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Produits
alimentaires . Les Egyptiens
mangent de plus en plus de produits importés. Leur coût pèse
sur l'économie du pays. |
La
facture indigeste
des importations |
Un
petit-déjeuner composé de fèves, servies avec de l’huile et
mangées avec des galettes de pain, du fromage et des œufs,
représente le plat égyptien typique. Pourtant, bien que présent
quotidiennement dans toutes les maisons égyptiennes, quel
que soit le milieu social, au moins 50 % de ce repas
est importé, comme une grande partie de la nourriture consommée
dans le pays. |
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| En 2002, la
facture de l’importation des produits alimentaires de base
s’élève à 12,28 milliards de L.E., d'après les statistiques
de l’Organisme central pour la mobilisation générale et les
statistiques (Capmas). Ce qui représente 22,28 % de la
totalité des importations en 2002 qui s’élèvent, selon le
rapport du ministère du Commerce extérieur, à 55,1 milliards
de L.E. (calculé sur un taux de change de 1US$=4,4 livres,
taux moyen pour l’année 2002). Et en 2003, la facture des
importations des produits de première nécessité a augmenté
de 40 %.
« Ces
40 % de hausse dans la facture correspondent au taux
de dévaluation de la livre égyptienne », explique
Ahmed Al-Naggar, chercheur au Centre d'Etudes Politiques et
Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Effectivement, le dollar
qui s’échange aujourd’hui à 7,15 L.E., s’échangeait à la veille
du décret ministériel le 29 janvier 2003, à 4,6 L.E. Mais
il y a aussi d'autres raisons pour cette hausse.
Dans un pays
où la population augmente à la vitesse d’un bébé toutes les
27 secondes, il est difficile de nourrir toutes les bouches.
La surface cultivée en produits alimentaires augmente, mais
pas au rythme nécessaire. « Nous avons des besoins
qui augmentent constamment à cause de l’augmentation de la
population. Mais aussi nous souffrons des mauvaises politiques
agricoles », ajoute Ahmad Al-Naggar. Pour lui, l'Etat
devrait analyser les produits qui font défaut, puis inciter
les paysans à les cultiver. Ainsi, les responsables du secteur
agricole devraient signaler, avant la saison de semence des
graines, le prix auquel il achètera chaque aliment. « Le
ministère de l’Agriculture adopte en effet une politique de
taxation nulle. Il vaudrait mieux qu'il soutienne l'agriculture
d'une autre manière. Les agriculteurs préfèrent pouvoir vendre
leurs produits à des prix plus élevés, c'est pourquoi ils
se tournent vers la culture de légumes et de fruits, moins
cher à cultiver et plus rentables. Ces cultures n’exigent
pas d’attention spéciale comme le coton ni de l’eau comme
le blé », rétorque Al-Naggar.
Surface cultivée
trop restreinte
Le premier ministre
avait annoncé, le mois dernier, que l’Egypte avait besoin
de 22 millions de feddans de surface cultivée pour
assurer son autosuffisance, ce qui est impossible notamment
parce que l’eau disponible à la culture ne peut couvrir que
10 millions de feddans. Ce qui correspond, selon le
premier ministre, à la totalité de la surface cultivée actuelle.
Cependant, un rapport du département des affaires économiques
du ministère de l’Agriculture évalue ce chiffre à seulement
7,5 millions de feddans. Par ailleurs, un récent rapport
de l’Organisme général pour les projets d’urbanisme et du
développement agricole a enregistré 8,35 milliards de m3 d’eau
gaspillée chaque année à cause des anciennes méthodes d’irrigation.
« Si l’Etat, qui subventionne au total les produits
alimentaires de base pour 5,3 milliards de L.E., désire étendre
la surface cultivée, il doit fournir l’infrastructure nécessaire,
comme les canaux d'irrigation. Jadis, si un investisseur voulait
se diriger vers la culture, l’Etat se chargeait de la totalité
des frais de l’infrastructure en eau, aujourd’hui, l’investisseur
paie une partie et l’Etat l’autre », explique Réda
Al-Edel, ex-doyen de l’Université d’Aïn-Chams et secrétaire
général de l’Assemblée générale des études économiques.
Outre les problèmes
de surpopulation, d’eau et de politiques agricoles embrouillées,
il y a le monopole d'entreprises qui contrôlent, chacun, le
marché d’un des produits de base. L’importation de chaque
groupe de marchandise est restreinte à 3 à 5 sociétés. Cinq
grands importateurs monopolisent ainsi le marché du sucre.
Idem pour le marché de l’huile végétale et de la farine.
Seules trois contrôlent les plantes potagères comme les fèves,
les lentilles etc., 4 se partagent le commerce du thé, et
3 le commerce du blé.
