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Iran . Téhéran a engagé depuis samedi des négociations avec l'Agence internationale de l'énergie atomique en vue de la signature éventuelle du protocole additionnel du TNP qui imposerait à ce pays un contrôle renforcé de ses activités nucléaires.
Crise désamorcée

Alors que le temps paraissait compté pour Téhéran, qui a jusqu'au 31 octobre pour prouver qu'il ne mettait pas au point l'arme nucléaire, la coopération entre l'Iran et l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) semble prendre son rythme de croisière. L'Iran a fait samedi un pas auprès de la communauté internationale en engageant la négociation sur l'instauration d'un contrôle renforcé de ses activités nucléaires. Ainsi, des experts d'Iran et de l'AIEA ont commencé à Téhéran les tractations sur la signature éventuelle du protocole additionnel au Traité de Non-Prolifération (TNP), a indiqué le représentant d'Iran auprès de l'AIEA, Ali Akbar Salehi. Ce dernier s'est dit « optimiste » quant à l'issue des négociations qui pourraient durer « quelques jours ». L'Iran est pressé depuis des mois par l'AIEA et les Occidentaux, inquiets de la vocation purement civile de son programme nucléaire, de signer le protocole comme environ 80 pays avant lui.

L'Iran a jusqu'alors objecté que les Occidentaux eux-mêmes ne respectaient pas l'obligation d'assistance technologique mutuelle inscrite au TNP. Il réclame surtout l'assurance que sa souveraineté nationale et ses secrets stratégiques seront préservés et que la signature du protocole sera la dernière exigence.

A l'approche de l'expiration d'un ultimatum que lui a lancé l'AIEA le 12 septembre, la République islamique a néanmoins affirmé au directeur général de l'AIEA, Mohamed Al-Baradei, en visite à Téhéran jeudi, être « disposée » à parapher le texte. Dans cette résolution du 12 septembre, l'AIEA demande notamment à l'Iran de suspendre ses activités d'enrichissement, de fournir un accès illimité à ses sites nucléaires et de livrer des informations complètes sur le matériel nucléaire acheté à l'étranger. Elle demande aussi à Téhéran de signer et ratifier un protocole additionnel au Traité de Non-Prolifération des armes nucléaires, permettant des inspections quasiment sans préavis de sites qu'ils aient ou non été préalablement déclarés à l'agence onusienne veillant à la non-prolifération.

L'AIEA a donné à l'Iran jusqu'au 31 octobre pour fournir des garanties probantes qu'il ne met pas secrètement au point l'arme atomique. A défaut, il s'expose à une saisine du Conseil de sécurité de l'Onu, avec la menace de sanctions internationales. L'AIEA est préoccupée par la découverte à deux reprises de traces d'uranium hautement enrichi en Iran.

Bien qu'il ait souligné à plusieurs reprises que l'échéance du 31 octobre n'était « pas négociable », Al-Baradei a dit avoir reçu durant son séjour en Iran « l'assurance d'un historique complet des activités nucléaires passées » et d'une « coopération totale ». Selon lui toutefois, « une fois la décision prise, il ne devrait pas falloir plus d'une semaine pour nous donner toutes les informations ». De son côté, Salehi n'a pas nié la possibilité d'une signature avant l'échéance du 31 octobre ou même avant la réunion de l'AIEA prévue le 20 novembre. « Tout est possible. L'Iran n'a jamais envisagé de date butoir et agit à son rythme, conformément à ses intérêts », selon lui.


Proposition européenne

Pour aider à régler le dossier iranien, Berlin, Paris et Londres pourraient, selon des sources diplomatiques, accepter d'envisager de fournir à l'Iran de la technologie et même du combustible nucléaire s'il satisfait les exigences internationales. Plusieurs pays européens « sont prêts à discuter avec l'Iran », a déclaré au cours de sa visite en Iran, Al-Baradei, lui-même favorable à un tel marché. Il est même question d'une visite dans les prochains jours à Téhéran des ministres allemand, français et britannique des Affaires étrangères.

Toutefois, malgré l'appel international à suspendre tout enrichissement d'uranium, Salehi a insisté sur le droit souverain de son pays à continuer à enrichir, ce que le TNP ne lui interdit pas de faire.

De sa part, le président iranien Mohammad Khatami a affirmé que son pays ne produirait pas d'arme nucléaire. Aussi, il a estimé injustes les demandes de l'AIEA, mais a assuré que Téhéran « poursuivait sa coopération » avec l'agence onusienne. Khatami s'est donc voulu rassurant. « Nous n'avons jamais dit que nous ne signerions pas le protocole », a-t-il expliqué. « En raison de nos principes religieux, de nos principes idéologiques, de notre volonté de promouvoir le dialogue entre les civilisations, nous sommes totalement contre la prolifération des armes nucléaires ». Mais le président iranien s'est gardé une marge de manœuvre pour négocier. « Nous n'avons aucun problème de principe, mais nous insistons sur nos droits, dès lors que nous n'avons aucune intention de fabriquer des armes nucléaires », a précisé Khatami.

Le chef d'Etat a souligné que son pays disposait de beaucoup de richesses en uranium déjà exploitées avant la Révolution islamique de 1979, en insistant sur son droit légitime de tirer profit de ce potentiel à des fins pacifiques. « Nous sommes déterminés à développer une technologie nucléaire pacifique, malgré toutes les sanctions, toutes les campagnes de propagande et toute la pression internationale », a prévenu le chef d'Etat.

L'Iran a longtemps posé comme condition à une signature du protocole que les autres signataires du TNP l'assistent dans son programme nucléaire.

L'AIEA et l'Union européenne ont insisté sur le fait que la signature devait être apposée « sans condition ». De nouveaux inspecteurs de l'AIEA doivent se rendre en Iran avant l'expiration de l'ultimatum. Ils entendent notamment procéder à des auditions et à des prélèvements environnementaux, leur « priorité première » étant de s'assurer que l'Iran n'a pas enrichi d'uranium à des fins militaires.

Maha Salem
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