Arabie
saoudite . Les
autorités entament une légère ouverture politique
pour répondre aux demandes internes et aux pressions
des Etats-Unis. |
Timide
ouverture démocratique |
| Montrée
du doigt par les Etats-Unis pour son implication
supposée dans le terrorisme, l'Arabie saoudite
semble décidée à s'engager sur la voie d'une ouverture
politique avec l'annonce pour fin 2004 d'élections
municipales qui devraient être suivies de législatives
partielles deux ans plus tard. L'organisation
d'un scrutin législatif partiel, une première
dans l'histoire de cette monarchie conservatrice
du Golfe, a été communiquée à des réformateurs
saoudiens par le ministre de la Défense Sultan
bin Abdel-Aziz, selon l'un de ces réformateurs,
Mohamad Saïd Taïeb. « Le prince Sultan
(membre de la famille régnante et troisième
personnage du gouvernement), m'a indiqué que
la direction avait l'intention d'organiser des
élections partielles pour les Conseils régionaux
et le Majlis Al-Choura, respectivement
dans deux ans et trois ans », a-t-il
déclaré samedi.
Ce dernier figure parmi les 305
signataires d'une pétition réclamant des réformes
en Arabie saoudite adressée fin septembre au prince
héritier Abdallah bin Abdel-Aziz, qui dirige de
facto le royaume en raison de la santé déclinante
du roi Fahd. Un autre activiste, Mohsen Al-Awaji,
un chef islamiste modéré, a indiqué qu'« un
haut dirigeant saoudien avait annoncé la tenue
d'élections partielles du Majlis Al-Choura
(conseil consultatif) et des conseils régionaux ».
Mais il n'a pas donné de date. Selon des sources
saoudiennes, des élections devront être organisées
dans trois ans pour élire un tiers des membres
du Majlis Al-Choura qui en compte 120,
tous des hommes, désignés.
Le Majlis Al-Choura traite
d'importantes questions économiques et sociales
même si son rôle reste consultatif. Mis en place
en 1993 avec 60 membres désignés par le roi Fahd,
ce conseil consultatif a vu le nombre de ses membres
passer à 90 en 1997, puis à 120 en 2001. Les intellectuels
et activistes politiques saoudiens appellent souvent
à renforcer son rôle. Cette assemblée n'a actuellement
aucun pouvoir législatif, mais son rôle s'est
accru ces dernières années, avec le vote d'importants
projets de lois dans divers domaines, y compris
économique, social et éducatif. En vertu de la
loi saoudienne, les décisions du Majlis
ne sont pas contraignantes pour l'exécutif, mais
comme il fonctionne en coordination avec le gouvernement,
ses décisions sont généralement approuvées et
appliquées. Dans la pratique, le Majlis
discute de projets de lois que lui proposent les
ministères, leur apporte parfois des amendements
mineurs avant de les voter. Les textes « doivent
ensuite revenir devant le gouvernement, qui les
approuve avant d'avoir force de loi ».
Sans intervenir dans les affaires politiques internes
sensibles, il participe activement à l'élaboration
de la politique étrangère du royaume depuis les
attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.
Le président du conseil est choisi parmi les membres
du clergé islamique traditionnel, et plusieurs
de ses membres ont une formation religieuse.
Le 13 octobre, le gouvernement
a annoncé l'organisation dans un an des élections
partielles municipales où la moitié des membres
des conseils municipaux seront élus. Cette mesure
répond à des pressions américaines et surtout
à des demandes de plus en plus pressantes d'une
opinion publique favorable à des réformes politiques
au moment où le régime wahhabite est accusé de
favoriser l'extrémisme religieux, assimilé désormais
au terrorisme notamment aux Etats-Unis.
Après une première pétition en
janvier de plus de 100 intellectuels saoudiens
en faveur de réformes, dont une séparation entre
les pouvoirs et un parlement élu, le roi Fahd
s'est engagé en mai à élargir la participation
populaire et à ouvrir de nouveaux secteurs pour
l'emploi de la femme.
Dans la foulée de la campagne
lancée aux Etats-Unis contre le royaume, après
les attentats du 11 septembre 2001, dont 15 des
19 auteurs étaient des Saoudiens, le Majlis
Al-Choura a ouvert fin 2002 un rare débat
sur l'élargissement de ses prérogatives, une perspective
qui pourrait se concrétiser si des élections,
même partielles, étaient organisées à l'horizon
2006.
Conscientes des retombées géopolitiques
de ces attentats, les autorités saoudiennes ont
accéléré certaines réformes internes, engagées
timidement à la fin des années 1990, dont celle
du système d'éducation, un vecteur jugé aux Etats-Unis
favorable au développement de l'extrémisme religieux.
