| Le
règlement d'un conflit quel qu'il soit repose
sur deux volets. D'abord, parvenir à un accord
qui met définitivement fin au conflit. Ensuite,
il faut que les deux parties du conflit aient
un pouvoir légitime pour pouvoir passer à l'exécution.
C'est-à-dire un volet concernant le contenu
et l'autre les procédures et la forme.
Au
cours des négociations effectuées entre Arafat
et Barak à Camp David sous les auspices de l'ex-président
américain Clinton en 1999, il avait été difficile
de parvenir à un accord autour de certains points.
Donc, il n'y a pas eu de règlement concernant
le contenu. Or, le pacte conclu il y a quelque
jours et qui a été appelé Pacte de Suisse a
apporté du nouveau. En Jordanie, un document
a été signé par des personnalités israéliennes
éminentes de gauche et des personnalités palestiniennes.
Si ce document signifie quelque chose c'est
que les négociations palestino-israéliennes
ne peuvent rester en suspens pour toujours et
que le règlement entre Israël et la Palestine
est possible. Il est décidé de signer l'accord
à Genève le 4 novembre prochain, jour de la
8e commémoration de l'assassinat de Rabin par
un juif extrémiste de droite.
Maintenant,
tout le monde sait qu'il y a eu des négociations
secrètes et continues pendant les 2 dernières
années en Suisse, financées par le gouvernement
suisse en plus d'autres parties européennes,
japonaises et américaines. Les négociations
ont commencé au point où s'étaient arrêtées
celles de Taba avant la fin de la présidence
de Clinton. A cette époque, le manque de temps
avait constitué un obstacle empêchant de parvenir
à des résultats déterminés. |
Le
Pacte de Suisse dont le texte intégral n'a pas
encore été publié, est un document composé de
50 pages, et a pour mission de dépasser les
difficultés qui ont précédemment empêché de
parvenir à un règlement. Or, il semble que le
pacte n'a pas résolu toutes les questions en
suspens. Au cours de la Conférence islamique
tenue en Malaisie la semaine dernière, Farouq
Qaddoumi a déclaré que « l'Autorité
palestinienne ne pouvait risquer de s'engager
dans une opération qui ne comprend pas le gouvernement
israélien ». Selon Mitzna, le
secrétaire général du Parti travailliste israélien
et l’une des plus importantes personnalités
participant aux négociations, le Pacte de Suisse
comprend une reconnaissance palestinienne déclarée
et officielle, pour la première fois, d’Israël
en tant qu'« Etat du peuple juif pour
toujours ». Dans un article
publié par le journal Haaretz, Mitzna
a déclaré que l'importance de cette initiative
à laquelle il a participé résidait dans le fait
qu'elle constituait « un pas plus important
que la déclaration de création de l'Etat d'Israël
en 1948 ». Dans une tentative
de renforcer la situation des Israéliens qui
ont participé à ces négociations, et accusés
par certains de trahison, il a également déclaré
que « le chef du gouvernement israélien
qui mettra en application cet accord sera désigné
par l'Histoire comme celui qui a instauré Israël
en tant qu'Etat juif démocratique, tandis que
son instauration en 1948 avait été effectuée
d'un seul côté ». Mitzna
a assuré que les Palestiniens avaient renoncé
au droit au retour en Israël, « ce qui
garantit une majorité juive stable et fixe ».
Il n'y a pas de doute qu'une pareille interprétation
explique la déclaration de Qaddoumi selon laquelle
l'Autorité palestinienne ne pouvait prendre
le risque d'adopter le pacte.
Selon
Mitzna, Israël fournira à un comité international
pour les réfugiés actuellement en cours de formation,
le nombre de réfugiés qu'il peut assimiler.
Et pour ce qui est des Palestiniens désirant
vivre en Israël, il a dit : « Au
moment où la décision de faire entrer ou sortir
n'importe quelle personne sera entre nos mains,
ceci ne peut être appelé le droit au retour ».
Le plus important dans cette décision est
qu'elle est définitive, écrite et indiscutable.
Or,
ceci n'a rien à voir avec la lecture de la droite
israélienne du pacte. Zelman Chovan, l'ex-ambassadeur
israélien aux Etats-Unis et membre du Likoud,
a déclaré que le Pacte de Suisse avait accepté
le retour « de quelques dizaines de
milliers de Palestiniens seulement en Israël
et le reste du jeu est connu, ceci constitue
une lacune dont les Palestiniens profiteront
pour bondir sur Israël. Dès maintenant, on entend
les négociateurs palestiniens, en plus des israéliens,
dire que le droit au retour n'a pas été annulé
et qu’il n'a pas été décidé de le retirer ».
Cette
interprétation est catégoriquement refusée par
Beilin, l'architecte de l'opération, qui dit :
« Pas un seul Palestinien ne pénétrera
en Israël conformément au droit au retour, ce
droit n'est inclus dans aucun document (...).
Si ce n'est pas aujourd'hui ou demain, un jour
ou l'autre, le public israélien sera convaincu
que notre projet est le meilleur ».
Il
semble que l'affaire consiste essentiellement
à faire un échange entre le renoncement au droit
au retour des réfugiés palestiniens (plus précisément
limiter le droit au retour à l'Etat palestinien)
et le renoncement d'Israël à sa souveraineté
sur l'Esplanade des mosquées, en gardant son
autorité sur le Mur des lamentations et le quartier
juif dans l'ancienne ville. C'est-à-dire renoncer
au droit au retour en tant que droit absolu
en contrepartie de la supervision des lieux
saints à Jérusalem. En évaluant l'affaire, Pérès
a déclaré : « S'il est vrai que
les Palestiniens ont renoncé au droit au retour
et qu'ils vont reconnaître Israël comme Etat
juif, l'accord constitue une bonne base pour
des négociations entre deux gouvernements qui
désirent sincèrement négocier ensemble ».
Selon
des sources palestiniennes, le pacte aurait
des suppléments encore inachevés, et contrairement
aux déclarations diffusées par les médias israéliens,
le pacte ne sera signé qu'après le mois de Ramadan.
Ces sources palestiniennes auraient également
nié le renoncement au droit au retour et la
reconnaissance d’Israël en tant qu'Etat juif,
ce qui annulerait l'identité des Arabes d'Israël.
Il est difficile de dire qui des deux parties
il faut croire. Mais une chose est certaine,
il y a un objectif commun entre les deux parties :
réfuter les prétentions du gouvernement israélien
de droite selon lesquelles il n'y aurait pas
de partenaire palestinien pour parvenir à une
solution pacifique du conflit palestino-israélien.
Le
plan de Sharon est d'obliger les parties en
négociation à buter sur les points de discorde.
Là réside le plus grand danger qui menace l'opération.
Il faut donc poursuivre le dialogue et l'activer
pour prouver que les négociations sont possibles,
puis laisser la société israélienne réagir pour
que la décision soit entre les mains des instituions
israéliennes. Tout en ne donnant à Sharon aucune
occasion de dire qu'il y a une négligence du
gouvernement légitime d'Israël. |