Abir
Sansour s'adapte à son auditoire et dévoile les différentes
facettes de son répertoire selon les lieux où elle se produit.
Ainsi, « au Festival de la Citadelle, un lieu populaire
ouvert, j'ai interprété des chansons plus légères, différentes
de celles que je chante à l'Opéra du Caire et à la maison
Harrawi pendant le mois de Ramadan », explique la
chanteuse palestinienne, née à Bethléem. Pendant le
mois du jeûne, baignant dans une ambiance chaude et conviviale,
elle se concentre sur les chansons religieuses douces. « Ce
mois revêt un aspect particulier à Al-Harrawi. C'est un lieu
oriental et ancien, pas très spacieux, qui rassemble intimement
les gens les uns à côté des autres comme dans une seule famille ».
Elle égrènera donc le répertoire d'Oum Kalsoum (anqor al-dofof),
Warda (lola al-malama), Leïla Mourad (raïdak), Fayrouz (marret
bil chawarie), mais aussi du folklore palestinien, accompagnée
d'un takht oriental.
En même temps,
Sansour partagera avec son auditoire le folklore et le patrimoine
palestinien sans trop le charger de tristesse. Elle a un message
à délivrer, pas seulement celui des chansons révolutionnaires
et patriotiques comme c'était le cas lorsqu'elle était étudiante
à la faculté de pédagogie en Palestine, où elle a formé un
groupe musical, Sarkha (Un Cri), en 1989. « Chanter
était interdit à l'époque. Alors on cherchait un lieu pour
s'entraîner en cachette ».
Ici, au Caire,
elle vise plus, par ses chansons, à évoquer le quotidien du
peuple palestinien et le répertoire antérieur à la nakba
de 1948. « Les gens s'imaginent qu'il n'y a que des
chansons révolutionnaires dans le patrimoine musical palestinien.
Avant la colonisation, la Palestine était riche en chansons
du quotidien, qui traitaient du mariage, de l'agriculture
et d'autres thèmes ». Comme la chanson Ala dalona
qu'elle interprétera le 5 novembre et qui représente la
déesse de l'amour et de la fertilité des Palestiniens. Un
patrimoine que Sansour essaie de préserver et de faire renaître.
Une manière de dire : « Malgré les bouleversements
que nous subissons tous les jours, nous survivrons par le
biais des plus beaux souvenirs de nos ancêtres et de leurs
chansons. Tant que nous vivons, nous avons le droit de chanter,
danser, rire et rêver ».
Elle ne cesse
de puiser dans le patrimoine en quête de chansons peu connues
et anciennes. « A chaque fois que je rencontre des
personnes âgées qui connaissent des contes et des chansons
anciennes, je les enregistre ».
Sansour ne se
lasse pas de mettre en avant son identité palestinienne et
arabe. Elle proteste face aux accusations d'ignorance souvent
lancées à la femme arabe : « L’image que l'Occident
a de la femme arabe n'est pas correcte ». Lors de
ses concerts en Italie en 2001, elle a voulu casser cette
image par sa présence et ses chansons, tout en gardant le
folklore palestinien (habit et chansons). « Chanter
du patrimoine palestinien, égyptien, libanais ou arabe, c'est
préserver notre identité arabe ».
Elle profite
de sa présence au Caire pour s’initier au luth avec le luthiste
iraqien Nassir Chamma. Elle a participé en mars dernier à
une soirée regroupant le poète Adonis, le luthiste Nassir
Chamma et la chanteuse d'opéra, May Farouq. « J'aimerais
être accompagnée au luth dans toutes mes soirées. En serrant
le luth entre mes bras, proche de mon cœur, il me permettra
de tout dire ». En attendant, pour ce Ramadan-ci,
elle sera encore accompagnée par le takht oriental.
Le 9 novembre, on la retrouvera au Jardin culturel, à Sayeda
Zeinab.
La seule différence
entre le Ramadan en Egypte et en Palestine, c'est le silence
et la paix. « En Palestine, on s'attend toujours,
même au moment de l'iftar, à être surpris par des bombardements.
On ne vit pas dans l'ambiance paisible de ce mois sacré. C'est
la première fois que j'assiste au Ramadan au Caire. J'y vis
dans le calme et la stabilité nécessaires pour pouvoir m'exprimer
et révéler le patrimoine palestinien et arabe ».
Un message humaniste délivré par une personnalité très humaine.
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