Al-Ahram
Hebdo : Vous êtes en train d'élaborer une nouvelle
stratégie pour relancer l'action économique arabe. En quoi
consiste-t-elle ?
Ahmad Goweili :
C'est vrai. Je vais proposer une nouvelle stratégie dont
les grandes lignes seront annoncées au cours du prochain
sommet arabe. Il s'agit de mettre en place des mécanismes
concrets pour relancer les investissements et le commerce
interarabe. Cette stratégie comprendra de nouveaux volets
comme par exemple le développement technologique. Le Conseil
de l'unité économique arabe vient d'approuver un plan de
travail à cet effet.
— La
création d'une organisation arabe pour le commerce et le
développement peut-elle se concrétiser ? Quel rôle
joue votre conseil sur cette question ?
— La mise en
place de cette idée revient bien évidemment aux Etats membres.
Toutefois, le Conseil a un rôle à jouer. Notre travail consiste
à moderniser la conception de l'action économique arabe
de façon à ce qu'elle ne se limite pas à l'union. Si on
veut fonder une organisation arabe pour le commerce, nous
devons faire en sorte que cette institution puisse agir
dans un cadre élargi, en harmonie avec les organismes régionaux
et internationaux.
— Vous
envisagez la création d'une union économique arabe. Quels
pourraient être les bienfaits d'une telle union, notamment
dans le contexte actuel de marasme économique ?
— L'union économique
arabe que nous désignons n'est pas une union au sens littéral
du terme. La formule la plus proche est celle de l'union
économique européenne.
Je pense qu'une telle union peut jouer un rôle important.
Malgré les nombreuses restrictions imposées à la région
arabe, il y a eu quand même quelques progrès sur le plan
économique que le citoyen arabe ne peut encore ressentir,
mais c'est déjà un pas en avant.
— Comment
peut-on, selon vous, augmenter le volume des investissements
interarabes ?
— Augmenter
le volume des investissements interarabes peut être réalisé
à travers plusieurs moyens. Il faut faciliter aux investisseurs
l'accès aux informations. Nous nous intéressons bien évidemment
beaucoup à cette question. Nous avons élaboré une carte
des investissements arabes. Celle-ci comprend 4 000
projets et opportunités d'investissement répartis dans tout
le monde arabe. Cette carte est une sorte de réseau d'information
au service de l'investisseur arabe et étranger. En même
temps, des mécanismes ont été créés pour encourager l'investissement
entre les pays arabes.
— Quel
regard portez-vous sur la situation de l'économie dans la
région ?
— Le secrétaire
général de la Ligue arabe a souligné que les pays arabes
étaient de plus en plus marginalisés dans l'économie mondiale.
Malgré la hausse du PNB dans bon nombre de pays arabes et
la relance du commerce extérieur arabe en 2000 à cause de
la hausse des cours du pétrole, la situation est loin d'être
brillante. Le PNB arabe, qui s'est élevé en l'an 2000 à
environ 7,3 milliards de dollars, ne représente que 2,2 %
du PNB mondial, évalué à 3 337 milliards de dollars
au cours de cette même année. Quant aux exportations arabes
qui ont atteint 243,2 milliards de dollars, toujours pour
l'année 2000, elles ne représentent que 3,8 % des exportations
mondiales qui ont atteint les 6 350 milliards de dollars
au cours de la même année. D'autre part, les pays arabes
importent plus de la moitié de leurs besoins de l'Union
européenne et des Etats-Unis. Le secrétaire général a révélé
récemment que le commerce interarabe n'a connu aucun changement
au cours des 10 dernières années.
Le montant des échanges commerciaux interarabes s'élève
actuellement à 27 milliards de dollars, ce qui représente
à peu près 8,7 % du montant global du commerce extérieur
arabe. Le pétrole représente aussi plus de la moitié du
volume des échanges interarabes.
