Connue
pour ses sujets concrets : fleurs, plantes, paysages
et animaux, Ketty Abdel-Malek présente cette année un travail
différent. La majorité des œuvres sont abstraites. Mais c'est
toujours sur la mosaïque que Ketty travaille. Médium hérité
des monuments anciens, la mosaïque se transforme chez l'artiste
en œuvres dynamiques avec différentes couleurs, matières et
nuances dans chaque œuvre. Elle y intègre vitraux, marbre
et pierres, ce qui donne un effet d'une beauté très rare.
« Chaque pierre a une utilité quelconque, tout dépend
du dessin et de l'idée à traiter. Les vitraux sont plus petits
et plus détaillés. Leurs couleurs sont artificielles et très
vives. Par contre, le marbre est plus dur, mais plus naturel »,
explique l'artiste.
L'une
des mosaïques représente le Christ crucifié, elle est
tout en marbre et dévoile en même temps l'endurance et la
souffrance du Christ. Idée et matière vont ici de pair. A
travers des marbres coupés de façon irrégulière, Ketty a réussi
à donner vie, continuation et vibration à chaque œuvre.
Les
œuvres de Ketty sont bien conçues, équilibrées et esthétiques ;
ce sont des constructions solides et lumineuses. « C'est
une bonne idée de faire une décoration intérieure ou extérieure
avec la mosaïque qui est une matière qui dure et qui peut
résister au climat de l'Egypte, le soleil et le vent »,
signale Chirouette Chaféï, la propriétaire de la galerie.
Pour
l'artiste, tous les arts plastiques se rejoignent : peintures,
dessins, sculpture et mosaïque. Au deuxième étage de la galerie,
une dizaine de peintures abstraites garnissent la salle. Ces
tableaux sont bouillonnants : mouvement dans le désert,
dans les arbres ou dans la mer. Les tâches irrégulières de
couleurs différentes qui s'amalgament harmonieusement pour
donner une unité à l'œuvre donnent en même temps un effet
de mosaïque. La seule différence entre mosaïque et peinture,
c'est l'intonation et l'audace des couleurs, plus vives dans
les peintures. « Quand je peins, c'est pour me reposer
de la mosaïque, entre autres. Mais je préfère la mosaïque.
Même ma façon de peindre est influencée par la mosaïque ».
Une
bonne base de dessin est exigée avant de commencer son œuvre.
Ketty esquisse un dessin qu'elle traduit tout de suite en
mosaïque sans même passer par l'étape du coloriage. Elle remplit
rarement les espaces entre les morceaux de marbre par du ciment,
de peur de ternir la couleur de ces derniers.
Peinture
ou mosaïque, pour l'artiste « tous les arts se rejoignent ».
Vitraux colorés, marbre, pierres, gros buts de vitres et terre
cuite forment l'ensemble de son œuvre. La mosaïste a débuté
sa carrière avec le dessin puis la sculpture en terre cuite.
Elle est en perpétuelle recherche de couleurs plus naturelles
et plus douces que celles de la peinture. « J'ai commencé
dans la mosaïque par les pierres colorées qui sont des vitraux
de couleurs ensuite par le marbre avec de petits galets de
la mer Rouge et des pierres du jardin ». Elle est
fascinée par tout mouvement. « La pierre est une chose
vivante, elle bouge, elle respire, elle circule avec nous,
et elle danse même devant nos yeux ». Ses mosaïques
sont dynamiques. Des œuvres pour lesquelles il faut s'armer
de patience : elle casse elle-même le marbre. Ketty s'engage
dans ses œuvres en mosaïque, par la quête des formes, des
tailles et des genres de pierres et de marbres (italien, espagnol
et égyptien). « Il faut bien calculer les espaces.
Rien ne doit être laissé au hasard en mosaïque. Il faut avoir
une idée préalable des couleurs à utiliser dans le marbre
et des dispositions des pierres, sinon on se perd facilement ».
Tout
est bien mesuré chez elle. Et pour cause. Ketty Abdel-Malek
a appris l'art de la mosaïque en 1982, en Italie à Ravenne,
la ville de la mosaïque. Cela fait 20 ans qu'elle travaille
avec la pierre. L'un de ses deux tableaux de mosaïque exposés
en face de l'entrée de la galerie a été choisi pour être publié
dans le Dictionnaire international de mosaïque.
Audacieuse
et harmonieuse, Ketty Abdel-Malek est, par excellence, l'artiste
de la mosaïque en Egypte.
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