Pour canaliser ces réformes, la création d'un
« centre du roi Abdel-Aziz pour le dialogue
national » a été annoncée en août à Riyad.
Le royaume saoudien est une monarchie
conservatrice, où les femmes n'ont pas le droit
de conduire et ne peuvent pas sortir du pays sans
l'autorisation de leur mari ou d'un mâle de la
famille. Les seules élections servent à désigner
certains membres des chambres de commerce, les
autres étant désignés.
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Nouvelle
donne dans le Golfe |
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La
chute du régime de Saddam Hussein à Bagdad a créé
une nouvelle donne pour les monarchies arabes
du Golfe, relançant notamment la pression pour
des changements politiques.
L'élimination il y a plus de
six mois du régime baassiste iraqien par
les forces américano-britanniques a certes été
accueillie avec soulagement dans les pays arabes
du Golfe. Mais ceux-ci se trouvent aujourd'hui
dans l'obligation de procéder à des réformes tant
attendues. Les Etats-Unis, fréquemment accusés
de soutenir des régimes non démocratiques au Moyen-Orient
pourvu qu'ils soient pro-américains, ont ces derniers
mois intensifié leur appui aux avancées démocratiques
dans la région. Mais c'est surtout à des demandes
de plus en plus pressantes de l'opinion publique
que les gouvernements du Golfe doivent désormais
répondre, en entamant des réformes dont la nature
dépendra toutefois de l'évolution de la situation
en Iraq.
La nouvelle donne se caractérise
par des changements stratégiques, dont le plus
important concerne le domaine militaire et l'équilibre
des forces dans la région. La région a été l'une
des plus instables au monde pendant plus de deux
décennies, notamment en raison des aventures militaires
de Saddam Hussein : guerre contre l'Iran
en 1980-88, invasion du Koweït en 1990 et tension
qui a suivi la guerre du Golfe en 1991 jusqu'à
la nouvelle guerre de 2003. Cette instabilité
a justifié des achats d'armes de plus en plus
importants. Les Etats du Golfe dépensaient ainsi
beaucoup pour leur sécurité extérieure en raison
des menaces, réelles ou imaginaires, que faisait
peser l'ancien régime iraqien. Maintenant, l'accent
devrait être mis sur la sécurité — menace
extrémiste oblige — et les réformes
politiques intérieures.
L'impact de la nouvelle donne
en Iraq devrait être décisif sur ses voisins arabes
du Golfe, mais sa nature dépendra largement des
développements de la situation à Bagdad. Si l'insécurité
et l'instabilité persistent, les pays arabes du
Golfe seront négativement affectés sur les plans
politique et sécuritaire. Le rétablissement de
la sécurité et la stabilité en Iraq serait par
contre un facteur déterminant pour un changement
dans la région. Ainsi, si l'Iraq réussit à instaurer
une expérience démocratique, les autres pays du
Golfe devraient suivre, à des degrés divers et
à moindre échelle, sur la voie de la démocratisation,
dont les premiers signes ont déjà commencé à se
faire sentir.
Le dernier en date est la décision
prise par l'Arabie saoudite, le 13 octobre, de
se doter fin 2004 de conseils municipaux, partiellement
élus pour la première fois dans son histoire,
rejoignant ainsi d'autres monarchies du Golfe
engagées dans un processus d'ouverture politique.
Cette mesure répond à des demandes de plus en
plus pressantes d'une opinion publique saoudienne
favorable à des réformes politiques, mais aussi
à des pressions américaines. Dans ce contexte,
il n'est plus une coïncidence que l'opposition
saoudienne en exil à Londres réussit le même jour
à rassembler des centaines de manifestants à Riyad,
ce qui tient lieu de véritable prouesse dans un
pays où les mouvements collectifs de protestation
sont strictement interdits. En outre, l'organisation
d'élections municipales doit être suivie par d'autres
réformes importantes dont l'élection des conseils
régionaux et du Majlis Al-Choura, un conseil
consultatif dont les membres sont désignés. Chef
de file des autres monarchies de la région regroupées
au sein du Conseil de Coopération du Golfe (CCG),
l'Arabie saoudite est ainsi en passe de rattraper
les autres membres du conseil qui ont pour la
plupart organisé des élections pour les conseils
municipaux ou leurs organes assimilés à un parlement.
Les six membres du CCG sont dirigés
par des familles royales au pouvoir depuis des
siècles. Le Koweït, Bahreïn et Oman ont des Parlements
élus, mais le Qatar, les Emirats arabes unis et
l'Arabie saoudite ne disposent que de conseils
désignés.
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