— La
décision de créer un marché arabe commun remonte déjà à
39 ans. Pourtant, ce marché n'a jamais vu le jour. Pourquoi ?
— Cette décision
a été prise par le Conseil de l'unité économique arabe le
13 août 1964 avec 4 objectifs essentiels. A savoir la liberté
de circulation des personnes et des capitaux, la liberté
d'échange des produits et des marchandises, la liberté de
séjour, de travail et de pratique de n'importe quelle activité
économique.
Depuis, de
nombreuses tentatives ont été faites afin de permettre la
concrétisation de ce projet arabe. Mais je peux assurer
que la vision arabe au cours des 50 dernières années n'était
pas claire. Les méthodes employées n'étaient pas les bonnes.
Au cours de cette période, les efforts déployés ont porté
seulement sur le développement et la levée de certaines
barrières douanières. Maintenant, nous faisons face à un
nouveau problème, à savoir que nous importons plus de 90 %
de nos besoins. Jusqu'à maintenant, il n'y a pas de production
arabe capable de concurrencer la production mondiale. Nous
devons reconsidérer notre vision quant au développement
et éliminer tous les obstacles et les pressions politiques
pour pouvoir créer ce marché. Je pense que la décision de
libérer complètement le commerce arabe à partir de janvier
2005 sera un point de départ pour la création de ce marché.
— Pensez-vous
que de nouveaux Etats arabes adhéreront à votre Conseil
à court terme ?
— Oui, le Conseil
comprend actuellement 10 Etats. Il reste donc 12 Etats arabes
non membres. Il est fort probable que Djibouti soit le 11e
membre. Cependant, le Conseil représente la plupart des
pays arabes à travers 32 unions spécialisées dans les différents
domaines économiques. Nous œuvrons à travers ces unions
à soutenir et à consolider le marché arabe commun. Prochainement,
je vais annoncer la création d'une société arabe holding
pour le commerce et le marketing en espérant que la loi
douanière arabe sera prochainement signée.
— Quelles
sont les répercussions de l'instabilité politique de la
région sur l'économie arabe ?
— Il y a de nombreuses
séquelles qui ne se limitent pas au seul cas de l'Iraq.
Les investissements directs ont connu une baisse et le commerce
arabe et international a été perturbé. Le commerce des services
comme le tourisme et les transports a régressé. Tout ceci
a été accompagné par une fluctuation des courts du pétrole
et une aggravation du marasme économique sur les plans arabe
et mondial, ce qui a affecté les niveaux de PNB et de chômage.
Cette crise doit être une sonnette d'alarme pour les Arabes.
Alors que le commerce arabe occupait à peu près 13 %
du volume des échanges mondiaux en 1980, ce taux est tombé
à 3 % actuellement. La part du monde arabe en investissements
étrangers directs a chuté de 8 % en 1980 à 1 %
en 2000.
Les pays arabes n'ont pas
réussi à diversifier leurs produits et leurs exportations.
L'économie arabe reste fragile. Elle dépend presque totalement
des exportations pétrolières.
Je vais faire
un inventaire des plus importantes décisions inclues dans
le plan d'action de la stratégie économique arabe.
Le volume des
investissements s'est élevé à 139 milliards de dollars en
2001 et nous pensons qu'il y a une nécessité d'accroître
le volume des investissements arabe directs à environ 210
milliards de dollars. C'est pourquoi les pays arabes sont
obligés d'améliorer leur climat d'investissement afin d'attirer
les investisseurs étrangers et encourager les citoyens à
investir dans la région arabe.
Afin d'améliorer
le climat de l'investissement arabe, le conseil a pris certaines
mesures dont la plus importante est, comme je vous l'ai
déjà précisé, l'élaboration d'une nouvelle carte de l'investissement
arabe. Il faut propager les opportunités d'investissement
via l'Internet, et il faut créer un nouveau mécanisme tout
en élaborant une étude précise sur les obstacles qui entravent
l'investissement dans la région arabe.