« Qui
dit papyrus dit civilisation pharaonique. Pourtant,
l'intérêt de
ce musée porte
sur les papyrus arabes, parce qu'ils sont mal connus
jusqu'aujourd'hui, en dépit de leur caractère »,
explique le Dr Saïd Maghawri Mohamad, initiateur du
projet, et responsable des papyrus arabes à la Bibliothèque
nationale.
Le premier
papyrus en langue arabe fut découvert par le savant
français Sylvestre de Sacy en 1825. A partir de cette
époque, l'Europe s'est éprise des papyrus arabes. La
plus grande collection est celle de l'archiduc (Von
Harmer), qui compte 180 000 pièces, conservée en
Autriche.
« D'où
la nécessité de consacrer un musée entier à la préservation
du reste des papyrus, notamment aux papyrus arabes dont
il ne reste que 4 000 pièces dans un état lamentable
à la Bibliothèque nationale », ajoute
Saïd Maghawri Mohamad.
Connu pour
être le principal support d'écriture depuis l'an 2000-3000
av. J.-C., le papyrus a joué un rôle primordial dans
la civilisation égyptienne. La conquête arabe de l'Egypte
en 640 de l'hégire n'a rien changé à cet usage, bien
que les Arabes, habitants du désert, n'aient utilisé
le papyrus que fort rarement. « Leur environnement
désertique leur a imposé l'écriture sur des peaux d'animaux »,
explique Mohamad Abdel-Latif, spécialiste des papyrus
arabes. Alors que les terres fertiles de l'Egypte favorisaient
l'usage de papyrus, qui est, en fait, une fleur aquatique
(voir encadré).
Mais c'est
plutôt le fait qu'il s'agit d'un support assurant l'authenticité
de toute écriture qui a imposé son usage. Car « une
fois une lettre rédigée sur papyrus, la nature même
de ce dernier ne permet aucune modification ni changement
dans le texte », souligne Saïd Maghawri
Mohamad, qui ajoute que cette caractéristique en a fait
le support d'écriture préféré des califes et des membres
de l'Etat, notamment dans l'armée, jusqu'à la fin de
la dynastie abbasside.
L'usage
des papyrus durant l'époque islamique s'est maintenu
jusqu'à l'invention en Chine de l'ancêtre du papier
moderne. « Il est à noter que le mot papier
est tiré de papyrus ».
L'intérêt
pour la préservation des papyrus arabes s'explique aussi
par le fait qu'ils couvrent presque tous les aspects
de la vie quotidienne. « Parce que les contrats
de mariage ou le divorce, ou encore les problèmes de
succession sont inscrits sur des papyrus »,
indique Mohamad Abdel-Latif, membre du Conseil Suprême
des Antiquités (CSA), et expert en papyrus. On y découvre
aussi les directives ministérielles et les ordres militaires.
Des papyrus datant de l'époque de la dynastie ommeyade
et abbasside jettent ainsi la lumière sur la non ingérence
de l'administration financière islamique dans les activités
économiques des fidèles des autres religions. L'étude
approfondie des papyrus arabes nie catégoriquement le
préjugé des orientalistes selon lequel l'Etat imposait
un impôt (capitation) aux non musulmans. « Cette
idée est complètement fausse, puisqu'à travers l'étude
d'un grand nombre de papyrus arabes, très rares sont
les fidèles qui paient une telle somme », relève
Mohamad Abdel-Latif.
L'étude
des papyrus arabes a également montré la tolérance des
musulmans envers les traditions religieuses et les lieux
de culte des autres
fidèles (coptes, juifs). Ils ont même pris la responsabilité
d'assurer la sécurité des églises et synagogues.
Les papyrus
permettent aussi de mesurer l'évolution du progrès scientifique.
« Médecine, chirurgie, astronomie, industrie …
tout y est relaté », souligne Saïd Maghawri
Mohamad. La vie littéraire de l'époque ne fait pas exception.
« On a commencé à recenser les papyrus qui se
trouvent dispersés dans les dépôts du CSA. Il ne reste
qu'à choisir une villa historique pour abriter ce musée »,
assure Saïd Maghawri Mohamad. |