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Iraq
. Les attentats anti-américains se poursuivent tandis
qu'à l'Onu ont lieu les derniers arrangements du projet
de résolution proposé par les Etats-Unis.
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Washington
sur la défensive |
| L'attentat
à la voiture piégée perpétré dimanche (au moins six
tués et une dizaine de blessés) devant le Baghdad
Hotel, qui abrite des membres des services de sécurité
américains et du Conseil de gouvernement transitoire,
illustre encore une fois l'incapacité des forces de
la coalition à assurer la sécurité en Iraq. D'autant
plus qu'au lendemain de cet attentat suicide, les violences
se sont poursuivies, un Iraqien ayant été tué et trois
autres ont été blessés lundi matin dans un échange de
tirs avec les forces américaines près de Baaqouba, au
nord-est de Bagdad. La veille, un soldat américain a
été tué et un autre blessé par l'explosion d'une mine
au passage de leur véhicule militaire près de Baji,
à 220 km au nord de Bagdad.
Malgré
cette insécurité persistante, la coalition n'a cessé
de vanter ses réalisations en six mois d'occupation,
qualifiant les actes de violence d'incidents mineurs
qui surviennent au nord et à l'ouest de Bagdad. « 90 %
des attaques surviennent sur 5 % du territoire
et cela ne pose pas de menace stratégique »,
avait dit l'administrateur civil américain du pays,
Paul Bremer, après l'assassinat jeudi près de Bagdad
de l'attaché militaire espagnol, José Antonio Bernal
Gomez, et un attentat suicide qui a fait le même jour
neuf tués dans un poste de police de la banlieue chiite
de Sadr City.
En
fait, depuis l'attentat à la voiture piégée contre l'ambassade
de Jordanie, le 7 août, qui a fait 14 tués, les opérations
meurtrières se poursuivent à un rythme soutenu. Des
opérations auxquelles s'ajoutent les attaques contre
les infrastructures pétrolières, secteur vital pour
l'économie iraqienne, des actes de sabotage retardant
l'exportation du brut censée financer la reconstruction.
Ce qui a poussé le plus haut gradé américain en Iraq,
Ricardo Sanchez, à reconnaître, début octobre, que « l'ennemi
a évolué, il est un peu plus meurtrier, un peu plus
complexe, un peu plus sophistiqué et parfois un peu
plus tenace ». Plus sûr de lui, Paul Bremer
a déclaré peu après l'attentat de dimanche : « Les
terroristes ne réussiront pas. La coalition et le peuple
iraqien ne seront pas intimidés dans leur voie vers
un Iraq démocratique ».
Ce
nouvel attentat place de nouveau l'Administration de
Bush en position délicate. Le président américain est
en effet de plus en plus critiqué sur l'après-guerre.
Deux sénateurs américains influents, le Républicain
Richard Lugar et le Démocrate Joseph Biden, ont réclamé
dimanche à l'Administration Bush un plan plus « clair »
concernant l'après-guerre en Iraq, l'accusant d'« envoyer
en permanence des messages contradictoires ».
Dans un discours radiodiffusé, le président Bush s'en
est défendu, affirmant samedi avoir une « stratégie
claire » pour faire de l'Iraq un pays « stable,
juste et prospère » et vouloir « élargir
la coopération internationale pour la reconstruction
et la stabilisation de l'Iraq ». |
Modifications
au projet de résolution américain
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Washington
a également indiqué travailler sur de nouveaux aménagements
à son projet de résolution sur l'Iraq, visant à inciter
davantage de pays à envoyer des troupes et à apporter
de l'aide économique à ce pays, dans un nouvel et peut-être
dernier effort pour tenter de convaincre un Conseil
de sécurité de l'Onu jusqu'à présent très réservé. « Nous
avons quelques idées sur la manière de prendre en compte
les préoccupations exprimées par les membres du Conseil
de sécurité sur le dernier projet, tout en préservant
nos principes et nos positions », a déclaré
le secrétaire d'Etat, Colin Powell. Et d'ajouter :
« Nous essayons d'écouter, de prendre en compte
ce que nous entendons, de ramener la communauté internationale
autour d'une résolution ».
Ce
projet, déjà remanié une fois par les Etats-Unis, vise
à inciter davantage de pays à envoyer des troupes en
Iraq et à apporter de l'aide économique pour redresser
la situation dans ce pays. Il prévoit notamment la création
d'une force multinationale sous mandat de l'Onu et commandement
américain.
Plusieurs
membres du Conseil de sécurité, dont la France, l'Allemagne
et la Russie, ainsi que Kofi Annan, lui reprochent toutefois
de ne pas fixer de calendrier pour un transfert aux
Iraqiens de la souveraineté du pays, actuellement administré
par la coalition dirigée par les Etats-Unis. Ils lui
reprochent également de ne pas donner un rôle assez
important à l'Onu, dont les prérogatives sont encore
loin de celles de la coalition.
