Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'invité

 

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Livres
Arts
Femmes
Société
Sport
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Mohamad Awad Tagueddine, ministre de la Santé, analyse les difficultés que rencontre le système de santé, et les progrès effectués ces dernières années dans la lutte contre la poliomyélite ou l’hépatite C.
« La santé ne peut pas dépendre uniquement de financements publics »

- Al-Ahram Hebdo : Négligences, manque de moyens et mauvaise qualité des soins. Le système de santé souffre de nombreux problèmes. Comment entendez-vous y remédier ?

- Mohamad Awad Tagueddine : Le secteur médical nécessite un développement continu pour aller de pair avec les progrès dans le monde entier. Le secteur médical public en Egypte a longtemps souffert d’un manque de moyens pour réaliser un tel développement. Mais nous sommes en train de pallier aujourd’hui cette situation. Nous avons lancé un ambitieux projet susceptible de redresser le secteur médical à travers le financement local et les aides que nous percevons de l’étranger, que ce soit de l’Union européenne, de la Banque mondiale ou de l’USAID. Ce plan de redressement permettra de moderniser les installations et les services, et d’installer de nouveaux services dans les régions démunies de manière à ce qu’un service médical de qualité soit à la portée de tous les citoyens. Nous avons décidé d’appliquer ce plan par étapes dans trois gouvernorats au départ, à savoir Alexandrie, Ménoufiya et Sohag. Le plan répond aux critères les plus modernes. Parallèlement, nous avons lancé un plan pour moderniser les hôpitaux publics. Nous essayons également d’apporter un soutien aux centres privés créés récemment, comme les centres de traitement des tumeurs.

Quand nous parlons de développement et de progrès, cela concerne tous les aspects de l’institution médicale, des équipements aux compétences humaines. De nombreux centres médicaux et hôpitaux font l’objet d’une rénovation, et la construction de certains établissements qui était en suspens a repris, et ceci dans tous les quartiers et tous les gouvernorats. Citons à titre d’exemple l’hôpital Abou-Kébir à Ismaïliya, ou l’hôpital pédiatrique d’Anfouchi.

— Quel est le montant du budget de la santé en Egypte ? Est-il suffisant ?

— Le budget consacré au secteur de la santé en Egypte se situe approximativement autour de 4 % du budget de l’Etat. Bien entendu, nous avons besoin de nouvelles sources de financement, par exemple à travers des organismes donateurs. J’ai rencontré de nombreux ministres de la Santé d’autres pays et je me suis rendu compte que nos soucis étaient les mêmes. Tous les ministres se plaignent du budget limité accordé par l’Etat au secteur de la santé. Dans ce contexte, une coopération entre la société et les établissements médicaux est nécessaire. La santé ne peut pas dépendre uniquement de financements publics.

— Les sociétés pharmaceutiques affirment qu’il faut augmenter le prix de certains médicaments étant donné la hausse du cours du dollar. Comment entendez-vous réagir face à leur requête ?

— Les société pharmaceutiques se plaignent de la hausse du cours du dollar, qui a affecté leurs bénéfices, car ces sociétés importent en devises étrangère certains composants entrant dans la production des médicaments. Cette situation est actuellement à l’étude au ministère. Nous avons établi des canaux de dialogue avec ces compagnies qui protestent contre la tarification des médicaments. Je pense que la hausse du prix du dollar n’a pas causé d’énormes dégâts parce que cette hausse a été accompagnée d’une baisse des prix des matières premières nécessaires à la fabrication des médicaments.

D’ailleurs, les médicaments entièrement fabriqués à l’étranger et importés en Egypte souffrent des fluctuations sur le marché des changes. Il n’en demeure pas moins que la tarification des médicaments est du ressort du ministère de la Santé uniquement. Nous déployons de grands efforts pour assurer la disponibilité de ces médicaments sur les marchés, et nous essayons de parvenir à un équilibre entre la disponibilité des médicaments et la hausse du cours du dollar. L’objectif ultime étant de garantir la disponibilité du médicament. Tous les pays, lorsqu’ils tarifient les médicaments, prennent en considération le fait que c’est l’unique denrée que l’homme est obligé d’acheter. En Egypte, l’Etat continue à subventionner beaucoup de médicaments comme l’insuline, ou les médicaments destinés aux malades qui souffrent de tumeurs et de maladies cardio-vasculaires.

