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Burundi . Malgré la signature à Pretoria d'un accord, longuement attendu, sur le partage de pouvoir entre le gouvernement et le principal mouvement rebelle, la paix ne semble pas à portée de main.
Un pas vers la paix

De la France, à la Belgique, et de l'Ouganda à la Tanzanie qui a accueilli ces derniers mois plusieurs négociations infructueuses, on a salué l'accord de cessez-le-feu et de partage du pouvoir signé le 8 octobre à Pretoria par le gouvernement burundais et le principal groupe rebelle hutu. Seul accroc mais de taille : le refus du deuxième mouvement rebelle, les Forces de Libération Nationale (FLN), de l'accord et de toute négociation avec le gouvernement. Les FNL l'ont rappelé en qualifiant cet accord de « non-évènement ». « Nous ignorons ce gouvernement de Ndayizeye », avait déclaré Pasteur Habimana, le porte-parole des FNL qui ne participent pas au processus de paix, et n'ont jamais accepté de négocier avec le gouvernement de Bujumbura. « La guerre va continuer car il n'y aura pas de solution tant qu'il n'y aura pas de vraies négociations entre Hutus et Tutsis », avait-il ajouté.

Toutefois, l'accord signé entre le président burundais Domitien Ndayizeye et Pierre Nkurunziza, président des rebelles des Forces pour la Défense de la Démocratie (FDD), a été unanimement salué comme étant une percée significative dans le processus de réconciliation nationale. Lisant une déclaration adoptée lors de consultations à huis clos sur la situation au Burundi, le président du Conseil de sécurité de l'Onu, l'ambassadeur américain John Negroponte, a de son côté demandé vendredi que « la cessation des hostilités annoncée (…) soit effective et vérifiée ».

Après trois jours et trois nuits de discussions ardues, sous les auspices du président sud-africain Thabo Mbeki et son vice-président Jacob Zuma, M. Ndayizeye et Pierre Nkurunziza, chef des FDD, ont signé à Pretoria un accord de paix prévoyant un partage du pouvoir militaire et politique, assorti d'un arrêt immédiat des hostilités sur le terrain lancé conjointement par les deux parties.

Destiné à régler le volet de partage du pouvoir, l'accord de Pretoria auquel sont parvenues les deux parties entre dans le cadre de l'accord de paix d'Arusha, conclu en Tanzanie en 2000 entre les partis politiques mais sans les mouvements rebelles, et qui prévoit 50 % de Hutus et 50 % de Tutsis dans l'armée, la police et l'administration.

Pretoria a ainsi réussi ce qu'un énième sommet de chefs d'Etat régionaux sur la paix au Burundi, tenu à la mi-septembre en Tanzanie n'était pas parvenu à obtenir.

Cet accord vise à mettre fin à une guerre civile entre armée tutsie et rébellion hutue qui déchire depuis plus de dix ans ce petit pays d'Afrique centrale faisant quelque 300 000 morts, majoritairement civils. Il est considéré comme un prélude à la tenue d'élections démocratiques.

Domitien Ndayizeye et Pierre Nkurunziza sont tombés d'accord pour que reviennent aux FDD quatre portefeuilles ministériels, dont celui d'un « Ministre d'Etat » devant être consulté par le président burundais « sur toutes les questions-clés », ainsi que les postes de second vice-président et de secrétaire général adjoint de l'Assemblée nationale.

Les FDD qui n'existaient pas lors des derniers scrutins se voient également octroyer quinze sièges de députés tout spécialement créés à leur intention, contre « au moins trente » exigés au début des discussions.

Sur le plan militaire, l'accord prévoit l'octroi de 40 % des postes de commandement de l'armée aux FDD et 60 % au gouvernement, l'attribution aux FDD de 35 % des postes de commandement dans les forces de police. Les FDD se verront aussi allouer 35 % des postes vacants dans les structures des services secrets.

Au plan sécuritaire, les FDD se félicitent tout particulièrement de la disparition de la gendarmerie — qu'ils accusent de tous les abus — dont les éléments vont être fondus dans l'armée ou la police.

Le président Ndayizeye, originaire de l'ethnie hutue, majoritaire en nombre dans le pays, a rassuré l'ethnie minoritaire des Tutsis sur la préservation des équilibres ethniques, malgré l'entrée prochaine dans les institutions des ex-rebelles FDD, hutus eux aussi. « L'Etat veillera à préserver l'équilibre des 50 %-50 % dans les deux communautés », a insisté M. Ndayizeye.

De son côté, le président burundais, de retour de Pretoria, a déclaré que l'armée continuera de combattre les rebelles des FNL, qui restent en dehors du processus de paix dans le pays. Quant au président ougandais, Yoweri Museveni, qui préside l'initiative des chefs d'Etat de la région sur le Burundi, a averti que les dirigeants régionaux allaient augmenter la pression sur les rebelles des FNL pour qu'ils déposent les armes. Selon M. Museveni, les chefs d'Etat de la région se rencontreront au sommet avant la fin octobre pour entériner l'accord de Pretoria.

Reste à mettre en œuvre un projet de société de nature à sortir définitivement le Burundi d'une décennie de guerre civile et de trente ans de turbulences sanglantes.

Chérif Albert

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