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la guitare ou gratter l'oud ? L'un revient à l'autre ?
Deux instruments à cordes, des frères en quelque sorte, puisque
leur origine serait la même si l'on croit les historiens de
la musique. L'expérience vient d'être tentée lors d'un concert
donné la semaine dernière à la maison Harawi. Un décor
parfaitement oriental qui sied bien à l'oud et à l'endroit,
de surcroît appelé la Maison de l'oud, s'agissant d'un
centre d’entraînement à cet instrument que dirige Nassir Chamma.
L'oud recevait la guitare en la personne du soliste
allemand Ansgar Krause. Professeur au Collège musical de Cologne
où il a fait ses études, il est célèbre pour ses arrangements
à la guitare de différentes compositions classiques. C'est
ainsi qu'il a présenté un choix diversifié de son répertoire
Torre Bermeja d'Isaac Albeniz, compositeur espagnol
guitariste de surcroît, mais qui n'a jamais rien écrit pour
cet instrument. L'autre compositeur est le paraguayen Agustin
Barrios, appelé le Chopin de la guitare, son œuvre qui date
du début du siècle dernier n'a été connue que dans les années
1970, une trentaine d'années après sa mort. Deux cas qui illustrent
une problématique de la guitare, instrument populaire qui
n'a accédé à la catégorie du classique qu'à une époque relativement
récente. Ainsi le dernier morceau présente une Chaconne de
J. S. Bach était à l'origine une sonate pour violon. C'était
le morceau de bravoure de la série où l'on découvre une guitare
aux sons cristallins.
Après cet exemple, ce fut au tour de Nassir
Chamma de faire un tour d'horizon de l'oud. L'improvisation
étant le point fort de l'Orient de ce luthiste iraqien, né
en 1963 à Al-Kut et devenu le soliste de l'oud le plus
populaire et le plus innovateur du monde arabe.
En particulier, il a ouvert sa partie du
programme avec une œuvre dans cet esprit, suivie de deux autres
pièces faites aussi de nouveauté Hilal al-seba (le
croissant de la jeunesse), une nouvelle forme musicale dont
il est l'inventeur, et Halet Wagd (Etat de passion)
qui est dans la veine soufie. Enfin Nassir s'est déployé dans
Enfance, où le rythme et l'accent de l'instrument semblent
virer à la guitare. De quoi préparer les mélomanes à une troisième
partie où les deux instruments sont ensemble : des improvisations
de Nassir Chamma et d'Ansgar Krause sur des œuvres de Hans
Neusiedler et de Gaspar Sanz. Les deux instruments se sont
rejoints par delà leurs différences et leurs genres. La guitare
paraissant plus aiguë et plus enjouée, l'oud plus mélancolique,
plus grave. Un Orient et un Occident différents, mais avec
les mêmes éléments de beauté. Peut-être aurait-il fallu que
chaque musicien improvise sur des arrangements faits pour
l'autre instrument. De toute façon avec le cadre féerique
et arabe de la maison Harawi, on voit bien que la musique,
c'est l'art de l'abstrait qui va à l'architecture ambiante.
On se retrouve, on se rejoint, on est deux mais on est aussi
un.
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