Le problème de
ces monopoles ne se limite pas au contrôle des prix. Il impose
parfois à l'Etat d'importer des produits alimentaires qui
se trouvent dans le pays, mais sont retirés du marché. C’est
le cas du riz, dont la production annuelle excède largement
les besoins locaux. Mais à cause du monopole des commerçants,
l’Etat s’est vu obligé d'importer dernièrement quelque 100 000
tonnes pour apaiser la flambée des prix du riz et sa pénurie
(voir encadré). Ainsi pour remédier à la hausse des prix causée
par l’inflation et le monopole des commerçants, l’Etat a décidé,
fin septembre, d’augmenter d’1,6 milliard de L.E. la somme
consacrée à la subvention de 7 produits essentiels qui sont
le pain, le sucre, l’huile, les fèves, le maïs, les lentilles
et le thé.
Si l'on considère,
en revanche, l'Union européenne, le premier marché importateur
vers l'Egypte, elle subventionne largement ses paysans dans
tous les stades de la culture, y compris les engrais, l'eau,
les graines, la technologie, la récolte et les exportations.
Les deux tiers de ces subventions sont d'ailleurs consacrées
à l’exportation. Le défi de l'agriculture égyptienne est plutôt
d'aider les paysans qui depuis dix ans ne reçoivent plus aucun
soutien. En subventionnant davantage l'agriculture locale,
le pays pourra ainsi conserver ses devises en évitant d'importer.
Et l'Egypte en a bien besoin. |
| Ibtessam
Zayed
Réhab Moustafa |
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Denrées
les plus importées |
Viandes
Bêtes étrangères
dans les assiettes
L'Egypte a produit
0,315 million de tonnes de viande en 2002. Elle a dû importer
0,7 million coûtant 1,2 milliard de L.E., afin de satisfaire
la consommation locale. Beaucoup d'observateurs estiment que
le volume de la production publié par le ministère de l'Agriculture
est supérieur à la réalité. Quant à la viande de poulet, le
ministère se flatte d'avoir porté la production à la hauteur
de la consommation, soit 0,56 million de tonnes en 2002. Sans
pour autant mentionner le fait que 90 % des produits
et des équipements nécessaires à l'élevage sont importés.
Blé
L'or perdu du pays
Avec une population
qui avoisine les 70 millions, l’Egyptien consomme en moyenne
200 kg de blé par an. Un chiffre qui classe les Egyptiens
parmi les peuples les plus consommateurs de blé dans le monde.
D'ailleurs, l’Egypte a toujours figuré parmi les trois premiers
pays importateurs de blé. En 2002/03, le pays a importé environ
7,5 millions de tonnes de blé contre 6 millions en 2002, soit
53 % de la consommation annuelle égyptienne en blé. Pour
cela, le gouvernement tend à diversifier ses sources :
il importe de la Russie, des Etats-Unis, de la France, du
Canada, en plus de la Syrie et de la Roumanie. Et la hausse
internationale du prix de la tonne de blé, qui a augmenté
en 2003 pour atteindre 1 224 L.E. la tonne, contre 980
L.E. en 2002, a entraîné le gonflement de la facture d’importation
de blé.
Cependant, la
production égyptienne ne parvient toujours pas à assurer l'autosuffisance
au pays, pour qui le pain représente une nourriture indispensable.
L’Egypte, nommée jadis « le grenier à céréales des
Romains », a donc besoin de 120 000 tonnes de
farine par mois. Et cela fait plus de deux mois que le marché
égyptien connaît une pénurie de blé, due d’une part à des
problèmes techniques qui ont engendré une faible récolte,
et d’autre part à une hausse des cours internationaux. En
septembre dernier, à la veille de la rentrée scolaire, les
parents se heurtaient à des boulangeries vides de pain. Pour
désamorcer cette crise et prévenir la colère du peuple, le
gouvernement a organisé des distributions de pain dans les
quartiers populaires, dont les boulangeries étaient les plus
concernées par cette pénurie. Et l’Etat, qui subventionne
le pain à hauteur de 2,8 milliards de livres, a ordonné l’importation
de 120 à 160 000 tonnes de blé supplémentaires. Aucun
gouvernement égyptien n’a oublié le soulèvement des affamés
en 1977, lorsqu’une augmentation du prix du pain avait provoqué
de violentes manifestations connues sous le nom d'« émeutes
de la faim ».
Le stock stratégique
en blé s’élève actuellement à 2 millions de tonnes. Par ailleurs,
la surface cultivée augmente d’une année à l’autre :
en 2003, on compte 2,5 millions de feddans cultivés
en blé, contre 2,4 millions en 2002, et 2,3 millions en 2001.
Mais la production reste insuffisante, et « l’Etat
continue à acheter le blé au fellah pour un prix inférieur
aux prix internationaux. Or, si l’Etat veut augmenter la production
nationale en blé, il devrait offrir des motifs plus attirants
aux paysans : comme par exemple augmenter le prix de
la livraison », explique Ahmad Al-Naggar, chercheur
au Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.
