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Chanson . A l'occasion du Ramadan, la chanteuse Abir Sansour animera une soirée à la maison Harrawi le 5 novembre, en puisant dans différents répertoires.
Voix de la Palestine

Abir Sansour s'adapte à son auditoire et dévoile les différentes facettes de son répertoire selon les lieux où elle se produit. Ainsi, « au Festival de la Citadelle, un lieu populaire ouvert, j'ai interprété des chansons plus légères, différentes de celles que je chante à l'Opéra du Caire et à la maison Harrawi pendant le mois de Ramadan », explique la chanteuse palestinienne, née à Bethléem. Pendant le mois du jeûne, baignant dans une ambiance chaude et conviviale, elle se concentre sur les chansons religieuses douces. « Ce mois revêt un aspect particulier à Al-Harrawi. C'est un lieu oriental et ancien, pas très spacieux, qui rassemble intimement les gens les uns à côté des autres comme dans une seule famille ». Elle égrènera donc le répertoire d'Oum Kalsoum (anqor al-dofof), Warda (lola al-malama), Leïla Mourad (raïdak), Fayrouz (marret bil chawarie), mais aussi du folklore palestinien, accompagnée d'un takht oriental.

En même temps, Sansour partagera avec son auditoire le folklore et le patrimoine palestinien sans trop le charger de tristesse. Elle a un message à délivrer, pas seulement celui des chansons révolutionnaires et patriotiques comme c'était le cas lorsqu'elle était étudiante à la faculté de pédagogie en Palestine, où elle a formé un groupe musical, Sarkha (Un Cri), en 1989. « Chanter était interdit à l'époque. Alors on cherchait un lieu pour s'entraîner en cachette ».

Ici, au Caire, elle vise plus, par ses chansons, à évoquer le quotidien du peuple palestinien et le répertoire antérieur à la nakba de 1948. « Les gens s'imaginent qu'il n'y a que des chansons révolutionnaires dans le patrimoine musical palestinien. Avant la colonisation, la Palestine était riche en chansons du quotidien, qui traitaient du mariage, de l'agriculture et d'autres thèmes ». Comme la chanson Ala dalona qu'elle interprétera le 5 novembre et qui représente la déesse de l'amour et de la fertilité des Palestiniens. Un patrimoine que Sansour essaie de préserver et de faire renaître. Une manière de dire : « Malgré les bouleversements que nous subissons tous les jours, nous survivrons par le biais des plus beaux souvenirs de nos ancêtres et de leurs chansons. Tant que nous vivons, nous avons le droit de chanter, danser, rire et rêver ».

Elle ne cesse de puiser dans le patrimoine en quête de chansons peu connues et anciennes. « A chaque fois que je rencontre des personnes âgées qui connaissent des contes et des chansons anciennes, je les enregistre ».

Sansour ne se lasse pas de mettre en avant son identité palestinienne et arabe. Elle proteste face aux accusations d'ignorance souvent lancées à la femme arabe : « L’image que l'Occident a de la femme arabe n'est pas correcte ». Lors de ses concerts en Italie en 2001, elle a voulu casser cette image par sa présence et ses chansons, tout en gardant le folklore palestinien (habit et chansons). « Chanter du patrimoine palestinien, égyptien, libanais ou arabe, c'est préserver notre identité arabe ».

Elle profite de sa présence au Caire pour s’initier au luth avec le luthiste iraqien Nassir Chamma. Elle a participé en mars dernier à une soirée regroupant le poète Adonis, le luthiste Nassir Chamma et la chanteuse d'opéra, May Farouq. « J'aimerais être accompagnée au luth dans toutes mes soirées. En serrant le luth entre mes bras, proche de mon cœur, il me permettra de tout dire ». En attendant, pour ce Ramadan-ci, elle sera encore accompagnée par le takht oriental. Le 9 novembre, on la retrouvera au Jardin culturel, à Sayeda Zeinab.

La seule différence entre le Ramadan en Egypte et en Palestine, c'est le silence et la paix. « En Palestine, on s'attend toujours, même au moment de l'iftar, à être surpris par des bombardements. On ne vit pas dans l'ambiance paisible de ce mois sacré. C'est la première fois que j'assiste au Ramadan au Caire. J'y vis dans le calme et la stabilité nécessaires pour pouvoir m'exprimer et révéler le patrimoine palestinien et arabe ». Un message humaniste délivré par une personnalité très humaine.

Névine Lameï

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