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Kiosque . La presse égyptienne n'a cessé de dénoncer cette semaine la piètre qualité des films égyptiens, la censure du film Les Jours de Sadate, ou encore la vague des chanteuses libanaises.

Les artistes à l'index

L'absence presque totale de films égyptiens au Festival international du film du Caire a été au centre des critiques la semaine dernière. Dans un éditorial publié à l'hebdomadaire Al-Moussawar, Abdel-Nour Khalil estime que le cinéma égyptien est au creux de la vague. « La situation du cinéma égyptien est lamentable. La production cette année n'a pas dépassé les 16 films alors que dans les années 1950, on produisait plus de 120 films par an », déplore-t-il. Et d'ajouter : « Tout ce que produit le cinéma égyptien aujourd'hui est du cinéma fast-food. C'est-à-dire de la nourriture facile à manger dont on oublie le goût juste après l'avoir avalée. Les films qui n'ont pas de sujet et où aucune technique ni technologie ne sont utilisées ne représentent aucune tendance qui reflète une véritable et profonde pensée locale. Il s'agit de sketchs comiques inspirés d'anciens films égyptiens », assène l'éditorialiste. Khalil achève son papier sur une note de déception, malgré la participation du film égyptien Hob Al-Banat (L'Amour des filles) dans la compétition officielle. « C'est dommage que cette édition passe sans qu'il n'y ait un panorama des nouveaux films égyptiens », lâche Abdel-Nour Khalil.

Toujours dans le domaine du cinéma, le magazine hebdomadaire Rose Al-Youssef évoque le « massacre » dont a été victime le film Ayam Al-Sadate (Les Jours de Sadate). Ce film co-produit par l'acteur Ahmad Zaki, qui a joué le rôle principal, et le département de la production de la télévision nationale, a été projeté par plusieurs chaînes égyptiennes à l'occasion de la commémoration de la guerre d'Octobre 1973. La première chaîne égyptienne l'a projeté après en avoir supprimé 39 minutes et deux chaînes satellites égyptiennes l'ont présenté en y supprimant la scène des funérailles du président Gamal Abdel-Nasser. Pour le journaliste de Rose Al-Youssef, Hossam Abdel-Hadi, les scènes supprimées ont provoqué un déséquilibre, notamment dans le rôle de Mervat Amin, qui jouait Gihane Al-Sadate à l'âge mûr. « La suppression de ces scènes a été faite sans aucune étude et sans que le réalisateur en soit notifié. Or, il est convenu que le réalisateur fasse lui-même les coupures dans son film quand il y a une nécessité absolue de le faire ». Le journaliste dénonce aussi le fait que les responsables de la télévision se soient rejeté la responsabilité de ce « massacre », et que cela soit resté impuni.

La presse égyptienne s'est aussi penchée sur la chanson. Dans son éditorial au quotidien d'Al-Ahram, Mohamad Saleh a critiqué la nouvelle vague de chansons, ou plutôt de chanteuses libanaises, qui ont envahi les chaînes égyptiennes et arabes. « Les chanteuses-danseuses ont chassé la véritable chanson du petit écran. Ces chansons accompagnées de danses présentées par des filles presque nues sont devenues le centre de toutes les attentions », écrit Mohamad Saleh. Et de poursuivre : « C'est vraiment triste qu'il y ait une pénurie de chanteuses talentueuses qui va jusqu'à pousser un groupe de filles à prétendre être chanteuses et de présenter des danses sensuelles afin d'empêcher le spectateur de découvrir la réalité de leurs voix ». L'éditorialiste propose dans son article que l'Union des radios arabes lutte contre ce phénomène même si ce genre de chansons attirent les spectateurs.

Yolande Youssef
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A l'origine du problème

La crise économique bat son plein, les prix grimpent et les citoyens trouvent la vie de plus en plus difficile. Alors que les critiques fusent de partout, rendant le gouvernement responsable de cette piètre performance économique, celui-ci se défend en évoquant l'explosion démographique. Celle-ci serait à l'origine de tous les maux. Certes, la natalité galopante n'est pas faite pour arranger les choses, mais est-elle la seule responsable de cet état de choses ? Il y a sans doute d'autres facteurs dont la corruption, la gabegie. Mais c'est surtout une gestion incertaine, voire défaillante qui est à la base de tout ceci. De fil en aiguille on remonte cette piste pour trouver la raison fondamentale qui est le manque de créativité. Il est certain que le système d'enseignement en vigueur en Egypte ne donne lieu à aucun esprit critique ni imagination pour trouver des solutions originales. Car ce n'est pas en empruntant les sentiers battus qu'on s'en sortira. L'économie égyptienne est à la croisée des chemins. Du dirigisme plus ou moins socialiste, elle passe vers un libéralisme dont les contours sont flous. Certes, l'Egypte n'est pas le seul pays qui se trouve dans cette situation à l'heure où la mondialisation impose le recours à la loi du marché. Mais il est clair dans notre cas que c'est l'incapacité à trouver des formules qui sortent de l'ordinaire et qui s'adaptent à la situation exceptionnelle que nous vivons qui rendent les choses plus difficiles encore. Du temps du socialisme dans les années 1960, on justifiait l'échec par le fait que ce sont de « non socialistes » qui géraient une économie placée sous le signe de cette doctrine. Manque de conviction donc peu de résultats. Aujourd'hui, à l'heure des dogmes libéraux, le naufrage serait-il dû à son tour au manque de zèle d'anciens gestionnaires qui n'adhèrent pas vraiment à l'économie capitaliste ?

Il est plutôt probable que dans un cas comme dans un autre, c'est l'esprit d'initiative qui fait défaut. Une question d'enseignement mais aussi de société, le premier n'étant qu'un miroir de cette dernière. Une société paternaliste et peu portée sur l'ouverture ou la tolérance ne permet pas aux individus de s'épanouir de manière suffisante et donc de pouvoir attaquer de front les problèmes dans leurs racines. Le poète Farouq Goweida, auteur d'une chronique dans le quotidien Al-Ahram, regrettait à cet égard le manque de relève dans l'administration. Si l'élite compte des esprits susceptibles de s'adapter aux mutations actuelles, la grande majorité des exécutants restent en deçà du niveau requis. Il faudrait donc une véritable réforme de l'enseignement et des mentalités pour pouvoir sortir de cette impasse.

Ahmed Loutfi

 

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