| Utiliser
les fonds de l'assurance sociale dans des projets lucratifs,
c'est la dernière trouvaille du gouvernement afin de combler
son déficit budgétaire. A cet effet, le premier ministre Atef
Ebeid a créé une commission formée d'économistes et de spécialistes
dans le domaine des assurances sociales.
Selon
le gouvernement, il s'agit d'une initiative à double objectif :
combler le déficit du budget de l'Etat et rembourser ses dettes
au ministère des Assurances sociales s'élevant à 22 milliards
de L.E. « Pendant les dix dernières années, l'Etat
a multiplié les projets de développement et augmenté ainsi
le budget alloué au secteur de l'enseignement et de la santé.
Face au déficit budgétaire, il était obligé d'emprunter des
sommes considérables aux assurances sociales », explique
Mohamad Abdel-Latif, du ministère des Affaires sociales.
Le
gouvernement envisage donc d'investir les Fonds des assurances
sociales dans des projets de développement mais surtout en
Bourse. Ce qui ne fait pas l'unanimité. Zakariya Bayoumi,
directeur d'un centre d'études sur les assurances sociales
(relevant d'une ONG) estime que l'Etat n'a pas le droit d'utiliser
les fonds des assurances sociales versés aux retraités, aux
veuves et aux orphelins pour résoudre ses problèmes économiques.
« L'Etat cherche à résoudre ses problèmes économiques
au dépens des intérêts des veuves et des retraités. Est-ce
que ces derniers doivent encaisser les conséquences du déficit
budgétaire de l'Etat ? », se demande-t-il. Amal
Fouad, responsable des assurances au sein d'une compagnie
privée, va encore plus loin. Elle pense que le fait d'investir
ces sommes en Bourse est une entreprise périlleuse. « Le
risque de perdre ces sommes est d'autant plus grand que l'activité
boursière est soumise aux fluctuations du marché. Avec un
gouvernement qui n'arrive pas à rembourser les assurances
sociales, les conséquences seront trop lourdes »,
explique-t-elle. Et d'ajouter : « La situation
s'aggravera davantage puisque, avec le système de privatisation
de plusieurs compagnies, les demandes de retraite anticipée
augmenteront sans doute. Le ministère aura donc besoin de
ses fonds pour être en mesure de payer les primes de retraite ».
Or, selon les estimations des Affaires sociales, le ministère
a besoin d'au moins 8 milliards de L.E. pour pouvoir assumer
les primes de retraite anticipée. Le nombre des assurés a
atteint 17,8 millions d'assurés et celui des retraités s'élève
à 7,4 millions. Et le ministère verse 1,4 milliard de L.E.
annuellement sous forme de pensions de retraite.
Mounir
Hendi, économiste, s'oppose également à cette mesure. Selon
lui, au lieu d'exploiter ces sommes en Bourse, le gouvernement
pourrait envisager d'autres solutions. « Pourquoi
ne pas utiliser ces sommes dans des projets d'investissements
rentables comme la construction de villages touristiques à
la mer Rouge ? L'avantage de ce genre de projets est
double : réaliser de grands revenus et fournir en même
temps des offres d'emploi aux jeunes », explique-t-il.
Le
gouvernement ne l'entend pas ainsi. Un responsable au Conseil
des ministres indique que les projets d'investissement sont
certes rentables mais mettent du temps avant d'être opérationnels,
outre le fait que leurs bénéfices ne sont pas immédiats. « Or,
l'Etat a besoin d'une solution rapide pour faire face à l'augmentation
annuelle de 10 % des pensions de retraite sans compter
l'augmentation des indemnisations versées par le ministère
en cas de catastrophe et l'augmentation du nombre de veuves
et d'orphelins qui profitent de la pension Moubarak »,
explique-t-il. Il ajoute que face aux critiques lancées contre
l'investissement des fonds de la sécurité sociales en Bourse,
le gouvernement a décidé de créer un Conseil national pour
l'investissement de ces fonds. « Ce conseil doit rassembler
des économistes et des spécialistes en la matière. Il sera
chargé d'étudier les différents projets rentables dans lesquels
ces fonds pourraient être investis et qui rapporteraient des
revenus rapides et garantis. Surtout que ces sommes concernent
un secteur social de grande importance », conclut
le responsable.
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