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Corruption . Un rapport de l'ONG Transparency International montre que la corruption ne cesse de progresser en Egypte. Les experts économiques égyptiens soulignent les failles de cette étude.
L'Egypte s'enfonce dans l'opacité

La corruption prendrait de plus en plus d'ampleur en Egypte, à en croire l'Indice international de Perception de la Corruption (IPC 2003), publié la semaine dernière par Transparency International (TI). Cette organisation non gouvernementale de lutte contre la corruption classe l'Egypte à la 73e place des (3,3 sur 10) 133 pays classés, allant du moins corrompu au plus corrompu. En 2002, l'Egypte était à la 62e place, et à la 54e place en 2001. Le classement de l’Egypte est particulièrement mauvais comparé à d'autres pays arabes tels que la Tunisie (39e) ou encore la Jordanie (42e). Pire encore, par rapport aux pays arabes pétroliers figurant pour la première fois dans l'indice, comme Oman (26e), le Qatar (32e) ou les Emirats arabes unis (38e).

« La corruption existe partout dans le monde, mais en Egypte, elle se caractérise par sa nature beaucoup plus complexe », souligne Ahmad Al-Naggar, chercheur au Centre stratégique des études économiques. Il explique que la corruption émane de la relation entre l'appareil gouvernemental et le secteur privé. Les salaires médiocres des responsables et employés gouvernementaux les poussent à prendre des pots-de-vin pour survivre et s'enrichir. De l’autre côté, la bureaucratie pousse les hommes d'affaires à verser des pots-de-vin pour faciliter et accélérer leurs travaux. Une opinion partagée par Réfaat Al-Saïd, secrétaire général du parti du Rassemblement, qui ajoute que « le choix sélectif des procès de corruption est l'un des facteurs qui favorise cette tendance en Egypte. Le responsable corrompu peut rester longtemps à son poste et dans cet état de corruption au vu et au su des employés qui travaillent sous ses ordres et qui dépendent directement de son service. Mais une fois accusé et arrêté par les autorités, il est loin d’être considéré par son entourage et les responsables comme la victime de la lutte contre la corruption. Pour eux, son arrestation montre plutôt qu'il n'a pas obéi aux ordres ».


Erreurs d'analyses

Toutefois, Ahmad Ghoneim, directeur du Centre des études financières dépendant de la faculté d'économie et des sciences politiques de l’Université du Caire, voit que « la nouvelle classification de l'Egypte ne reflète pas la réalité. L'institution s'est basée sur de faux calculs », souligne-t-il. L'indice de perception de la corruption, publié pour la première fois en 1995, s’appuie sur des sondages reflétant la perception des milieux d'affaires et des spécialistes, résidents ou expatriés. L'indice de cette année se base sur 17 enquêtes effectuées par 13 organismes indépendants. Pour le rapport sur l'Egypte, 9 institutions ont participé au sondage. Leurs notes varient de 1,8 à 5,3.

Selon Ghoneim, ce rapport considère l'Egypte comme étant l'un des pays figurant sur la liste noire des pays non coopératifs dans le domaine du blanchiment de fonds, ignorant la promulgation d'une loi en 2002 pour lutter contre le blanchiment. De même, le rapport a pris les procès de corruption bancaire et l'arrestation de directeurs de banques comme des indices de la détérioration de la situation du pays. « Au contraire, la découverte de ces cas devrait être un indice de l'amélioration de la position égyptienne au niveau de la lutte contre la corruption et l'amélioration de la transparence », remarque-t-il. En outre, le rapport a mal qualifié la question de l'accès aux informations. « L'institution n'a pas pris en considération les essais gouvernementaux pour intégrer plus de transparence. Il existe actuellement un projet de loi sous étude destiné à faciliter l'accès aux informations gouvernementales », dit-il.

Cependant, Ghoneim avoue son inquiétude devant l'insistance du rapport à renforcer la transparence dans les contrats publics. Selon le rapport, les pays moins développés ont tout intérêt à adopter des mesures de transparence dans les contrats publics. Car ce sont leurs faibles ressources qui sont en cause. Ahmad Ghoneim estime cette réclamation comme une ingérence dans la suprématie gouvernementale du pays, soulignant qu'« il existe actuellement des pressions exercées par les pays développés sur les pays en voie de développement pour publier tout ce qui concerne leurs adjudications gouvernementales et leurs achats gouvernementaux sous le couvert de la transparence. Même, au sein de l'OMC, les pays développés essaient de pousser les pays en développement à signer un accord qui les oblige à être plus transparents. Et ce après qu'ils eurent échoué à convaincre les pays en développement d’adhérer à un accord obligeant le gouvernement à traiter l'investisseur étranger de la même manière que les investisseurs nationaux dans les achats gouvernementaux. Les marchés des pays en développement représentent de grandes opportunités pour les investisseurs étrangers », relève-t-il.

« En fait, les pays développés pourraient utiliser l'arme de la transparence pour punir les pays en développement au cas où ils refuseraient d'adhérer à ce genre d'accords », avertit un homme d'affaires, sous couvert d'anonymat. Tout d'abord, le rapport a recommandé aux institutions financières internationales de prendre une position ferme en cessant d'accorder un soutien aux gouvernements corrompus et en plaçant sur la liste noire les sociétés prises en flagrant délit de versements de pots-de-vin à l'étranger. Pour ne pas donner cette chance aux pays développés, Ahmad Al-Naggar a insisté sur l'importance de la création d'un appareil de surveillance indépendant du pouvoir exécutif, à condition qu'il soit soumis au contrôle du pouvoir législatif. Tout membre de cet appareil devra avoir un accès sans contrainte aux informations. Et ce pour lutter contre la corruption et le manque de transparence. Des arguments exploités par les plus forts, dont la loi est toujours la meilleure, notamment envers les plus faibles.

Gilane Magdi

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