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Le
discours important et grave prononcé par le secrétaire d'Etat
américain, Colin Powell, lors du Forum économique arabo-américain,
qui s'est tenu récemment à Detroit dans le Michigan, mérite
une attention particulière. Car il reflète bien la position
américaine à l'égard des pays arabes. Powell a indiqué dans
cette allocution — passée inaperçue dans le monde arabe —
les priorités de la politique américaine au Proche-Orient
en toute franchise et sans retouches, suscitant ainsi les
réserves de beaucoup d'Arabes présents, mécontents de ses
interminables éloges sur les exploits des GI’s en Iraq. Ils
ont été également contrariés par ses propos sur la nécessité
pour les Arabes de s'engager sur la voie de la démocratie
et de l'économie de marché. Son discours a laissé percer une
certaine arrogance envers les peuples arabes assimilés à des
ruraux primitifs. C'est pour cette raison que les participants,
qui ont applaudi debout au début du discours, sont restés
assis en applaudissant à la fin. Cette allocution est l'expression
la plus sincère jamais prononcée par un responsable étranger
sur l'état de déception et de désespoir ressenti actuellement
par le citoyen arabe. Et c'est l'état sur lequel Powell s'est
longuement penché en parlant de la nécessité de créer un nouveau
Proche-Orient.
Le
discours inaugural de Colin Powell prononcé au cours d'une
grande cérémonie tenue au centre « Cobo » à Detroit
a réuni quelque 900 personnalités américaines d'origine arabe,
les invités arabes étant présents ainsi qu'un grand nombre
de responsables américains en rapport avec le monde arabe,
avec à leur tête le secrétaire à l'Energie, Spencer Abraham,
et les secrétaires d'Etat adjoints, William Burns et Alan
Larson.
Devant cette
assistance, le secrétaire d'Etat a repris l'histoire des armes
de destruction massive en Iraq dont l'existence est aujourd'hui
mise en doute par un grand nombre d'Américains. Il a dit être
fier des opérations des forces américaines en Iraq pour le
bien de l'Iraq et pour la liberté !
Colin Powell
a également parlé de la détérioration de la situation en Palestine,
disant que la raison en est les actes terroristes ! Il
a également évoqué la nécessité de mettre un terme aux capacités
nucléaires de l'Iran.
Ensuite, Powell
déclara que les Etats-Unis adoptent à l’heure actuelle une
nouvelle politique au Proche-Orient, basée sur l'anticipation,
contrairement à son ancienne politique qui consistait à traiter
les crises lorsqu'elles avaient lieu. Aujourd'hui, dit-il,
Washington cherche à jeter les fondements de ce qu'il a qualifié
comme un « avenir d'espoir ». Il a déclaré
que les Etats-Unis aideront seulement ceux qui œuvreront pour
cet avenir dans les pays arabes. En décrivant l'état des citoyens
arabes, il a déclaré que des millions d'hommes, de femmes
intelligents et d'éléments distingués vivent dans des conditions
qui déçoivent leurs capacités.
Colin Powell
a indiqué qu'il y avait 14 millions de chômeurs dans le monde
arabe et qu'ils étaient privés de la dignité du travail au
moment où des millions d'autres s'apprêtent à joindre le marché
du travail chaque année.
Powell
déclara aussi que les femmes dans le monde arabe étaient frustrées
parce qu'elles étaient marginalisées dans la vie économique
et politique de leurs pays. Il ajouta que la jeunesse l'était
également ainsi que les enfants. Alors que, selon lui, le
monde arabe dépense sur l'éducation plus que toute autre région
du monde en développement, les enfants arabes n'obtiennent
pas l'éducation nécessaire au monde du XXIe siècle.
Il déclara qu'avec
ce niveau de déception dans tous les aspects de la vie, rien
d'étonnant à ce que la colère se soit emparée du monde arabe.
Il a ajouté que la population du monde arabe est actuellement
de 280 millions, presque l'équivalent de celle des Etats-Unis.
