| Trente-neuf
entreprises publiques mises en vente par l'Etat n'ont
pas trouvé preneurs jusqu'à présent. Quelques-unes sont
en quête d'acquéreurs depuis 1997. D'autres privatisations
ont été lancées plusieurs fois, en vain. Au cours des
années 1998 à 2000, un grand nombre d'entreprises publiques
ont ouvert leur porte aux capitaux privés. Depuis le
début du programme, seules 194 entreprises sur les 314
entreprises publiques égyptiennes ont été vendues depuis
le début du programme.
Les raisons
avancées pour expliquer ces échecs sont multiples. En
tête, figure l'état médiocre de ces entreprises. Le
gouvernement a vendu les entreprises les plus attirantes
au début du lancement du programme en 1994. Les entreprises
restantes n'intéressent pas beaucoup les investisseurs
locaux ou étrangers. « Il s'agit d'entreprises
peu efficaces dont les profits sont minimes »,
souligne Fouad Abdel-Wahab, consultant en chef auprès
de Price WaterHouse, une entreprise relevant
de l'aide américaine chargée de surveiller la privatisation.
« La
majorité des équipements de ces entreprises proviennent
de l'ex-Union soviétique. Maintenant, il est très difficile
de trouver des pièces de rechange pour les lignes de
production existantes. Ainsi, l'acheteur sera obligé
dans la majorité des cas d'acheter de nouvelles lignes
de production », explique Mohamad Oweis, expert
en privatisation.
Un facteur
qui aggrave les choses : le gouvernement a négligé
la modernisation des entreprises qu'il n'a pas réussi
à vendre. Il s'est abstenu de développer leur performance,
d'améliorer les équipements ou les méthodes de production.
« Plus le temps passe, plus la situation des
entreprises se détériore, ces dernières deviennent obsolètes
et donc invendables », résume Kamal Achraf,
expert en privatisation.
« En
1996, on a commis l'erreur de décider de ne plus investir
dans la modernisation des entreprises. A l'époque, on
croyait qu'on allait vendre toutes les entreprises restantes
en un an, sans avoir besoin d'investir », reconnaît
Mokhtar Khattab, ministre du Secteur public des affaires.
Mais ce
n'est pas le seul problème qu'affrontent ces entreprises.
Les conditions économiques ne sont pas non plus en leur
faveur. La récession dont souffre l'économie mondiale
et égyptienne a contribué à la stagnation de la vente
de ces entreprises. En outre, la tension politique dans
la région, en Palestine et en Iraq, a aggravé la situation.
L'investisseur réfléchit avant de s'installer dans la
région. « Le risque politique est très élevé
dans la région. Pour s'installer en Egypte, l'investisseur
réclame un profit élevé pour compenser le risque qu'il
endure », explique Mohamad Oweis. |
De leur
côté, les investisseurs accusent le gouvernement de
surévaluer les entreprises. Un cas significatif est
celui des chaînes de grands magasins Omar Effendi,
Benzion, Bie Al-Masnouat, Hanneaux
et Sednaoui. Ces chaînes ont été mises en vente
trois fois sans trouver d'acquéreur jusqu'aujourd'hui.
L'offre la plus élevée que le ministère ait reçu était
de 338 millions de L.E., alors que le gouvernement les
a évaluées à 660 millions.
Le gouvernement
semble être dans une impasse. D'une part, il craint
d'être accusé de gaspillage au cas où il baisse les
prix des entreprises. D'autre part, le marché est incapable
d'assimiler les prix que le gouvernement propose. « Je
ne peux pas toujours blâmer le gouvernement, parfois
l'investisseur profite de l'état détérioré de l'économie
égyptienne et du risque politique de la région pour
avancer des prix largement inférieurs à la valeur réelle
de l'entreprise. Dans certains cas, il faut attendre
l'amélioration de la situation du marché ou bien la
vente se fera à perte », affirme Eweis.
Ces entreprises
entrent dans un cercle vicieux. Les entreprises qui
ont été mises en vente sans trouver d'acquéreur ont
été marquées d'échec. « Cela affecte la réputation
de ces sociétés. Leur vente devient plus difficile »,
affirme Mohamad Hassouna, du bureau technique du ministère
du Secteur public des affaires. « Nous avons
commencé à rationaliser la mise en vente des entreprises
une fois que nous avons réalisé que le marché n'est
pas capable de les absorber », ajoute-t-il.
« Il
faut organiser le processus du lancement. Il ne faut
pas lancer plusieurs entreprises œuvrant dans le même
secteur, ceci fait un surplus d'offre. En plus, le délai
entre le lancement et le dépôt de l'offre n'est pas
suffisant », souligne Eweis.
Pour sortir
de l'impasse et faire avancer un programme de privatisation
moribond, le gouvernement tente de recourir à d'autres
techniques de vente, telle la vente par dislocation.
Au lieu de vendre toute l'entreprise, le gouvernement
tente de vendre les actifs les plus attirants. 6 transactions
sur les 9 effectuées en 2002 et 2003 ont été réalisées
suivant cette méthode. Le gouvernement a essayé une
autre technique mais qui n'a pas reçu de réaction positive
de la part du marché : la capitalisation. Cette
méthode suppose que le secteur privé entrera comme partenaire
en augmentant le capital de l'entreprise pour devenir
le propriétaire de 51 % des actions de l'entreprise.
Le ministère a lancé 8 entreprises depuis presqu'un
an sans aucun succès jusqu'à maintenant.
Le problème
essentiel de ces entreprises reste leur performance
et profitabilité. « Une entreprise efficace
et forte trouvera un acquéreur malgré tous ces problèmes »,
conclut Fouad Abdel-Wahab. |