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Hommage . Le prix de l'Académie méditerranéenne pour les arts et la création vient d'être décerné au Nobel égyptien Naguib Mahfouz dans le cadre de l'année égypto-italienne.
Mahfouz
une nouvelle fois honoré

Antonio Badini, l'ambassadeur italien au Caire, et Michele Capasso, président de l'Académie méditerranéenne (à Naples), ont décerné au Nobel égyptien Naguib Mahfouz le prix de l'académie pour les arts et la création de l'année 2003. Mahfouz et son épouse ont reçu la délégation italienne, venus spécialement pour l'événement, dans leur appartement d'Agouza.

Le prix de l'Académie méditerranéenne, l'un des plus importants d'Europe, est décerné dans les domaines de la culture, de la paix ainsi que celui des arts et de la création. Il a été attribué cette année à trois Arabes.

Madame Suzanne Moubarak a reçu le prix de l'académie dans le domaine de la culture le mois dernier, lors d'une cérémonie spéciale, au siège de l'académie à Naples. Et ce, pour ses efforts continus encourageant les divers projets culturels à même d'améliorer la qualité et le niveau de vie.

Le prix de la paix a été attribué au prêtre palestinien Elias Chakour. Et enfin, celui des arts et de la création à l'écrivain Naguib Mahfouz.

Le secrétaire général de l'académie, Mohamad Aziza (Tunisie) a lu en arabe les critères du choix de Mahfouz, en sa présence, expliquant que le comité international du jury, dépendant de l'Académie méditerranéenne, a décidé de lui accorder ce prix pour les raisons suivantes :

— La profondeur des idées, la finesse du style, qu'il s'agisse de ses romans ou de ses scénarios.

Sa capacité à exprimer les changements sociaux de l'Egypte tout au long de plus d'un demi-siècle.

— L'analyse réaliste et sublime de l'âme humaine.

— Le courage dont il a fait preuve face aux aspects du fanatisme et du reniement de l'autre.

— Sa réussite à faire parvenir le roman arabe dans les sphères internationales.

— L'engagement sincère dont il a fait preuve vis-à-vis du dialogue des cultures et des religions, afin de servir la cause de l'homme en général et des sociétés du XXIe siècle. Et son rôle dans le renouvellement du patrimoine spirituel et intellectuel de notre bassin méditerranéen afin de nous guider vers « le Machreq des lumières et des magnificences » auquel il a fait appel à travers ses écrits.

Naguib Mahfouz a ensuite remercié la délégation italienne, qui s'est donnée la peine de venir en Egypte pour lui accorder le prix. Il a par ailleurs souligné que la solidarité et la constance que représente ce prix doit être la seule langue d'entente entre les peuples, supplantant les guerres et les conflits.

De son côté, l'ambassadeur italien, Antonio Badini, a exprimé sa vive joie quant au choix de deux éminentes personnalités égyptiennes pour recevoir les prix de l'académie, dans le cadre de l'année égypto-italienne. Celle-ci commence vers la fin de cette année, plaçant ainsi l'année 2004 sous le signe de l'échange culturel entre les deux pays. Carla Burri et l'écrivain Mohamed Salmawy, qui sont respectivement les commissaires italien et égyptien de l'année égypto-italienne, ont pris part à l'attribution du prix. Mohamed Salmawy a rappelé que l'année égypto-italienne, qui se déroule sous la patronage du ministère de la Culture, s'inscrit dans le cadre d'un accord conclu entre les présidents Moubarak et Chiampi, à l'issue de leur rencontre en l'an 2001. Il a également ajouté que les activités artistiques et culturelles de cette manifestation commenceront au mois de décembre prochain et s'étendront à toute l'Italie.

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Les lumières de la Méditerranée
Michele Capasso, président de l'Académie de la Méditerranée, évoque un programme ambitieux pour la promotion interculturelle

Al-Ahram Hebdo : L'Académie a-t-elle joué un rôle quant à la traduction et la diffusion des œuvres de Naguib Mahfouz dans le but de faire partager l'expérience humaine sur les deux rives de la Méditerranée ?
Michele Capasso : L'Académie a encouragé les maisons d'édition en Italie à entamer de nouvelles traductions de Mahfouz et à republier ses œuvres, profondément humanistes et universelles. Mahfouz a réussi dans ses romans à peindre honnêtement la vie des Egyptiens de la classe moyenne notamment et à sonder leurs âmes, à l'instar du Français Balzac, dans La Comédie humaine.

