- Al-Ahram
Hebdo : Négligences, manque de moyens et mauvaise qualité
des soins. Le système de santé souffre de nombreux problèmes.
Comment entendez-vous y remédier ?
- Mohamad
Awad Tagueddine : Le secteur médical nécessite un développement
continu pour aller de pair avec les progrès dans le monde
entier. Le secteur médical public en Egypte a longtemps
souffert d’un manque de moyens pour réaliser un tel développement.
Mais nous sommes en train de pallier aujourd’hui cette situation.
Nous avons lancé un ambitieux projet susceptible de redresser
le secteur médical à travers le financement local et les
aides que nous percevons de l’étranger, que ce soit de l’Union
européenne, de la Banque mondiale ou de l’USAID. Ce plan
de redressement permettra de moderniser les installations
et les services, et d’installer de nouveaux services dans
les régions démunies de manière à ce qu’un service médical
de qualité soit à la portée de tous les citoyens. Nous avons
décidé d’appliquer ce plan par étapes dans trois gouvernorats
au départ, à savoir Alexandrie, Ménoufiya et Sohag. Le plan
répond aux critères les plus modernes. Parallèlement, nous
avons lancé un plan pour moderniser les hôpitaux publics.
Nous essayons également d’apporter un soutien aux centres
privés créés récemment, comme les centres de traitement
des tumeurs.
Quand
nous parlons de développement et de progrès, cela concerne
tous les aspects de l’institution médicale, des équipements
aux compétences humaines. De nombreux centres médicaux et
hôpitaux font l’objet d’une rénovation, et la construction
de certains établissements qui était en suspens a repris,
et ceci dans tous les quartiers et tous les gouvernorats.
Citons
à titre d’exemple l’hôpital Abou-Kébir à Ismaïliya, ou l’hôpital
pédiatrique d’Anfouchi.
—
Quel est le montant du budget de la santé en Egypte ? Est-il
suffisant ?
—
Le budget consacré au secteur de la santé en Egypte se situe
approximativement autour de 4 % du budget de l’Etat. Bien
entendu, nous avons besoin de nouvelles sources de financement,
par exemple à travers des organismes donateurs. J’ai rencontré
de nombreux ministres de la Santé d’autres pays et je me
suis rendu compte que nos soucis étaient les mêmes. Tous
les ministres se plaignent du budget limité accordé par
l’Etat au secteur de la santé. Dans ce contexte, une coopération
entre la société et les établissements médicaux est nécessaire.
La santé ne peut pas dépendre uniquement de financements
publics.
—
Les sociétés pharmaceutiques affirment qu’il faut augmenter
le prix de certains médicaments étant donné la hausse du
cours du dollar. Comment entendez-vous réagir face à leur
requête ?
—
Les société pharmaceutiques se plaignent de la hausse du
cours du dollar, qui a affecté leurs bénéfices, car ces
sociétés importent en devises étrangère certains composants
entrant dans la production des médicaments. Cette situation
est actuellement à l’étude au ministère. Nous avons établi
des canaux de dialogue avec ces compagnies qui protestent
contre la tarification des médicaments. Je pense que la
hausse du prix du dollar n’a pas causé d’énormes dégâts
parce que cette hausse a été accompagnée d’une baisse des
prix des matières premières nécessaires à la fabrication
des médicaments.
D’ailleurs,
les médicaments entièrement fabriqués à l’étranger et importés
en Egypte souffrent des fluctuations sur le marché des changes.
Il n’en demeure pas moins que la tarification des médicaments
est du ressort du ministère de la Santé uniquement. Nous
déployons de grands efforts pour assurer la disponibilité
de ces médicaments sur les marchés, et nous essayons de
parvenir à un équilibre entre la disponibilité des médicaments
et la hausse du cours du dollar. L’objectif ultime étant
de garantir la disponibilité du médicament.
Tous les pays, lorsqu’ils tarifient les médicaments, prennent
en considération le fait que c’est l’unique denrée que l’homme
est obligé d’acheter. En Egypte, l’Etat continue à subventionner
beaucoup de médicaments comme l’insuline, ou les médicaments
destinés aux malades qui souffrent de tumeurs et de maladies
cardio-vasculaires.
—
Le ministère de la Santé a décidé récemment de contrôler
les tarifs des hôpitaux privés. Ces hôpitaux protestent
vigoureusement contre cette décision et affirment que la
loi leur donne le droit de fixer librement leurs tarifs.
