Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Le monde en bref

 

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde
en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Livres
Arts
Société
Sport
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Arabie saoudite . Les autorités entament une légère ouverture politique pour répondre aux demandes internes et aux pressions des Etats-Unis.
Timide ouverture démocratique

Montrée du doigt par les Etats-Unis pour son implication supposée dans le terrorisme, l'Arabie saoudite semble décidée à s'engager sur la voie d'une ouverture politique avec l'annonce pour fin 2004 d'élections municipales qui devraient être suivies de législatives partielles deux ans plus tard. L'organisation d'un scrutin législatif partiel, une première dans l'histoire de cette monarchie conservatrice du Golfe, a été communiquée à des réformateurs saoudiens par le ministre de la Défense Sultan bin Abdel-Aziz, selon l'un de ces réformateurs, Mohamad Saïd Taïeb. « Le prince Sultan (membre de la famille régnante et troisième personnage du gouvernement), m'a indiqué que la direction avait l'intention d'organiser des élections partielles pour les Conseils régionaux et le Majlis Al-Choura, respectivement dans deux ans et trois ans », a-t-il déclaré samedi.

Ce dernier figure parmi les 305 signataires d'une pétition réclamant des réformes en Arabie saoudite adressée fin septembre au prince héritier Abdallah bin Abdel-Aziz, qui dirige de facto le royaume en raison de la santé déclinante du roi Fahd. Un autre activiste, Mohsen Al-Awaji, un chef islamiste modéré, a indiqué qu'« un haut dirigeant saoudien avait annoncé la tenue d'élections partielles du Majlis Al-Choura (conseil consultatif) et des conseils régionaux ». Mais il n'a pas donné de date. Selon des sources saoudiennes, des élections devront être organisées dans trois ans pour élire un tiers des membres du Majlis Al-Choura qui en compte 120, tous des hommes, désignés.

Le Majlis Al-Choura traite d'importantes questions économiques et sociales même si son rôle reste consultatif. Mis en place en 1993 avec 60 membres désignés par le roi Fahd, ce conseil consultatif a vu le nombre de ses membres passer à 90 en 1997, puis à 120 en 2001. Les intellectuels et activistes politiques saoudiens appellent souvent à renforcer son rôle. Cette assemblée n'a actuellement aucun pouvoir législatif, mais son rôle s'est accru ces dernières années, avec le vote d'importants projets de lois dans divers domaines, y compris économique, social et éducatif. En vertu de la loi saoudienne, les décisions du Majlis ne sont pas contraignantes pour l'exécutif, mais comme il fonctionne en coordination avec le gouvernement, ses décisions sont généralement approuvées et appliquées. Dans la pratique, le Majlis discute de projets de lois que lui proposent les ministères, leur apporte parfois des amendements mineurs avant de les voter. Les textes « doivent ensuite revenir devant le gouvernement, qui les approuve avant d'avoir force de loi ». Sans intervenir dans les affaires politiques internes sensibles, il participe activement à l'élaboration de la politique étrangère du royaume depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Le président du conseil est choisi parmi les membres du clergé islamique traditionnel, et plusieurs de ses membres ont une formation religieuse.

Le 13 octobre, le gouvernement a annoncé l'organisation dans un an des élections partielles municipales où la moitié des membres des conseils municipaux seront élus. Cette mesure répond à des pressions américaines et surtout à des demandes de plus en plus pressantes d'une opinion publique favorable à des réformes politiques au moment où le régime wahhabite est accusé de favoriser l'extrémisme religieux, assimilé désormais au terrorisme notamment aux Etats-Unis.

Après une première pétition en janvier de plus de 100 intellectuels saoudiens en faveur de réformes, dont une séparation entre les pouvoirs et un parlement élu, le roi Fahd s'est engagé en mai à élargir la participation populaire et à ouvrir de nouveaux secteurs pour l'emploi de la femme.

Dans la foulée de la campagne lancée aux Etats-Unis contre le royaume, après les attentats du 11 septembre 2001, dont 15 des 19 auteurs étaient des Saoudiens, le Majlis Al-Choura a ouvert fin 2002 un rare débat sur l'élargissement de ses prérogatives, une perspective qui pourrait se concrétiser si des élections, même partielles, étaient organisées à l'horizon 2006.

