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Kiosque . A chacun son domaine de prédication : tel cheikh s'est spécialisé dans les problèmes sexuels, tel autre dans les conflits familiaux. La presse dénonce ce marketing de l'industrie de la cassette.

La pêche
aux prêches spécialisés

De même qu'il existe des spécialisations dans les facultés de médecine, chaque prédicateur tend aujourd'hui à se spécialiser dans un domaine particulier : le cheikh des problèmes familiaux, celui des problèmes sexuels, etc. « Il y a aussi ceux qui se spécialisent dans la médecine, l'éducation des enfants, ou dans n'importe quel domaine autre que le fikh wal charia (les préceptes de la religion) », relève l'hebdomadaire Rose Al-Youssef dans une enquête. Et de déplorer les « nouvelles spécialisations pour les tenants de l'extrémisme ». « Abdel-Basset pour l'alimentation, Al-Hanafi pour la médecine populaire, Safouat Hégazi pour les sentiments, et Akram Réda pour les adolescents », énumère ainsi le magazine.

Le journaliste Waël Loutfi explique que ce phénomène relève en fait du marketing religieux, car « une seule et grande société se charge de la production de ces cassettes à des prix modestes, tout en définissant les spécialisations de chacun ». Il est vrai qu'il s'agit avant tout de bien répartir le marché des cassettes, et de pouvoir garantir les bénéfices nécessaires. En fait, il s'agit d'un nouveau style pour la prédiction, dont le but « est de s'éloigner des organisations, et de s'approcher plus de la vie des citoyens ».

Parmi ces prêcheurs, il y a aussi « Akram Réda, une personne modérée se dirigeant plus vers la raison. Diplômé de l'Université américaine, il ne parle pas de religion, mais discute de sujets très réactionnaires ». Ce que font ces spécialistes portant l'uniforme religieux ne diffère pas beaucoup de ce que l'on voit dans les émissions religieuses des chaînes satellites. Là, le public demande aux hommes de religion, non spécialisés ceux-là, de résoudre toutes sortes de problèmes.

Par ailleurs, à quelques jours du Ramadan, la presse s'inquiète des « prix du yamich (fruits secs du Ramadan), qui a augmenté de près de 40 % ». L'hebdomadaire Sabah Al-Kheir titre ainsi : « Le marché du yamich s'enflamme ! ». Il est vrai que le prix de certains produits de première nécessité (sucre, huile, farine, riz) a été contrôlé afin de stabiliser un peu les prix. « Ce n'est pas le cas pour le yamich, sachant qu'il est considéré comme un produit de luxe », souligne Sabah Al-Kheir. Sur les causes de l'éventuelle baisse des ventes du yamich cette année, les responsables déclarent que cette année, le « Ramadan vient quelques semaines après la rentrée scolaire, et donc le budget des familles souffre d'un déficit certain ». Abdallah Al-Naggar, sous-secrétaire d'Etat au ministère de l’Approvisionnement, et responsable du contrôle du ravitaillement dans le gouvernorat de Guiza, a dépêché sur place de grandes quantités de produits de première nécessité afin de fixer les prix.

Hoda Ghali
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Faim de justice

Un enfant meurt de faim dans le monde toutes les sept secondes. Chaque jour, 100 000 personnes succombent à la faim ou à ses suites et quelqu'un perd la vue toutes les quatre minutes par manque de vitamine A. Plus de 800 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde.

Ces chiffres, publiés à l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation, vendredi, sont très révélateurs. Car ils signifient que la faim et la malnutrition sont aujourd'hui — au début de ce XXIe siècle — la principale cause de la mortalité dans le monde.

A qui la faute ? C'est l'homme qui est responsable, et plus précisément ceux qui nous gouvernent. Car, outre des phénomènes naturels telle la sécheresse, les guerres et les conflits militaires sont parmi les causes majeures de ce drame. Toutes les études sérieuses indiquent que notre planète pourrait nourrir sans problème 12 milliards d'êtres humains, or nous ne sommes que 6,2 milliards. « Il n'y a pas de fatalité, il n'y a aucune loi de la nature qui explique ce massacre quotidien », a lancé Jean Ziegler, rapporteur spécial de l'Onu sur le droit à l'alimentation. M. Ziegler a pointé spécialement du doigt l'Etat hébreu qu'il a estimé responsable d'« une catastrophe humaine » dans les territoires palestiniens, sous occupation depuis 1967. En effet, 56 % des ménages palestiniens ne mangent qu'une seule fois par jour et 9,3 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition grave susceptible de laisser des séquelles durables.

La responsabilité des gouvernements dans cette situation est évidente. Les chefs d'Etat et de gouvernement se sont engagés à plusieurs reprises à tout mettre en œuvre pour réduire de moitié le nombre de ceux qui souffrent de faim d'ici à 2015. Mais rien n'y fait et le fossé alimentaire ne cesse de s'élargir, puisque les dépenses vont ailleurs. Ainsi, le nombre de personnes sous-alimentées est passé en 2002 à 840 millions, contre 815 millions en 2001. Pourtant, un simple chiffre de 4,3 milliards de dollars suffirait à nourrir 110 millions de personnes par an.

Un montant dérisoire au regard des sommes colossales dépensées chaque année par les Etats pour l'armement et l'effort militaire. Rien que pour le Royaume-Uni, deuxième vendeur d'armes dans le monde, ses exportations ont rapporté 4,7 milliards de dollars en 2002. Les quatre principaux exportateurs d'armes dans le monde (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Russie, France) ont vendu pour quelque 20 milliards de dollars d'armes l'année dernière. Un chiffre qui en dit long sur la responsabilité des acheteurs et des vendeurs et sur leurs priorités. Car comme l'a souligné le rapporteur de l'Onu, « un enfant qui meurt de faim est assassiné par l'ordre du monde ».

Hicham Mourad

 

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