Quelle est votre opinion ?
—
Les hôpitaux privés jouent un rôle important pour offrir
un service médical de qualité. Il revient au ministère de
contrôler ces hôpitaux, car c’est là notre devoir. Nous
avons un rôle de contrôle, d’inspection, et de supervision.
Nous considérons comme un plus n’importe quel investissement
dans le secteur médical et pharmaceutique. Cependant, il
est normal que ces institutions soient placées sous le contrôle
de l’Etat, représenté par le ministère de la Santé. C’est
une chose fondamentale. C’est pourquoi les départements
compétents du ministère assument leur rôle en ce sens. La
plupart des institutions médicales privées assument parfaitement
leur rôle et offrent des prix raisonnables.
—
L’Etat déploie des efforts intenses pour faire face à l’explosion
démographique. Comment évaluez-vous les résultats obtenus
dans ce domaine ?
—
L’explosion démographique est l’un des problèmes majeurs
qu’affronte l’Egypte. Le président de la République a d’ailleurs
mis en garde contre les problèmes économiques que pourrait
engendrer cette explosion démographique. Voilà pourquoi
nous devons essayer de trouver un remède à ce problème en
ayant recours à de nouveaux moyens. Malgré les succès des
campagnes de planning familial au cours de ces dernières
décennies, les statistiques montrent que le taux de croissance
démographique est toujours élevé et que l’Egypte comptera
90 millions d’habitants au cours de la prochaine décennie.
Mais si nous parvenons à réduire ce chiffre de 10 millions,
le niveau des services s’améliorera sans nul doute. Car
il faut garder à l’esprit que chaque nouveau-né a besoin
de services médicaux et éducatifs.
La
nouvelle stratégie de planning familial adoptée par le ministère
de la Santé et accréditée par le Conseil des ministres n’est
pas traditionnelle. Elle traite le problème en prenant en
considération les aspects sociaux, médiatiques, culturels,
éducatifs, religieux et économiques, et elle ne se cantonne
pas au seul aspect médical. La nouveauté dans cette stratégie,
c’est que chaque ministère ou organisme a un rôle clair
et net à jouer dans le cadre d’un système complémentaire
qui vise à réaliser un seul et unique objectif. La société
civile et les ONG ont leur rôle à jouer en coordination
complète avec le gouvernement. Pour que cette stratégie
se concrétise, nous devons toucher les citoyens et les convaincre
de jouer un rôle pour éviter que leur qualité de vie ne
soit affectée.
—
Où en sont les efforts du ministère de la Santé pour faire
face à certaines maladies comme la poliomyélite ?
—
Nous
sommes sur le point d’éradiquer la poliomyélite. L’Egypte
a réalisé un beau succès dans ce domaine. Ceci est dû en
grande partie à l’intérêt porté à cette question par la
première dame d’Egypte qui, en coordination avec l’OMS,
a organisé ces derniers mois une campagne de vaccination
contre la maladie. L’objectif
de cette campagne est de pouvoir proclamer en 2004 que l’Egypte
est complètement débarrassée de cette maladie. C’est un
dossier qu’il fallait traiter avec sérieux, surtout que
cette maladie a presque disparu dans le monde. Les campagnes
ont eu pour mission de vacciner les enfants jusqu’à l’âge
de 5 ans dans tous les gouvernorats d’Egypte. Et toutes
les couches de la société, les associations et les rassemblements
d’étudiants ont travaillé main dans la main pour arrêter
ce fléau.
—
Et qu’en est-il de l’hépatite C ?
—
L’hépatite C a été découverte à la fin des années 1980.
Elle se transmet par le sang. Le taux de contamination en
Egypte s’est élevé au cours des deuxdernières décennies
à cause des seringues qu’on a utilisées plusieurs fois pour
faire face à la bilharziose. Sans oublier certaines habitudes
quotidiennes néfastes qui ont aidé à la propagation de la
maladie, comme l’utilisation par plusieurs personnes du
même matériel de rasage, l’excision et autres. Pour anéantir
complètement ce fléau, il fallait mener une campagne de
prévention et diagnostiquer correctement et au plus vite
les cas contaminés pour les mettre sous contrôle médical.
Le nombre de malades est en régression chez les personnes
âgées de moins de 40 ans. Les centres de transfusion sanguine
ont été placés sous contrôle rigoureux. Il y a une vraie
nécessité de sensibiliser l’opinion publique aux risques
de la contamination et aux moyens de prévention l