« Et si chacun d'entre eux ne dort pas chaque nuit
en toute quiétude et tranquillité conscient que l'aube lui
sera porteur d'espoir et non de désespoir, notre mission ne
sera guère achevée. Notre ultime engagement aujourd'hui, c'est
de leur donner espoir en l'avenir sans se limiter au seul
règlement des crises lorsqu'elles se déclenchent »,
a-t-il dit.
Powell a noté
que la nouvelle politique américaine reposait sur trois instruments.
Le premier est ce qu'il a appelé « Millenium Challenge
Account » ou le défi du millénaire. Pour lui, c'est
un bouleversement de la politique des aides américaines. Celles-ci
ne seront plus accordées qu'aux pays qui en font bénéficier
les peuples, et non pas une certaine catégorie de gens. Elles
ne seront octroyées également qu'aux pays démocratiques qui
font prévaloir la loi, ne connaissent pas la corruption et
qui font de leurs citoyens des acteurs dans le processus de
développement. Le secrétaire d'Etat a ajouté qu'une somme
préliminaire de 10 milliards de US$ a été allouée à cette
fin. Elle sera augmentée tous les deux ans de 5 autres milliards.
Le second outil,
cité par Powell, est le commerce. « Le commerce libre
a contribué à vaincre la pauvreté et a inculqué aux gens la
notion de liberté », a-t-il dit. Et c'est dans cet
esprit qu'une zone de libre-échange est en préparation entre
les Etats-Unis et le Proche-Orient. « Nous aiderons
les pays qui appliquent des réformes économiques comme le
Liban, l'Algérie, le Yémen et l'Arabie saoudite à adhérer
à l'OMC. Nous œuvrons d'ailleurs bilatéralement avec d'autres
pays pour les préparer au commerce extérieur et à l'investissement »,
a-t-il dit. Il a ajouté que la conclusion d'accords de libre-échange
avec les pays arabes faciliterait leur accès au marché américain.
Ensuite,
Powell a signalé que le commerce ne suffisait pas à lui seul
et que les peuples devaient aussi acquérir les aptitudes nécessaires.
Ceci nous mène au troisième instrument qu'il appelle « Initiative
de partenariat avec le Proche-Orient » en vertu duquel
une assistance sera apportée à ceux qui travaillent à l'accroissement
des capacités économiques et de la participation populaire
et à la réforme de l'éducation.
Le secrétaire
d'Etat a déclaré clairement : « Nous sommes maintenant
devant un tournant historique où le Proche-Orient doit renaître.
Nous savons que nous devons aider les peuples de la région
afin de réaliser l'espoir auquel ils aspirent ».
Il a repris par la suite le ton qui a irrité l'assistance :
« Nous sommes capables d'opérer le changement requis
dans le monde arabe. Parce que nous, Américains, nous avons
foi en le changement et en l'avenir et nous pouvons aider
nos amis les Arabes ».
Il s'est ensuite
adressé à l'assistance en disant : « Je sais
que je peux compter sur chaque personne ici présente. Votre
présence d'ailleurs le prouve. L'échec ne peut jamais être
un choix et nous devons tous travailler avec dynamisme et
persévérance pour qu'un nouveau Proche-Orient voit le jour ».
Ainsi, le discours
de Powell que nous avons tous rejeté d'emblée s'est avéré
être l'expression la plus sincère de la réalité de la situation
au Proche-Orient et de l'état de frustration des peuples.
L'aspect le plus
provocant du discours de Powell a été de lier le processus
de changement requis dans le monde arabe à l'Iraq. En liant
l'invasion de l'Iraq au changement souhaité et à la création
d'un nouveau Proche-Orient, le discours de Powell n'a pas
manqué de faire allusion à de possibles menaces américaines
à l'encontre d'autres pays arabes.
Cependant, de
tels constats ne doivent en aucun cas nous cacher le contenu
dangereux du discours de Powell qui détaille la politique
américaine dans la région ainsi que ses priorités. Car notre
réussite à traiter avec la réalité mondiale ne peut se faire
sans une connaissance approfondie des intentions des autres.
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