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Peinture . Mohamad Al-Fayoumi expose des corps humains attachés à la terre, alors que les fleurs de Magdi Osmane ressemblent à des jets de couleurs libres et évanescents ...
Mondes en parallèles

On dirait que le sculpteur Mohamad Al-Fayoumi a signé un pacte avec la terre dans sa nouvelle exposition qui se tient à l’Atelier d’Alexandrie jusqu'au 13 octobre. L’exposition, qui se concentre autour du corps de la femme et de l’homme, regroupe également des sculptures de personnages de la campagne égyptienne, lieu de naissance du sculpteur et l’univers auquel il est resté fidèle. Chaque pièce exposée exprime, tant avec la couleur, avec les lignes — demi-cylindriques et stables —, mais également avec les positions que prennent les personnages et surtout les nus féminins et masculins, une sorte d’attachement inébranlable à la terre. Les vingt pièces confectionnées à l'aide de différents matériaux, 16 en Polyester, 1 en argile, 1 en aluminium et 2 en bronze, ont toutes une couleur foncée. C'est la couleur du tronc du sycomore, cet arbre sacré que les Anciens Egyptiens associaient à Osiris. Les corps en masse, surtout dans Une femme que j’ai connue, le penseur, un paysan anxieux, renforcent cette analogie avec le sycomore profondément enraciné dans la terre et accentuent l’impression de fertilité et du défi face à la mort.

Le sculpteur s’attache aux détails du corps paysan : on reconnaît d’emblée que les orteils sont d'une personne qui a l'habitude de marcher pieds nus dans les champs. Les bras, les torses larges, reflètent le labeur du paysan. Alors que sa manière de rester assis, à même le sol, la tête penchée sur le bras, exprime sa tristesse. On dirait que l'on est face au paysan éloquent, ce personnage de la littérature pharaonique, qui s'est rendu au palais de Thèbes pour s'insurger contre l’injustice. La statue d’Une femme que j’ai connue à la tristesse du paysan par la fertilité de son corps : cuisses et seins opulents, bras croisés et cou long reflètent le sentiment de défi face aux difficultés de la vie.

L’onyx d’une femme reflète une fertilité pure à travers une esthétique élaborée et souple, concentrée sur le cou, les seins, le ventre, les fesses et une partie des cuisses ; seulement ... la statue est sans tête.

Magdi Osmane, quant à lui, a présenté une série de tableaux avec des bouquets de fleurs, moyennant des matériaux différents : pastel, acrylique, huile. Sa peinture se caractérise par une grande fraîcheur dans l’utilisation des couleurs. C'est d'ailleurs à cette fraîcheur que l'on doit l'originalité de chaque tableau bien que les fleurs se répètent d'une œuvre à l'autre.

Le mélange des matériaux et des couleurs aide à développer un style qui se rapproche beaucoup de l'abstraction. La liberté des couleurs rime avec le mouvement nerveux et électrique du pinceau.

Cette grande liberté — des couleurs et des lignes — chez Magdi Osmane contrebalance les sculptures sombres d'Al-Fayoumi.

Hayssam Khachaba

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