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A
partir de cette semaine, la majorité des ordres militaires
ne seront plus en vigueur. C'était une décision du président
Moubarak lancée lors du congrès annuel du Parti National Démocrate
(PND) tenu la semaine dernière. A la suite de cela, une commission
a été formée par le premier ministre Atef Ebeid regroupant
les ministres de la Justice Farouq Seiffel-Nasr, et de l’Intérieur
Habib Al-Adeli, ainsi que du procureur général Maher Abdel-Wahed,
afin d’examiner tous les ordres militaires promulgués depuis
les années 1970. La commission a décidé donc d’annuler 13
ordres militaires dont les plus importants concernent le secteur
de l’habitat tels que l’interdiction de la démolition des
villas, la construction d’étages supplémentaires sans autorisation,
et le déblaiement des terres agricoles à des fins de construction.
Ces ordres concernent également le secteur de l’environnement
tels que l’interdiction de l'installation des usines polluantes
au sein des agglomérations urbaines. Pourtant, la commission
a maintenu 4 ordres militaires qui touchent à la sécurité
nationale. Il s'agit de la présence des étrangers sur des
sites militaires ou liés à la sécurité nationale, la possession
et l'industrialisation d'appareils d’espionnage sans autorisation,
la vente de l'uniforme militaire ou policier et la photocopie
des cartes des forces armées ou de la police.
Selon
les déclarations du premier ministre, cette décision vise
à élargir la marge de la liberté et réduire l'application
de la loi d’urgence. « C’est une mesure complémentaire
qui va de pair avec les deux lois qui ont été présentées par
le gouvernement concernant l’annulation des tribunaux de Sûreté
de l’Etat et des peines de travaux forcés et promulguées lors
de la dernière session parlementaire », a annoncé
Atef Ebeid. Mohamad Moussa, chef de la commission des
lois à l'Assemblée du peuple, explique que les ordres militaires
sont normalement promulgués afin de remédier au manque de
lois dissuasives. « Par exemple, l'ancien premier
ministre, Al-Ganzouri, a promulgué en 1998 trois ordres militaires
dans le domaine de l’habitat car à l'époque, il y avait plusieurs
effondrements d’immeubles et démolitions de villas historiques.
Al-Ganzouri s’est trouvé obligé de promulguer ces ordres militaires
à cause de l’inefficacité des lois en vigueur face à l'anarchie
qui règne dans le secteur de la construction », explique-t-il.
Les
juristes sont sceptiques quant à l’efficacité de cette décision,
notamment au cours de la période actuelle. Saad Qaldass, juriste,
pense que l’annulation de ces ordres n’est pas survenue à
une période propice. Selon lui, l’annulation des ordres militaires
sans la promulgation de lois qui les remplacent pourrait avoir
des conséquences négatives. « Si on prend l’exemple
du secteur de l’habitat, quel sera le résultat de l'annulation
des ordres militaires qui le concernent si la loi ne définit
pas clairement les conditions de la démolition et de la construction
des villas et des immeubles ? Je m’attends donc à ce
que l'anarchie totale règne à nouveau dans ce domaine. Il
fallait avant d’annuler ces ordres militaires attendre que
le Parlement promulgue la loi unifiée sur la construction »,
affirme Qaldass. De même, l’annulation de l'ordre militaire
concernant l’interdiction de la construction sur les terrains
agricoles constitue un des points qui ont soulevé un grand
débat. « L'annulation de cet ordre militaire ouvre
la porte aux propriétaires des terrains agricoles pour procéder
à un déblaiement de leurs terres pour construire des bâtiments
de 10 ou 15 étages qui leur rapporteront plus d'argent »,
explique Fathi Ragab, de la commission des lois au Conseil
consultatif. Il ajoute que la loi en vigueur qui remonte aux
années 1970 est incapable de régler cette anarchie puisqu'elle
n’oblige le propriétaire contrevenant qu'à payer une amende
qui varie entre 100 et 500 L.E. Les conséquences de cette
décision sont encore plus graves, selon Hussein Abdel-Razeq,
du parti du Rassemblement. Il pense que cet ordre militaire
a permis de préserver les terrains agricoles. Or, son annulation
pourrait contribuer à augmenter les agressions. « Et
dans ce cas, l’Etat sera obligé de payer des milliards de
livres pour évacuer et planifier ces zones », lâche
Abdel-Razeq.
D’autre
part, l’opposition dénonce cette tentative refusant de considérer
ces décisions comme une étape sur la voie de la réforme politique.
« Le gouvernement cherche à travers cette décision
à améliorer son image. Il a choisi l’occasion de la tenue
du congrès annuel du PND pour annoncer cette décision du fait
que ce congrès attire l’attention de la plupart des chaînes
arabes et étrangères, ce qui permet au gouvernement de faire
bonne figure. Or, cette décision ne vise pas comme prétend
le gouvernement à renforcer les libertés », explique
Mohamad Noamane, député du néo-Wafd. Et d’ajouter :
« Est-ce que le renforcement des libertés concerne
uniquement le secteur de l’habitat ou celui de l’environnement ?
Si le gouvernement voulait réellement accorder plus de libertés,
il aurait dû prendre d’autres décisions beaucoup plus importantes.
Pourquoi n'a-t-il pas supprimé la loi d’urgence ou par exemple
les tribunaux militaires d'urgence ? ». Helmi
Salem, député du parti des Libéraux, fait un lien entre cette
décision et les événements du 11 septembre aux Etats-Unis.
« Les attentats du 11 septembre ont donné aux Etats-Unis
l’occasion de s’ingérer dans les affaires intérieures des
pays de la région. L’Egypte comme tous les autres pays fait
l’objet de pressions dans le sens de plus de démocratie et
de liberté », argumente-t-il en ajoutant que l’Egypte
souhaite à travers cette décision donner l’impression au monde
et surtout aux Etats-Unis qu’elle fait de son mieux pour instaurer
plus de libertés mais la vérité est que les problèmes de fond
n'ont pas été touchés.
Réfaat
Sayed Ahmad, député du PND, estime, pour sa part, que l'annulation
des ordres militaires n'aboutira pas à l'anarchie dans certains
secteurs comme l'habitat puisque le gouvernement a décidé
de prendre des mesures. « En attendant la promulgation
des lois, le gouvernement donnera à chaque gouverneur l’autorité
d’intervenir en cas de contravention et de déférer les contrevenants
à la justice », conclut Ahmad Abou-Zeid, député du
PND.
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