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Festival international du film du Caire . Une sélection de films bollywoodiens comme Devdas et Mohabbatain, a révélé les composantes d'une industrie cinématographique indienne qui fait campagne pour le libéralisme économique.

Le rêve produit à outrance

La combinaison savante du style divertissement hollywoodien et des vieilles recettes des studios de Bombay : romance, dance et musique, donne lieu au cinéma dit bollywoodien. Ainsi, l'industrie cinématographique indienne d'aujourd'hui vend à des millions de spectateurs un rêve fantaisiste. Car ce n'est pas seulement en écoutant les voix du chœur et de la musique qu'on peut souscrire à l'appel au changement, mais il faut aussi les moyens de faire. Le dilemme entre réalité et fantaisie s'est par ailleurs toujours profilé dans les productions de cette industrie. Etablie dès 1920, classée deuxième au monde après celle d'Hollywood pour sa production massive, la veine commerciale s'y est imposée avec des films reposant sur un imaginaire épatant et des histoires d'amour assorties de mélodrames et de comédies musicales. Puis, avec l'inauguration de festivals internationaux à Bombay, en 1952, une nouvelle génération de cinéastes, avec Stayajit Ray en chef de file, a jeté les fondements d'un cinéma artistique qui transcrit, sans fards ni artifice, la réalité de gens qui luttent pour vivre en dignité dans un monde juste, et a contribué à la propagation de ce cinéma dans le monde entier. D'autres cinéastes dans le sud de l'Inde, à Karnataka et Kerala, comme Govind Nihalani, Saeed Mirza, Sheker Kappor (lauréat d'un Oscar pour son film Elizabeth) et Miranayer ont pris la relève, dans les années 1970, opposant au cinéma commercial populaire un nouveau cinéma d'une grande signification sociale et sincérité artistique. Ce nouveau cinéma a introduit une perspective humaniste moderne plus durable que le monde fantaisiste du cinéma commercial. Il s'est épanoui jusqu'à la fin des années 1980. Mais dans les 12 dernières années, où le vent du libéralisme a soufflé partout, il y eut un regain d'intérêt pour le cinéma commercial. « Dans le contexte de la mondialisation et du libéralisme économique, les aspects de la vie urbaine indienne ont radicalement changé. Le mode de vie, la musique, les habits ont changé. Les revenus ont augmenté, modifiant le style de vie. L'industrie du cinéma a donc dû suivre en engendrant un cinéma commercial qui offre un nouveau type de divertissement, reflétant la nouvelle société où les gens vivent dans un rythme effréné, engagés dans une course pour l'argent, sans renoncer à leur identité d'origine », explique Kanachan Gupta, conseiller de la culture et de la presse à l'ambassade de l'Inde au Caire. Dans ces conditions, le cinéma bollywoodien a vu le jour. Il tend à la population l'image du centre, de l'élite qui tient l'économie. « 67 % des citoyens indiens sont âgés de moins de 35 ans. Ils travaillent dans les secteurs des services, de la technologie de l'information, des banques, de l'industrie. Il sont une source d'inspiration pour le cinéma bollywoodien », ajoute Gupta. Naturellement, puisque ils sont ses bailleurs de fonds. Les banques, qu'ils gèrent, financent les films de la société de production privée Mukta du réalisateur-producteur Subbash Ghaï, nommé « Le Monsieur de la comédie musicale » ou encore « Le commerçant rêveur ». Il fut le premier à lancer les films bollywoodiens sur le marché, dont il produit la majorité. Les vieilles romances entre des amants de classes ou de générations différentes, qui ont fait le faste du cinéma commercial obsolète, rejaillissent dans ces films. Et ce après avoir subi les retouches nécessaires pour s’arrimer sur le nouveau style de vie de l'élite économique. A titre d'exemple, Jogger's Park (Le Parc des coureurs, 2002), écrit et produit par Subbash Ghaï, est un film fleuve sur l'amour impossible entre un juge à la retraite et une jeune fille dynamique, qui fait plusieurs métiers pour gagner de l'argent. Des rebondissements interminables sur les retrouvailles et les séparations des amants permettent au mélodrame, au spectacle dansant et à la musique de jalonner le récit. Devdas (2002) et Mohabbatain (Les Amants, 2000), également présents au Festival du Caire, sont des films de la même trempe. On y voit des héros idéaux, engagés dans la cadence haletante de l'Inde d'aujourd'hui, copiant le modèle de vie de l'élite, déterminés à travailler, à gagner de l'argent et à aimer, sur fond de chants et de danse. Le spectateur passe donc un moment agréable en se projetant dans leur monde de rêve et de glamour. Cependant, une dissonance entre le fond de ces films et la stratégie de l'apologie du libéralisme qu'il miroite leur enlève toute crédibilité. Ces héros n'ont pas le moyen d'acquérir les ressources, qui sont concentrées dans les mains de l'élite, pour monter leur propre entreprise. L'ensemble de la population est en butte à ces difficultés. « Le citoyen modeste et pauvre, empêtré dans les problèmes, qui travaille plusieurs heures par jour pour nourrir sa famille, n'a pas le temps de voir ces films qui durent 3 heures. Le théâtre florissant en Inde, actuellement, est peut-être encore le seul endroit qui traduit sa réalité », commente un jeune spectateur indien. N'empêche que si le cinéma bollywoodien est un cinéma d'évasion qui dope les gens, il est aussi un instrument du consensus qui renforce l'alignement aux positions du système. Largement répandu en Inde et dans les pays d'Asie et du Golfe, où il y a une grande communauté indienne, il commence aussi à pénétrer les marchés européens, exerçant un attrait particulier par la musique et la danse, joyaux de la culture indienne, sur les spectateurs

Amina Hassan

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