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Syndicat des avocats . Les conflits refont surface entre le bâtonnier nassérien, Sameh Achour, et le Conseil de l'ordre, dominé par les Frères musulmans.
La corporation en crise

Le torchon brûle au Syndicat des avocats entre le bâtonnier, Sameh Achour (de tendance nassérienne), et les Frères musulmans qui dominent le conseil de l'ordre. Achour vient en effet de déposer une plainte au procureur général, Maher Abdel-Wahed, accusant les Frères de mauvaise gestion, d'escroquerie et de détournement de fonds. « Certains membres du Conseil du Syndicat se sont rendus coupables de flagrantes infractions financières. Le conseil a débloqué récemment 350 000 L.E. du budget pour payer les frais d'impression de documents relatifs aux activités du syndicat. Or, nous avons constaté que l'imprimerie à laquelle étaient destinés ces fonds est fictive. Où est donc passé l'argent ? », interroge Achour. Et d'ajouter : « Jusqu'à présent, j'avais tout fait pour contenir les crises au sein du syndicat, mais il est impossible de passer sous silence une telle affaire. Lutter contre la corruption et les tentatives de porter à l'unité du Syndicat est un défi pour protéger les intérêts de milliers d'avocats ».

Achour vient d'interdire à Mahmoud Tossone, secrétaire adjoint de l'Ordre, de signer des chèques au nom du Syndicat. Il a ordonné la formation d'une commission d'inventaire afin de dévoiler les infractions financières commises. Depuis les élections de 2001, Nassériens et Frères musulmans cohabitent péniblement à la tête du Syndicat. Tandis que le poste de bâtonnier revenait pour la première fois à un Nassérien, les Frères ont conservé leur mainmise sur le Conseil de l'ordre (qu'ils ont dominé de 1992 jusqu'à la mise de l'établissement sous tutelle judiciaire). Des heurts entre les deux courants, traditionnellement opposés, n'ont pas manqué de se manifester.

Les mesures annoncées par Sameh Achour ont provoqué la colère des Frères. « C'est un complot pour nous écarter du conseil du Syndicat et restreindre notre rôle », déclare Mahmoud Tossone. « Nous sommes prêts à mener une bataille acharnée contre le bâtonnier et ses partisans, et faire face aux tentatives de politiser le travail syndical », ajoute Mahmoud Tossone. Selon lui, c'est le bâtonnier et non le conseil de l'Ordre qui gaspille les fonds. « Sameh Achour a déboursé des sommes colossales pour organiser une conférence à Ras Al-Bar sans consulter le conseil ». En guise de contre-attaque, le conseil du Syndicat a décidé de transférer Sameh Achour devant une commission disciplinaire. « Le conseil étudie également la possibilité de retirer sa confiance à Achour », indique Tossone.

D'autre part, une contre-plainte a été déposée au procureur général contre Sameh Achour, l'accusant entre autres d'avoir donné à un employé du Syndicat une somme de 600 000 L.E. qui n'ont pas été remboursées à la caisse de l'Ordre. Les Frères accusent aussi Achour d'avoir gaspillé 2 millions de L.E. pour organiser des conférences et des festivités inutiles.


La goutte d'eau

L'origine de cette crise remonte selon Mahmoud Tossone au mois de septembre 2002, lorsque les Frères se sont opposés à la tenue d'une conférence des avocats à Hurghada parce que « le budget du Syndicat ne permettait pas un tel luxe ». Cependant, Achour a insisté pour organiser la conférence malgré l'opposition des Frères. La goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Résultat : les Frères ont boycotté la conférence, ce qui explique selon Tossone pourquoi Sameh Achour a ouvert le feu sur eux. « Le syndicat traverse une grave crise depuis des années, il est temps de mettre terme à cette situation lamentable. Les Frères musulmans veulent dominer à tout prix le Syndicat », regrette Khaled Abou-Khreicha, trésorier de l'Ordre. De son côté, Gamal Tag, membre islamiste du syndicat, affirme que Sameh Achour insiste pour donner à ce conflit un aspect politique afin de détourner l'attention sur les infractions financières qu'il commet.

Ces incidents font partie d'une série des conflits qui ont toujours opposé le bâtonnier nassérien au conseil, à majorité islamiste. « En dépit du soutien des islamistes à Sameh Achour lors des élections, ce conflit constitue le résultat normal d'une coalition déséquilibrée entre deux tendances traditionnellement opposées. Les Frères musulmans ont donné leur appui à Sameh Achour pendant les élections et ils s'attendaient sans doute à ce que celui-ci les ménage. Or, ce ne fut pas le cas. Depuis son élection, Achour s'est rangé du côté du gouvernement », analyse le politologue Béchir Abdel-Fattah. Selon lui, les avocats sont les grands perdants de cette situation.

« L'Ordre des avocats ressemble aujourd'hui à une arène où se battent les forces politiques qui ne peuvent pas s'exprimer ailleurs. Les conflits internes et la négligence peuvent encourager le gouvernement à intervenir et imposer sa mainmise sur l'établissement. Les avocats qui ont du mal à obtenir leurs droits sont le seul perdant », estime aussi le conseiller Morsi Al-Cheikh. Le même souci est partagé par Essam Al-Islambolli, membre du Syndicat, qui affirme que ces problèmes sont dus essentiellement à l'absence de démocratie au sein du syndicat. Selon lui, les décisions individuelles, que ce soit celles du bâtonnier ou des membres du conseil, sans se référer à l'Assemblée générale, laissent la porte ouverte à toutes sortes d'abus et de corruption.

D'autre part, les prérogatives de chaque partie ne sont pas clairement définies, ce qui alimente également les différends : « Il est honteux qu'au moment où le syndicat souffre de crises aiguës, d'un déficit de la caisse santé et de la caisse des retraites , et alors que l'on parle d'une éventuelle révocation de 20 000 avocats des listes syndicales, les responsables passent leur temps à se chamailler pour des conflits personels. Une telle situation expose le métier à un véritable péril », prévient Al-Islambolli.

May Al-Maghrabi

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