Huile
La production coule
90 % de la consommation
annuelle en huile végétale est importée. Soit environ un million
de tonnes. Ainsi, la consommation annuelle est de 1,2 million
de tonnes par an. Une quantité qui coûte à l’Egypte
environ 1 milliard de L.E. Une réalité dure à digérer dans
un pays qui cultive le coton, le maïs, le sésame, les palmiers,
des arachides, le tournesol, l’olive et le soja ... De
plus, la production de la plupart de ces produits a baissé.
La production du coton a connu une chute considérable de 20 %
cette année, les paysans n’ayant cultivé que 550 000
feddans, contre 701 000 feddans l’année
passée. D’autre part, les usines d’huile travaillent seulement
à 44 % de leur capacité. L’Etat accorde 655 millions
de L.E. par an, en subvention à cette marchandise.
Maïs
Un épi pour remplacer
un autre
Il y a deux ans, le
gouvernement a décidé de mélanger le maïs à la farine de blé
pour fabriquer le pain égyptien. L'objectif déclaré était
de diminuer les importations de blé. La consommation locale
en maïs a dès lors atteint 5 millions de tonnes par an, 2
millions étant destinés à la fabrication du pain, les 3 autres
entrant dans la préparation d’autres produits alimentaires.
Cependant, la production se limite à seulement 2 millions
de tonnes, le reste étant importé. En 2002, les importations
égyptiennes de maïs ont atteint environ 2,5 milliards de L.E.
en 2002, contre 2,3 milliards en 2001.
Fèves
Le luxueux plat
du pauvre
Au temps des pharaons,
des pots remplis de fèves accompagnaient les pharaons dans
l'au-delà. Aujourd'hui, cela serait un luxe, puisque la production
égyptienne, cultivée sur 308 000 feddans, ne couvre
que 45 % de sa consommation. La production de cette céréale,
qui représente depuis plus de 5 000 ans, le principal
aliment pour tous les Egyptiens, s’élève à 260 000 tonnes
en 2002. Le reste, 489,9 000 tonnes, est importé de Grande-Bretagne,
de Syrie, d’Australie et de Chine. Cette quantité coûte 734,85
millions de L.E. à l’Etat qui a alloué dernièrement la somme
de 90 millions de L.E. supplémentaires (subvention), pour
l’achat de 60 000 tonnes de fèves.
Sucre
Addition salée
La surface cultivée
en canne à sucre est de 312,5 000 feddans et celle
des betteraves à sucre est de 142 000 feddans,
selon les chiffres du ministère de l’Agriculture. L'Egypte
produit 1,3 million de tonnes de sucre tandis qu'on consomme
1,9 million. Il y a donc un déficit annuel de 600 000
tonnes de sucre. Pour combler ce déficit, le gouvernement
dépense environ un milliard de L.E. L’Egypte importe ainsi
environ 31,5 % de sa consommation. L'importation d’une
tonne de sucre coûtant 2 030 L.E., la facture de l’importation
de sucre atteint donc 1,2 milliard de livres égyptiennes.
Plusieurs facteurs
contribuent au coût de cette facture. Il existe des marchés
internationaux du sucre, son coût est donc lié à la production
et à la demande. Avec la dévaluation, la facture ne peut qu’augmenter.
Et la situation peut encore empirer si les entreprises qui
monopolisent le marché du sucre décident — pour
augmenter son prix — de le retirer du marché. Le
thé, très sucré, est une source essentielle de calories pour
les 17 millions de personnes qui vivent en dessous du seuil
de pauvreté. Le ministre de l’Approvisionnement a déclaré
il y a deux semaines que le stock stratégique en sucre, qui
s'élève à 1,06 million de tonnes, suffisait pour quatre mois.
Thé
Le lourd héritage
colonial
Grâce au mariage des
civilisations, les Egyptiens ont hérité des Indiens le goût
du thé, à travers les colonisateurs anglais. L’Egypte est
devenue le troisième pays importateur et consommateur de thé
dans le monde entier. Pourtant, le thé n'est pas produit ici.
L’Egyptien, qui boit en moyenne entre 3 à 5 tasses de thé
par jour, consomme ainsi, au quotidien, entre 15 à 25 grammes
de thé. Les Egyptiens consomment environ 93 000 tonnes
par an, après le Pakistan (160 000 tonnes) et l’Iran
(122 000 tonnes). Le Kenya est le principal fournisseur
de thé à l’Egypte qui importe environ 93 000 tonnes par
an, pour un coût d’1 milliard de livres égyptiennes. L’Etat
a dernièrement conclu un accord avec le Kenya pour l’importation
de 500 000 tonnes de thé supplémentaires pour couvrir
les besoins des Egyptiens, amoureux de thé. |
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