Conscientes des retombées géopolitiques de ces attentats, les autorités saoudiennes ont accéléré certaines réformes internes, engagées timidement à la fin des années 1990, dont celle du système d'éducation, un vecteur jugé aux Etats-Unis favorable au développement de l'extrémisme religieux. Pour canaliser ces réformes, la création d'un « centre du roi Abdel-Aziz pour le dialogue national » a été annoncée en août à Riyad.

Le royaume saoudien est une monarchie conservatrice, où les femmes n'ont pas le droit de conduire et ne peuvent pas sortir du pays sans l'autorisation de leur mari ou d'un mâle de la famille. Les seules élections servent à désigner certains membres des chambres de commerce, les autres étant désignés.

Nouvelle donne dans le Golfe

La chute du régime de Saddam Hussein à Bagdad a créé une nouvelle donne pour les monarchies arabes du Golfe, relançant notamment la pression pour des changements politiques.

L'élimination il y a plus de six mois du régime baassiste iraqien par les forces américano-britanniques a certes été accueillie avec soulagement dans les pays arabes du Golfe. Mais ceux-ci se trouvent aujourd'hui dans l'obligation de procéder à des réformes tant attendues. Les Etats-Unis, fréquemment accusés de soutenir des régimes non démocratiques au Moyen-Orient pourvu qu'ils soient pro-américains, ont ces derniers mois intensifié leur appui aux avancées démocratiques dans la région. Mais c'est surtout à des demandes de plus en plus pressantes de l'opinion publique que les gouvernements du Golfe doivent désormais répondre, en entamant des réformes dont la nature dépendra toutefois de l'évolution de la situation en Iraq.

La nouvelle donne se caractérise par des changements stratégiques, dont le plus important concerne le domaine militaire et l'équilibre des forces dans la région. La région a été l'une des plus instables au monde pendant plus de deux décennies, notamment en raison des aventures militaires de Saddam Hussein : guerre contre l'Iran en 1980-88, invasion du Koweït en 1990 et tension qui a suivi la guerre du Golfe en 1991 jusqu'à la nouvelle guerre de 2003. Cette instabilité a justifié des achats d'armes de plus en plus importants. Les Etats du Golfe dépensaient ainsi beaucoup pour leur sécurité extérieure en raison des menaces, réelles ou imaginaires, que faisait peser l'ancien régime iraqien. Maintenant, l'accent devrait être mis sur la sécurité — menace extrémiste oblige — et les réformes politiques intérieures.

L'impact de la nouvelle donne en Iraq devrait être décisif sur ses voisins arabes du Golfe, mais sa nature dépendra largement des développements de la situation à Bagdad. Si l'insécurité et l'instabilité persistent, les pays arabes du Golfe seront négativement affectés sur les plans politique et sécuritaire. Le rétablissement de la sécurité et la stabilité en Iraq serait par contre un facteur déterminant pour un changement dans la région. Ainsi, si l'Iraq réussit à instaurer une expérience démocratique, les autres pays du Golfe devraient suivre, à des degrés divers et à moindre échelle, sur la voie de la démocratisation, dont les premiers signes ont déjà commencé à se faire sentir.

Le dernier en date est la décision prise par l'Arabie saoudite, le 13 octobre, de se doter fin 2004 de conseils municipaux, partiellement élus pour la première fois dans son histoire, rejoignant ainsi d'autres monarchies du Golfe engagées dans un processus d'ouverture politique. Cette mesure répond à des demandes de plus en plus pressantes d'une opinion publique saoudienne favorable à des réformes politiques, mais aussi à des pressions américaines. Dans ce contexte, il n'est plus une coïncidence que l'opposition saoudienne en exil à Londres réussit le même jour à rassembler des centaines de manifestants à Riyad, ce qui tient lieu de véritable prouesse dans un pays où les mouvements collectifs de protestation sont strictement interdits. En outre, l'organisation d'élections municipales doit être suivie par d'autres réformes importantes dont l'élection des conseils régionaux et du Majlis Al-Choura, un conseil consultatif dont les membres sont désignés. Chef de file des autres monarchies de la région regroupées au sein du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), l'Arabie saoudite est ainsi en passe de rattraper les autres membres du conseil qui ont pour la plupart organisé des élections pour les conseils municipaux ou leurs organes assimilés à un parlement.

Les six membres du CCG sont dirigés par des familles royales au pouvoir depuis des siècles. Le Koweït, Bahreïn et Oman ont des Parlements élus, mais le Qatar, les Emirats arabes unis et l'Arabie saoudite ne disposent que de conseils désignés.

Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631