L'Académie essaye actuellement de regrouper ses diverses publications portant sur Mahfouz : historiques, littéraires et encyclopédiques, afin d'élaborer une bibliographie de ses œuvres. Cet ouvrage, qui sera rédigé avec l'aide de l'écrivain égyptien Mohamed Salmawy, comportera un résumé de chacun des romans de Mahfouz. J'espère pouvoir parachever cet ouvrage le plus tôt possible pour l'offrir à Mahfouz, outre le prix qu'on vient de lui décerner.

— Y a-t-il d'autres publications de l'académie qui s'intéressent à présenter les écrivains et les artistes égyptiens au reste de la Méditerranée ?
— L'année dernière, l'académie a publié un livre en anglais et en italien sur le grand réalisateur égyptien Salah Abou-Seif. L'ouvrage, qui contient un entretien exclusif avec Naguib Mahfouz, lequel a souvent collaboré avec Abou-Seif, présente une filmographie complète de ce dernier. Et compte tenu de la grande ressemblance entre Abou-Seif et les réalisateurs italiens néoréalistes, l'Académie va présenter — dans le cadre de l'année Italie-Egypte — trois films du réalisateur égyptien et trois autres signés par des auteurs italiens néoréalistes. Ce, à partir du mardi 21 octobre au petit théâtre de l'Opéra égyptien.

L'académie a réalisé également sur une large échelle un projet cinématographique visant à diffuser le cinéma égyptien dans les pays de la Méditerranée. Ainsi, 80 films égyptiens ont été projetés dans 12 villes méditerranéennes dans le cadre d'une rétrospective intitulée Le Caire, la ville et ses habitants.

— Quels sont les autres moyens par lesquels l'académie encourage le dialogue culturel entre l'Egypte et ses voisins méditerranéens ?
— L'académie a mis en place un protocole de coopération permanente avec la Bibliothèque d'Alexandrie qui comporte un projet de traduction des livres européens vers l'arabe. Ce projet va commencer avec la traduction d'une œuvre italienne du XVIe siècle intitulée Le Miroir de la mer Méditerranée. Nous avons présenté ce projet le 12 octobre dernier à la Bibliothèque d'Alexandrie en présence de madame Suzanne Moubarak.

Nous envisageons également travailler dès l'année prochaine afin de préparer une encyclopédie exhaustive en arabe et en français pour le monde méditerranéen. Cette encyclopédie présentera des connaissances approfondies sur tous les pays du bassin.

L'académie commencera dès l'année prochaine, également en collaboration avec la Bibliothèque d'Alexandrie, à construire une bibliothèque pour les aveugles.

Et étant donné l'étroite collaboration entre les archéologues méditerranéens et leurs homologues égyptiens, nous construirons au Caire une école pour la formation des archéologues. Celle-ci visera à donner une connaissance approfondie non seulement du lieu dans lequel l'archéologue va travailler, mais de tous les sites archéologiques de la Méditerranée avec notamment des cours sur l'histoire et la culture de ses différents peuples.

— L'académie accorde-t-elle un intérêt particulier à la poésie, vu la richesse de l'héritage poétique et religieux des peuples méditerranéens ?
— C'est à partir de l'année prochaine également que l'académie organisera à Delphes, en Grèce, la Journée de la poésie méditerranéenne à laquelle participeront Adonis, le poète syrien, et Chams Nader, le poète tunisien.

— En tant qu'architecte, avez-vous des idées précises concernant la promotion de l'architecture dans les villes méditerranéennes ?
— Certes. J'ai proposé au gouverneur d'Alexandrie de faire de cette ville le chef de fil de l'architecture « de bord de mer ». Car sur toutes les villes de la Méditerranée, Alexandrie possède la plus longue corniche. Une grande partie de la ville donne sur la mer. Ma proposition est de sauvegarder cette architecture et de déplacer le centre-ville vers la corniche. Car les Méditerranéens éloignent souvent leur centre-ville, avec ces cinémas, ses boutiques, etc. de la mer. J'aimerais non seulement promouvoir l'architecture, mais aussi la culture des habitants.

Propos recueillis par Hayssam Khachaba

 

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