— Le ministère de la Santé a décidé récemment de contrôler les tarifs des hôpitaux privés. Ces hôpitaux protestent vigoureusement contre cette décision et affirment que la loi leur donne le droit de fixer librement leurs tarifs. Quelle est votre opinion ?

— Les hôpitaux privés jouent un rôle important pour offrir un service médical de qualité. Il revient au ministère de contrôler ces hôpitaux, car c’est là notre devoir. Nous avons un rôle de contrôle, d’inspection, et de supervision. Nous considérons comme un plus n’importe quel investissement dans le secteur médical et pharmaceutique. Cependant, il est normal que ces institutions soient placées sous le contrôle de l’Etat, représenté par le ministère de la Santé. C’est une chose fondamentale. C’est pourquoi les départements compétents du ministère assument leur rôle en ce sens. La plupart des institutions médicales privées assument parfaitement leur rôle et offrent des prix raisonnables.

— L’Etat déploie des efforts intenses pour faire face à l’explosion démographique. Comment évaluez-vous les résultats obtenus dans ce domaine ?

— L’explosion démographique est l’un des problèmes majeurs qu’affronte l’Egypte. Le président de la République a d’ailleurs mis en garde contre les problèmes économiques que pourrait engendrer cette explosion démographique. Voilà pourquoi nous devons essayer de trouver un remède à ce problème en ayant recours à de nouveaux moyens. Malgré les succès des campagnes de planning familial au cours de ces dernières décennies, les statistiques montrent que le taux de croissance démographique est toujours élevé et que l’Egypte comptera 90 millions d’habitants au cours de la prochaine décennie. Mais si nous parvenons à réduire ce chiffre de 10 millions, le niveau des services s’améliorera sans nul doute. Car il faut garder à l’esprit que chaque nouveau-né a besoin de services médicaux et éducatifs.

La nouvelle stratégie de planning familial adoptée par le ministère de la Santé et accréditée par le Conseil des ministres n’est pas traditionnelle. Elle traite le problème en prenant en considération les aspects sociaux, médiatiques, culturels, éducatifs, religieux et économiques, et elle ne se cantonne pas au seul aspect médical. La nouveauté dans cette stratégie, c’est que chaque ministère ou organisme a un rôle clair et net à jouer dans le cadre d’un système complémentaire qui vise à réaliser un seul et unique objectif. La société civile et les ONG ont leur rôle à jouer en coordination complète avec le gouvernement. Pour que cette stratégie se concrétise, nous devons toucher les citoyens et les convaincre de jouer un rôle pour éviter que leur qualité de vie ne soit affectée.

— Où en sont les efforts du ministère de la Santé pour faire face à certaines maladies comme la poliomyélite ?

Nous sommes sur le point d’éradiquer la poliomyélite. L’Egypte a réalisé un beau succès dans ce domaine. Ceci est dû en grande partie à l’intérêt porté à cette question par la première dame d’Egypte qui, en coordination avec l’OMS, a organisé ces derniers mois une campagne de vaccination contre la maladie. L’objectif de cette campagne est de pouvoir proclamer en 2004 que l’Egypte est complètement débarrassée de cette maladie. C’est un dossier qu’il fallait traiter avec sérieux, surtout que cette maladie a presque disparu dans le monde. Les campagnes ont eu pour mission de vacciner les enfants jusqu’à l’âge de 5 ans dans tous les gouvernorats d’Egypte. Et toutes les couches de la société, les associations et les rassemblements d’étudiants ont travaillé main dans la main pour arrêter ce fléau.

— Et qu’en est-il de l’hépatite C ?

— L’hépatite C a été découverte à la fin des années 1980. Elle se transmet par le sang. Le taux de contamination en Egypte s’est élevé au cours des deuxdernières décennies à cause des seringues qu’on a utilisées plusieurs fois pour faire face à la bilharziose. Sans oublier certaines habitudes quotidiennes néfastes qui ont aidé à la propagation de la maladie, comme l’utilisation par plusieurs personnes du même matériel de rasage, l’excision et autres. Pour anéantir complètement ce fléau, il fallait mener une campagne de prévention et diagnostiquer correctement et au plus vite les cas contaminés pour les mettre sous contrôle médical. Le nombre de malades est en régression chez les personnes âgées de moins de 40 ans. Les centres de transfusion sanguine ont été placés sous contrôle rigoureux. Il y a une vraie nécessité de sensibiliser l’opinion publique aux risques de la contamination et aux moyens de prévention l

 

Propos recueilllis par
Magda Barsoum

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631