Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'invité

 

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Livres
Arts
Société
Sport
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Ahmad Goweili, secrétaire général du Conseil de l'unité économique arabe, analyse l'état du commerce interarabe, et évoque la création d'un marché arabe commun.
« Il faut éliminer les obstacles et les pressions politiques pour créer le marché arabe commun »
 

Al-Ahram Hebdo : Vous êtes en train d'élaborer une nouvelle stratégie pour relancer l'action économique arabe. En quoi consiste-t-elle ?
Ahmad Goweili : C'est vrai. Je vais proposer une nouvelle stratégie dont les grandes lignes seront annoncées au cours du prochain sommet arabe. Il s'agit de mettre en place des mécanismes concrets pour relancer les investissements et le commerce interarabe. Cette stratégie comprendra de nouveaux volets comme par exemple le développement technologique. Le Conseil de l'unité économique arabe vient d'approuver un plan de travail à cet effet.

— La création d'une organisation arabe pour le commerce et le développement peut-elle se concrétiser ? Quel rôle joue votre conseil sur cette question ?
— La mise en place de cette idée revient bien évidemment aux Etats membres. Toutefois, le Conseil a un rôle à jouer. Notre travail consiste à moderniser la conception de l'action économique arabe de façon à ce qu'elle ne se limite pas à l'union. Si on veut fonder une organisation arabe pour le commerce, nous devons faire en sorte que cette institution puisse agir dans un cadre élargi, en harmonie avec les organismes régionaux et internationaux.

— Vous envisagez la création d'une union économique arabe. Quels pourraient être les bienfaits d'une telle union, notamment dans le contexte actuel de marasme économique ?
— L'union économique arabe que nous désignons n'est pas une union au sens littéral du terme. La formule la plus proche est celle de l'union économique européenne. Je pense qu'une telle union peut jouer un rôle important. Malgré les nombreuses restrictions imposées à la région arabe, il y a eu quand même quelques progrès sur le plan économique que le citoyen arabe ne peut encore ressentir, mais c'est déjà un pas en avant.

— Comment peut-on, selon vous, augmenter le volume des investissements interarabes ?
— Augmenter le volume des investissements interarabes peut être réalisé à travers plusieurs moyens. Il faut faciliter aux investisseurs l'accès aux informations. Nous nous intéressons bien évidemment beaucoup à cette question. Nous avons élaboré une carte des investissements arabes. Celle-ci comprend 4 000 projets et opportunités d'investissement répartis dans tout le monde arabe. Cette carte est une sorte de réseau d'information au service de l'investisseur arabe et étranger. En même temps, des mécanismes ont été créés pour encourager l'investissement entre les pays arabes.

— Quel regard portez-vous sur la situation de l'économie dans la région ?
— Le secrétaire général de la Ligue arabe a souligné que les pays arabes étaient de plus en plus marginalisés dans l'économie mondiale. Malgré la hausse du PNB dans bon nombre de pays arabes et la relance du commerce extérieur arabe en 2000 à cause de la hausse des cours du pétrole, la situation est loin d'être brillante. Le PNB arabe, qui s'est élevé en l'an 2000 à environ 7,3 milliards de dollars, ne représente que 2,2 % du PNB mondial, évalué à 3 337 milliards de dollars au cours de cette même année. Quant aux exportations arabes qui ont atteint 243,2 milliards de dollars, toujours pour l'année 2000, elles ne représentent que 3,8 % des exportations mondiales qui ont atteint les 6 350 milliards de dollars au cours de la même année. D'autre part, les pays arabes importent plus de la moitié de leurs besoins de l'Union européenne et des Etats-Unis. Le secrétaire général a révélé récemment que le commerce interarabe n'a connu aucun changement au cours des 10 dernières années. Le montant des échanges commerciaux interarabes s'élève actuellement à 27 milliards de dollars, ce qui représente à peu près 8,7 % du montant global du commerce extérieur arabe. Le pétrole représente aussi plus de la moitié du volume des échanges interarabes.