Washington
a affirmé à de multiples reprises souhaiter que ce texte
puisse être adopté avant une conférence de donateurs
pour la reconstruction de l'Iraq, prévue les 23 et 24
octobre à Madrid, à laquelle Powell doit se rendre. |
Abir
Taleb |
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Tollé
contre une
présence turque |
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Le
gouvernement turc a eu beau tenter de rassurer sur ses
intentions, rien n'y fait. Le Conseil de gouvernement
transitoire iraqien a répété samedi son opposition à
un déploiement militaire turc en Iraq, y voyant une
« mesure superflue », a déclaré un de ses
membres, le Kurde Mahmoud Ali Osmane. « Nous avons
des divergences de vues. Les Américains croient que
c'est une mesure positive et nous voyons qu'il s'agit
d'une mesure superflue », a déclaré M. Osmane.
« Les pourparlers sont en cours avec les forces
de la coalition et il faut qu'elles écoutent le peuple
iraqien et le peuple turc », a-t-il dit.
Plusieurs
membres du Conseil de gouvernement transitoire, qu'ils
soient sunnites, kurdes ou chiites, se sont formellement
opposés au déploiement de troupes turques en Iraq qui
risque, selon eux, de retarder le retour de la souveraineté
iraqienne, a déclaré Nassir Kamal Chaderji, membre sunnite
du Conseil.
Le
Parlement turc a donné le 7 octobre son feu vert à l'envoi
d'un contingent en Iraq pour une durée maximale d'un
an. On ignore encore leur nombre mais le gouvernement
avait évoqué le chiffre de 10 000 hommes. Cette
décision intervient à la suite d'une demande de Washington
qui, face à des difficultés croissantes en Iraq, cherche
le soutien de pays alliés.
Nombre
d'Iraqiens, à commencer par les Kurdes, sont ouvertement
hostiles à un déploiement venu de Turquie, pays dont
l'ancêtre ottoman contrôlait autrefois toute la région.
Les Kurdes d'Iraq, qui contrôlent une zone frontalière
avec la Turquie, craignent que les Turcs ne tirent bénéfice
de leur entrée en Iraq pour s'y installer durablement.
La Turquie estime avoir un droit de regard historique
sur le Kurdistan, affirmant vouloir protéger les intérêts
de l'importante minorité turcomane.
« Le
Conseil est unanime pour publier un communiqué contre
l'envoi de troupes turques en Iraq. C'est la mauvaise
chose à faire, cela ne contribuera pas à établir la
sécurité », avait affirmé M. Osmane. Pour le
ministre des Affaires étrangères iraqien, le Kurde Hoshyar
Zebari, « le peuple turc est contre l'envoi
de troupes turques en Iraq ». il a affirmé
que « la position de base est que le Conseil
de gouvernement ne veut pas qu'un pays voisin prenne
part à une mission de protection de la paix en Iraq ».
Même
Ahmad Chalabi, chiite du Congrès National Iraqien (CNI),
membre du Conseil et considéré comme un proche de Washington,
a accueilli fraîchement la décision d'Ankara. « Toute
troupe étrangère doit être invitée en Iraq par un gouvernement
iraqien souverain. Actuellement, cette décision revient
au Conseil de gouvernement », a affirmé un
porte-parole de M. Chalabi, Entifadh Qanbar.
La
question du déploiement turc en Iraq a une fois de plus
mis en évidence le faible poids décisionnel du Conseil
de gouvernement face aux Etats-Unis qui ont salué la
décision d'Ankara. Le Conseil, mis en place par les
Etats-Unis et sur les décisions duquel l'administrateur
civil de l'Iraq Paul Bremer a un droit de veto, n'a
pas le pouvoir de bloquer le déploiement des troupes
turques. Cette nouvelle grogne du Conseil de gouvernement
est un nouvel épisode traduisant les tiraillements entre
cette instance et la coalition.
Par
ailleurs, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan,
a cherché à rassurer sur les intentions de son pays,
soulignant que les forces turques se rendraient en Iraq
pour contribuer au retour à la stabilité. Les soldats
turcs n'iront pas en Iraq comme des policiers et des
gendarmes des forces de la coalition américano-britannique,
a insisté Erdogan. « Nous irons là-bas uniquement
pour soutenir la force de stabilisation »,
a-t-il dit.
La
décision sur l'envoi des troupes turques a provoqué
non seulement le rejet des politiciens iraqiens, mais
aussi la colère d'une partie de l'opinion publique aussi
bien en Iraq qu'en Turquie. A Bagdad, des milliers de
manifestants et de miliciens chiites se sont rassemblés
devant le quartier général de la coalition pour protester
contre cette décision. A Istanbul, une centaine de manifestants
scandaient : « Nous ne serons pas les soldats
des USA » ou « Nous ne permettrons
pas que l'on tue nos soldats ». Dans la capitale
Ankara, plusieurs dizaines de syndicalistes, sympathisants
de partis de gauche et organisations non gouvernementales
se sont réunis devant le Parlement pour protester contre
sa décision.
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Maha
Salem |
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