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Politique . Un dialogue national entre les différentes forces politiques doit se tenir au cours du mois de Ramadan. L'opposition accueille ce rendez-vous avec satisfaction, mais reste sceptique quant à son résultat.
Le dialogue est ouvert

« Toutes les questions seront mises sur la table des discussions ». Cette promesse, lancée par les responsables du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) à propos du dialogue national qui se tiendra dans les semaines qui viennent, a été qualifiée de positive par les partis de l'opposition. Il y a trois semaines, le président Moubarak a appelé, lors de la session de clôture de la première conférence annuelle du PND, les partis de l'opposition et les différentes forces politiques à se réunir pour discuter des questions politiques, sociales et économiques actuelles.

De même, le bureau du PND s'est réuni le 13 octobre dernier et les membres ont discuté des « procédures nécessaires pour entamer le dialogue entre les partis politiques », a annoncé le ministre de l'Information, Safouat Al-Chérif. Et d'ajouter : « Le parti ne cherche pas, à travers ce dialogue, à faire de la propagande médiatique, mais à entamer un dialogue sérieux ayant un objectif clair et caractérisé par la transparence ». Il est prévu qu'au cours des semaines à venir, des contacts aient lieu entre les responsables du PND et ceux des partis de l'opposition et des représentants de la société civile afin de préparer des schémas de travail qui seront la base d'un dialogue plus large.

Ce dialogue national doit se tenir pendant le mois de Ramadan (le mois de jeûne musulman) qui débute la semaine prochaine. Selon Ahmad Abou-Zeid, député du PND, le dialogue est devenu aujourd'hui une nécessité, car la modernisation du pays préoccupe tout le monde, et doit donc être discutée par toutes les forces politiques du pays. « Tous les partis politiques, que ce soit celui au pouvoir ou ceux de l'opposition, constituent le régime actuel. Le fait que tout contact soit coupé entre ces partis, comme il est le cas actuellement, n'est pas normal », estime Abou-Zeid. Et d'ajouter : « Maintenant, le moment est propice à la tenue d'un tel dialogue, car les grandes différences qui divisaient les partis n'existent plus aujourd'hui, puisqu'il n'y a plus de partis à base idéologique ».

Les partis de l'opposition, pour leur part, estiment que l'idée même de dialoguer est positive. Toutefois, ils restent sceptiques quant au résultat de ce dialogue national.


Deux précédents

Il s'agit du troisième dialogue de ce genre. Le premier avait été organisé peu après l'accession au pouvoir du président Moubarak au début des années 1980, le deuxième au début des années 1990. Or, ces précédents dialogues n'ont pas débouché le résultat escompté.

Selon Ahmad Meneissi, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram, les dialogues précédents ont réussi à faire bouger les choses dans la vie politique égyptienne, car tous les courants politiques se sont précipités pour formuler de façon claire leur conception des enjeux nationaux. Pour le chercheur, c'est déjà un point positif, puisque ceci a permis d'avoir une diversité de points de vue sur ces questions. « Cependant, ces dialogues avaient beaucoup de points négatifs. D'abord, les membres de la commission de préparation étaient pour la plupart choisis parmi les personnes pro-gouvernementales. De même, les intellectuels et les Frères musulmans, qui sont une force non négligeable dans la société, n'ont pas participé au dialogue. Plus encore, les questions à discuter étaient définies par le PND, les recommandations de l'opposition ont été négligées et aucun mécanisme n'a été défini pour mettre à exécution les recommandations prises », affirme Meneissi. L'opposition craint donc la répétition de ce même scénario.

Selon Aboul-Ezz Al-Hariri, député du parti du Rassemblement, l'idée du dialogue est bonne, et les déclarations des responsables sont encourageantes, si elles se réalisent. « Il se peut qu'on nous laisse vraiment discuter de tout comme il a été annoncé, mais qu'on n'arrive à rien finalement », estime Al-Hariri. Il se demande par exemple si les revendications concernant l'annulation de la loi d'urgence et la suppression de la commission de partis politiques peuvent être exaucées. Diaaeddine Daoud, chef du Parti nassérien, va jusqu'à dire que ce dialogue a perdu toute signification. « C'est devenu un sujet rebattu. Le gouvernement utilise cette question de dialogue pour éloigner les gens des questions réelles qui les préoccupent », lâche Daoud. Et d'ajouter : « Nous n'avons pas besoin de dialoguer. Le simple fait d'annuler la loi d'urgence résoudra tous les problèmes de la démocratie en Egypte ».

Les Frères musulmans, eux, sont préoccupés par d'autres questions qui les concernent. « Si on ne nous invite pas, ce dialogue serait un échec total. Car, qu'on le veuille ou non, notre groupe a une présence très forte dans la rue égyptienne », lance pour sa part Maamoun Al-Hodeibi, le guide spirituel de la confrérie des Frères musulmans. Il affirme qu'aucun contact n'a été établi avec eux, et qu'il ne sait pas s'ils seront invités ou non. Tous les indices prouvent effectivement que les membres de ce groupe ne feront pas partie du dialogue national. « Le but essentiel de ce dialogue est de donner à tous les partis la chance d'avoir un véritable rôle dans la société. Ceci est dans l'intérêt de la démocratie et vise à éviter qu'une force illégitime ait une forte présence sur la scène politique », souligne Ahmad Abou-Zeid, en faisant allusion aux Frères musulmans. Les observateurs pensent que les Frères ne seront pas officiellement invités au dialogue, mais qu'ils y participeront de facto, à travers les syndicats.

Selon Diaa Rachwan, chercheur au CEPS d'Al-Ahram, ce dialogue intervient dans le cadre du renouveau du PND, afin de lui conférer une plus grande popularité. « Si cette fois-ci le dialogue ne s'achève pas par la définition de procédures capables de mettre à exécution les recommandations, ce serait des efforts jetés dans l'air », prévient-il.

Yolande Youssef

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