— La décision de créer un marché arabe commun remonte déjà à 39 ans. Pourtant, ce marché n'a jamais vu le jour. Pourquoi ?
— Cette décision a été prise par le Conseil de l'unité économique arabe le 13 août 1964 avec 4 objectifs essentiels. A savoir la liberté de circulation des personnes et des capitaux, la liberté d'échange des produits et des marchandises, la liberté de séjour, de travail et de pratique de n'importe quelle activité économique.

Depuis, de nombreuses tentatives ont été faites afin de permettre la concrétisation de ce projet arabe. Mais je peux assurer que la vision arabe au cours des 50 dernières années n'était pas claire. Les méthodes employées n'étaient pas les bonnes. Au cours de cette période, les efforts déployés ont porté seulement sur le développement et la levée de certaines barrières douanières. Maintenant, nous faisons face à un nouveau problème, à savoir que nous importons plus de 90 % de nos besoins. Jusqu'à maintenant, il n'y a pas de production arabe capable de concurrencer la production mondiale. Nous devons reconsidérer notre vision quant au développement et éliminer tous les obstacles et les pressions politiques pour pouvoir créer ce marché. Je pense que la décision de libérer complètement le commerce arabe à partir de janvier 2005 sera un point de départ pour la création de ce marché.

— Pensez-vous que de nouveaux Etats arabes adhéreront à votre Conseil à court terme ?
— Oui, le Conseil comprend actuellement 10 Etats. Il reste donc 12 Etats arabes non membres. Il est fort probable que Djibouti soit le 11e membre. Cependant, le Conseil représente la plupart des pays arabes à travers 32 unions spécialisées dans les différents domaines économiques. Nous œuvrons à travers ces unions à soutenir et à consolider le marché arabe commun. Prochainement, je vais annoncer la création d'une société arabe holding pour le commerce et le marketing en espérant que la loi douanière arabe sera prochainement signée.

— Quelles sont les répercussions de l'instabilité politique de la région sur l'économie arabe ?
— Il y a de nombreuses séquelles qui ne se limitent pas au seul cas de l'Iraq. Les investissements directs ont connu une baisse et le commerce arabe et international a été perturbé. Le commerce des services comme le tourisme et les transports a régressé. Tout ceci a été accompagné par une fluctuation des courts du pétrole et une aggravation du marasme économique sur les plans arabe et mondial, ce qui a affecté les niveaux de PNB et de chômage. Cette crise doit être une sonnette d'alarme pour les Arabes. Alors que le commerce arabe occupait à peu près 13 % du volume des échanges mondiaux en 1980, ce taux est tombé à 3 % actuellement. La part du monde arabe en investissements étrangers directs a chuté de 8 % en 1980 à 1 % en 2000. Les pays arabes n'ont pas réussi à diversifier leurs produits et leurs exportations. L'économie arabe reste fragile. Elle dépend presque totalement des exportations pétrolières.

Je vais faire un inventaire des plus importantes décisions inclues dans le plan d'action de la stratégie économique arabe.

Le volume des investissements s'est élevé à 139 milliards de dollars en 2001 et nous pensons qu'il y a une nécessité d'accroître le volume des investissements arabe directs à environ 210 milliards de dollars. C'est pourquoi les pays arabes sont obligés d'améliorer leur climat d'investissement afin d'attirer les investisseurs étrangers et encourager les citoyens à investir dans la région arabe.

Afin d'améliorer le climat de l'investissement arabe, le conseil a pris certaines mesures dont la plus importante est, comme je vous l'ai déjà précisé, l'élaboration d'une nouvelle carte de l'investissement arabe. Il faut propager les opportunités d'investissement via l'Internet, et il faut créer un nouveau mécanisme tout en élaborant une étude précise sur les obstacles qui entravent l'investissement dans la région arabe.

Propos recueillis par
Magda Barsoum

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631