fois la bonne gouvernance
et les réformes économiques, alors que la démocratie reste
fragile et que les deux tiers de leurs quelque 20 millions
d'habitants vivent avec moins d'un euro par jour. Après des
décennies de régime autoritaire ou militaire suivant l'indépendance
en 1960, le Mali a lancé au début des années 1990 un processus
démocratique suivi, il y a trois ans, par le Niger.
C’est à l’Assemblée
nationale nigérienne que le président Chirac posera un premier
acte politique dès son arrivée à Niamey, en s’adressant aux
élus du peuple pour affirmer son attachement aux valeurs démocratiques
dans un pays où aucun président élu n’a jamais terminé son
mandat.
Au Mali, pays
« engagé clairement et fermement dans la voie de la
démocratie », le chef de l'Etat français a affirmé
à l'adresse de son homologue malien, Amadou Toumani Touré,
élu régulièrement en 2002, qu'il s'agit d'un « bel
exemple pour l'Afrique ».
Au-delà de cet
encouragement à persévérer sur le « chemin du consensus
et du dialogue » dans un continent ravagé par les
guerres civiles, et de la dimension hautement symbolique de
l'accueil populaire qui lui a été réservé en tant que « meilleur
ami de l'Afrique », Jacques Chirac a abordé les questions
concrètes qui préoccupent la région sahélienne au carrefour
entre les nomades arabo-touaregs et les agriculteurs négro-africains.
Dans une zone
où l'influence économique et diplomatique française reste
très forte, le président français a fait de l'accès à l'eau
une priorité et s'est rendu à Tahoua, à 550 km de Niamey,
pour inaugurer un forage qui donnera de l'eau potable à un
tiers de cette ville de 30 000 habitants. Il a aussi
annoncé une aide de 10 millions d'euros pour aménager le fleuve
Niger, artère nourricière de plusieurs pays ouest-africains
menacée par l'ensablement. Il a aussi promis samedi de faire
un geste supplémentaire sur la dette bilatérale du Mali, 11,6
millions d'euros, dont l'exigibilité sera gelée jusqu'en 2007.
Après l'échec
en septembre des négociations commerciales de Cancun, au sein
de l'Organisation mondiale du commerce, M. Chirac a annoncé
une initiative diplomatique pour « rendre espoir »
aux cultivateurs de coton du Mali (troisième producteur mondial)
confrontés aux subventions accordées par les Européens et
les Américains à leurs concurrents occidentaux. Il s'engage
notamment à demander à l'Union européenne de « compenser
les pertes de revenus des producteurs » que ceux-ci
évaluent à un milliard d'euros en raison de la concurrence
des pays riches.
Se faisant l'écho
des critiques africaines, Jacques Chirac s'est par ailleurs
laissé aller à un véritable « coup de gueule »
contre l'inefficacité des méthodes du Fonds européen d'aide
au développement (Fed). « Force est de constater que
ça ne marche pas bien, a-t-il lancé, que les fonds
s'accumulent, mais qu'au bout de la procédure il n'y a pas
grand-chose ; non que l'argent soit gaspillé, mais en
raison de l'incapacité à comprendre les réalités du développement ».
Tout en assurant qu'il saisirait la Commission européenne
de cette question.
Pauvres parmi
les pauvres, ces deux pays attendaient beaucoup de cette visite
durant laquelle le chef de l’Etat français a été accompagné
de quelques hommes d’affaires et des ministres de l’Agriculture,
Hervé Gaymard, et de la Coopération, Pierre-André Wiltzer.
Des attentes qui touchent notamment au dossier sensible des
échanges bilatéraux. Et pour le chef de l'Etat français, l'essentiel
était de montrer à l'Afrique confrontée à la misère, aux maladies
et au désintérêt quasi général, que la France et la communauté
internationale ne l'abandonnaient pas, dans la lignée de son
engagement depuis le sommet de la Terre à Johannesburg en
2002 à être le meilleur avocat du continent.
Mais si les services
de communication de l’Elysée ont placé ce voyage présidentiel
sous le sceau du soutien au développement et à la bonne gouvernance,
les motivations sont aussi ailleurs. Il s’agit pour la diplomatie
française de se rappeler du bon souvenir de ses ex-colonies,
à plus de 90 % musulmanes, dont la dernière visite d’un
président de la République française, François Mitterrand,
remonte à 1982 pour le Niger et à 1986 pour le Mali. Le contexte
politique international offre au président Jacques Chirac
l’opportunité d’évoquer la solidarité internationale et le
devoir de soutien des pays industrialisés en faveur des plus
pauvres.
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