Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Patrimoine

 

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Livres
Arts
société
Sport
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Musée . Le ministère de la Culture souhaite créer un lieu où exposer les papyrus, afin de pouvoir mieux faire connaître ces écrits, source inépuisable de connaissance de l'Histoire.
Les papyrus sortent de l'oubli

« Qui dit papyrus dit civilisation pharaonique. Pourtant, l'intérêt de ce musée porte sur les papyrus arabes, parce qu'ils sont mal connus jusqu'aujourd'hui, en dépit de leur caractère », explique le Dr Saïd Maghawri Mohamad, initiateur du projet, et responsable des papyrus arabes à la Bibliothèque nationale.

Le premier papyrus en langue arabe fut découvert par le savant français Sylvestre de Sacy en 1825. A partir de cette époque, l'Europe s'est éprise des papyrus arabes. La plus grande collection est celle de l'archiduc (Von Harmer), qui compte 180 000 pièces, conservée en Autriche.

« D'où la nécessité de consacrer un musée entier à la préservation du reste des papyrus, notamment aux papyrus arabes dont il ne reste que 4 000 pièces dans un état lamentable à la Bibliothèque nationale », ajoute Saïd Maghawri Mohamad.

Connu pour être le principal support d'écriture depuis l'an 2000-3000 av. J.-C., le papyrus a joué un rôle primordial dans la civilisation égyptienne. La conquête arabe de l'Egypte en 640 de l'hégire n'a rien changé à cet usage, bien que les Arabes, habitants du désert, n'aient utilisé le papyrus que fort rarement. « Leur environnement désertique leur a imposé l'écriture sur des peaux d'animaux », explique Mohamad Abdel-Latif, spécialiste des papyrus arabes. Alors que les terres fertiles de l'Egypte favorisaient l'usage de papyrus, qui est, en fait, une fleur aquatique (voir encadré).

Mais c'est plutôt le fait qu'il s'agit d'un support assurant l'authenticité de toute écriture qui a imposé son usage. Car « une fois une lettre rédigée sur papyrus, la nature même de ce dernier ne permet aucune modification ni changement dans le texte », souligne Saïd Maghawri Mohamad, qui ajoute que cette caractéristique en a fait le support d'écriture préféré des califes et des membres de l'Etat, notamment dans l'armée, jusqu'à la fin de la dynastie abbasside.

L'usage des papyrus durant l'époque islamique s'est maintenu jusqu'à l'invention en Chine de l'ancêtre du papier moderne. « Il est à noter que le mot papier est tiré de papyrus ».

L'intérêt pour la préservation des papyrus arabes s'explique aussi par le fait qu'ils couvrent presque tous les aspects de la vie quotidienne. « Parce que les contrats de mariage ou le divorce, ou encore les problèmes de succession sont inscrits sur des papyrus », indique Mohamad Abdel-Latif, membre du Conseil Suprême des Antiquités (CSA), et expert en papyrus. On y découvre aussi les directives ministérielles et les ordres militaires. Des papyrus datant de l'époque de la dynastie ommeyade et abbasside jettent ainsi la lumière sur la non ingérence de l'administration financière islamique dans les activités économiques des fidèles des autres religions. L'étude approfondie des papyrus arabes nie catégoriquement le préjugé des orientalistes selon lequel l'Etat imposait un impôt (capitation) aux non musulmans. « Cette idée est complètement fausse, puisqu'à travers l'étude d'un grand nombre de papyrus arabes, très rares sont les fidèles qui paient une telle somme », relève Mohamad Abdel-Latif.

L'étude des papyrus arabes a également montré la tolérance des musulmans envers les traditions religieuses et les lieux de culte des autres fidèles (coptes, juifs). Ils ont même pris la responsabilité d'assurer la sécurité des églises et synagogues.

Les papyrus permettent aussi de mesurer l'évolution du progrès scientifique. « Médecine, chirurgie, astronomie, industrie … tout y est relaté », souligne Saïd Maghawri Mohamad. La vie littéraire de l'époque ne fait pas exception. « On a commencé à recenser les papyrus qui se trouvent dispersés dans les dépôts du CSA. Il ne reste qu'à choisir une villa historique pour abriter ce musée », assure Saïd Maghawri Mohamad.

Nada Al-Hagrassy
Retour au sommaire
 
Détrôné par le papier

Considéré comme le plus ancien support d'écriture, remontant aux années 2000-3000 av. J.-C., le premier papyrus pharaonique fut découvert en 1880 dans les tombes des pharaons. La plante de papyrus se compose d'une tige verte de deux à trois mètres de longueur, et 4 cm de largeur. Un tissu mou forme le cœur de la tige couvert d'une pelisse dure. Le papyrus appartient à la famille de Cyperaceae, un type de plante qui se développe dans les étangs, lacs salés ou d'eau douce, et au bord des rivières.

La saison des papyrus débute au mois de juin et dure jusqu'à la fin août. Les lieux de la culture et les ateliers de fabrication se trouvent dans des villes de Haute-Egypte telles qu'Akhmim, Edfou, Assiout, Achmounin …

En dépit du rôle considérable qu'a joué le papyrus dans la civilisation égyptienne, les pharaons étaient trop discrets pour dévoiler le secret de sa fabrication. Nous savons aujourd'hui à peu près comment cette plante se transforme en papier. Outre l'importance du papyrus comme support d'écriture, il présente au cours du règne islamique de l'Egypte une importance économique considérable.

Jusqu'au troisième siècle de l'hégire, l'Egypte était l'unique pays à exporter le papyrus vers tous les pays de l'Empire islamique. Il fut donc considéré comme une richesse nationale qui procurait des dinars en or et en argent. L'industrie du papyrus a également joué un rôle politique lorsque le calife ommeyade Abdel-Malek Ibn Marwane (65-86 de l'hégire, 685-705) a interdit l'exportation des papyrus à l'Etat byzantin comme un moyen de pression politique.

Le papyrus commence à être détrôné à partir du temps du calife abbasside Haroun Al-Rachid (170-193 de l’hégire, 784-807), lorsque la Chine invente le papier moderne. Pendant longtemps, les Chinois ont jalousement gardé le secret de la fabrication du papier de chanvre. Il faut attendre le Ve siècle de notre ère pour que ce savoir soit d'abord transmis au Japon, avant de s'étendre au Moyen-Orient, et qu'il apparaisse finalement en Europe, au XIIIe siècle. La tradition chinoise date l’invention du papier de l’an 105 et l’attribue à Cai Lun, mais l’archéologie lui donne une antériorité d’au moins deux siècles. Cai Lun en aurait plutôt amélioré la fabrication et développé la production. Mais le secret de sa fabrication ne sera divulgué qu’en 751, par des papetiers chinois prisonniers du gouverneur musulman de Samarkand.

Celui-ci a gagné Samarkand puis l'Iran, et à partir de là, il a continué sa route et a envahi la Syrie, l'Egypte, l'Afrique du Nord et l'Espagne. Musulmans et non musulmans ont préféré le nouveau-né pour maintes raisons. Entre autres, la facilité de sa production à partir de peu de matières premières, le fait qu'il ne se plie pas comme le papyrus, sa flexibilité et sa surface lisse. Le papier chinois a alors obtenu une telle notoriété que les historiens ont déclaré que « le papier de Samarkand a détrôné les papyrus de l'Egypte ».

N.H.
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631