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Iraq . Face à l'opposition de l'opinion publique, à celle du Conseil de gouvernement transitoire iraqien, et aux hésitations de Washington, Ankara devrait renoncer à l'envoi de troupes.
L'armée turque invitée à rester chez elle

La Turquie renoncera à envoyer des troupes en Iraq si elles n'y sont pas les bienvenues, a déclaré le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan samedi. « Si nous sommes attendus, nous irons (en Iraq). Si nous ne le sommes pas, nous n'irons pas. Nous n'avons pas pris de décision impérative », a-t-il dit.

Cette déclaration fait suite à l'opposition du Conseil de gouvernement transitoire iraqien au déploiement de soldats turcs en Iraq et à des informations parues dans la presse selon lesquelles Washington hésite sur l'opportunité d'une implication militaire d'Ankara. « L'Iraq est notre voisin et continuera à l'être dans l'avenir », a poursuivi le chef du gouvernement turc. « Nous n'allons rien entreprendre qui puisse déboucher sur des problèmes. Les demandes du peuple iraqien sont très importantes pour nous ».

Avant de prendre sa décision, Ankara attend les retombées de la résolution adoptée à l'Onu jeudi dernier, qui autorise l'établissement d'une force internationale de sécurité en Iraq. « Nous ne sommes pas tellement enthousiastes à l'idée d'envoyer des soldats en Iraq. Il s'agissait d'une demande des Etats-Unis et nous l'avons prise en considération », a-t-il dit. « Mais si le peuple iraqien dit nous ne voulons de personne, alors nous ne pouvons rien faire ».

En dépit d'une forte opposition intérieure, le Parlement turc avait donné son feu vert le 7 octobre à l'envoi de soldats en Iraq à une date non déterminée, pour une période maximale d'un an.

Deux semaines plus tard, Ankara et Washington n'ont toujours pas commencé à discuter des détails de l'envoi de troupes turques, ce qui pousse certains commentateurs à dire que les Etats-Unis ne sont plus tout à fait certains de la pertinence de ce déploiement. L'opposition parlementaire turque avait appelé mercredi dernier le gouvernement à reconsidérer son intention de déployer des forces en Iraq après un attentat suicide contre l'ambassade de Turquie à Bagdad.

Le Conseil de gouvernement intérimaire s'était auparavant exprimé contre ce déploiement. Les dirigeants iraqiens craignent que l'intervention de pays voisins n'interfère dans la politique intérieure et ne fragilise encore le processus de reconstruction.

Quant aux Kurdes iraqiens, ils sont particulièrement méfiants à l'égard de la Turquie, qu'ils soupçonnent de vouloir remettre en cause leurs gains politiques dans l'Iraq de l'après-Saddam, en raison de son conflit avec sa propre minorité kurde.

La Turquie, quant à elle, souhaite faire oublier aux Etats-Unis qu'elle ne les a pas soutenus pendant la guerre en Iraq, et veut gagner une certaine influence sur les Kurdes iraqiens, qu'elle soupçonne de vouloir faire sécession, ce qui pourrait donner des idées aux Kurdes turcs.

La Turquie pense aussi obtenir en échange de son intervention une offensive américaine contre les rebelles kurdes turcs du PKK cachés dans les montagnes du nord de l'Iraq. Ainsi, le chef d'état-major de l'armée turque, le général Hilmi Ozkok, a appelé samedi les Américains à lancer une traque contre ces rebelles. « Le PKK est une organisation terroriste, recensée comme telle par les Etats-Unis, qui proclament lutter contre le terrorisme mondial, ce qui signifie contre le PKK », a souligné l'officier.

Il estime que l'intention de la Turquie de déployer un contingent militaire en Iraq vise à garantir la stabilité de l'Iraq, pour protéger la sécurité de la Turquie frontalière, mais aussi à faire face au problème du séparatisme des rebelles kurdes de Turquie du PKK-Hadek.

En revanche, l'opinion publique turque est majoritairement opposée à une intervention en Iraq, que les manifestations continuent à s'organiser dans plusieurs villes turques pour protester contre la décision du gouvernement d'envoyer des troupes en Iraq. « Nous allons déchirer la résolution dans la rue », avaient scandé les manifestants, en référence au texte adopté par le Parlement turc pour autoriser le déploiement de soldats en Iraq. A Ankara, un parti pro-islamiste a organisé un rassemblement sur ce thème. « Laissons Tayyip aller en Iraq », ont scandé les manifestants, évoquant le chef du gouvernement Recep Tayyip Erdogan.

Maha Salem
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