Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Arts

 

Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Livres
Arts
Femmes
Société
Sport
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Festival international du film du Caire . 50 ans de carrière et un talent à toute épreuve font de lui l'une des grandes figures du cinéma français. Entretien avec Jean-Claude Brialy, président du jury.
« Le cinéma peut vaincre la violence et calmer les canons »
- Al-Ahram Hebdo : C'est la 2e fois que vous visitez Le Caire, mais vous avez qualifié votre visite cette fois-ci, de mission extraordinaire : la présidence du jury.

- Jean-Claude Brialy : C'est la deuxième fois que je visite Le Caire en effet, je suis venu il y a 30 ans pour présenter un film, mais je n'ai pas pu voir Le Caire et visiter ses monuments, vu que ma première visite n'a duré que 48 heures seulement. Mais, comme j'ai de la chance de rester cette fois-ci au Caire pour dix jours, j'ai essayé d'en profiter pour mieux connaître l'Egypte.

En fait, j'ai été souvent membre du jury à plusieurs festivals, et j'ai déjà présidé le jury une seule fois auparavant au Mexique, mais je trouve que c'est une responsabilité assez difficile, pour laquelle on est obligé de voir tous les films d'un œil attentif et objectif, tout en essayant d'en saisir tout ce qui est intéressant. Mais ce qui est formidable dans le choix des films de la sélection de ce festival, c'est qu'il y a beaucoup de films africains et des pays moins connus sur le plan cinématographique. On vient, à titre d'exemple, de voir un film indonésien, un autre croate et un troisième suédois, c'est donc une bonne occasion de voir des cinémas dont on ne connaît pas beaucoup de choses.

— Avez-vous eu l'occasion de regarder des films égyptiens, lors des festivals internationaux ?

— Malheureusement, je ne connais pas très bien le cinéma égyptien, car il n'y a pas beaucoup de films égyptiens qui sont projetés en France. Mais, grâce à ce festival qui a choisi la France comme invité d'honneur, j'espère qu'à notre tour, nous allons accueillir le cinéma d'Egypte comme invité d'honneur dans les festivals français. A vrai dire, j'étais vraiment curieux de voir le film égyptien participant à la compétition rien que pour voir d'autres films que ceux de Youssef Chahine. Chahine est un ami depuis 40 ans, je l'admire et je le respecte beaucoup, vu qu'il est, à mon avis, intelligent, malin, ayant beaucoup d'humour, parfois cruel et méchant, mais il aime beaucoup son pays et il raconte bien l'Egypte. C'est un talent assez important à mon avis car le cinéma est aussi le reflet de la vie sociale, religieuse et politique et c'est ce qu'on peut trouver chez Chahine.

— Qu'est-ce qui caractérise à votre avis le cinéma français actuel ?

— J'ai commencé ma carrière avec une nouvelle vague de jeunes metteurs en scène qui ont pu changer le cinéma français, entre autres: Truffaut, Godard et Chabrol. Tous ces jeunes, à ce moment-là, étaient des journalistes et ont fait des films qui ont contribué à changer le cinéma international, en utilisant tout ce qui est naturel, avec un montage plus sec et plus rapide. Ainsi, avons-nous aidé à moderniser notre cinéma, avec de beaux films entre 1960 et 1980. Aujourd'hui, il y a beaucoup de grands metteurs en scène français comme Jean-Paul Rappeneau, André Téchiné, Tavernier, Chabrol et Luc Besson. Mais, malheureusement, je crois que beaucoup de jeunes metteurs en scène veulent raconter leur vie ou leurs premières expériences sentimentales, ce qui ne m'intéresse absolument pas, comme beaucoup de spectateurs 

Je préfère que les films français soient courageux avec des films engagés, politiques ou sociaux, et qu'on exprime à la fois sa détermination pour la liberté, pour les droits de l'homme, pour la démocratie ou le respect des autres, et non pas chercher, seulement, les histoires sentimentales pour toucher plus de spectateurs. Le monde est plein autour de nous d'incidents et de phénomènes, dignes d'être exprimés dans nos films.

— Justement à propos de l'époque que nous vivons, comment vivez-vous tous les bouleversements du monde en tant qu'artiste ?

— Depuis mon enfance, la guerre existe chaque jour devant nous, alors je rêve d'entendre à la radio ou de lire dans les journaux, un jour avant de mourir, qu'il n'y a plus de coups de fusils ou de canons sur terre. La guerre en Iraq est terrible, comme celle en Palestine, ces attentats injustes qui tuent les innocents, tous ces kamikazes qui se suicident au nom de la religion tout cela est injuste. Pour moi, la religion est basée sur l'amour et non sur la violence. Et je vois que l'Amérique, qui est un grand pays ami, a eu tort de faire la guerre en Iraq. Il était sans doute important que Saddam Hussein laisse le pouvoir, mais c'était au peuple iraqien de le chasser. On pouvait essayer de l'aider sans faire la guerre contre les Iraqiens au nom de la liberté.

— Que peut faire le cinéma dans un tel contexte ?

— Bien sûr, tous les films qui parlent d'amour et de respect sont importants, vu que les films peuvent toucher tout le monde alors que les discours politiques sont souvent ennuyeux. A titre d'exemple, Charlie Chaplin en faisant Le Dictateur, il a pu, à travers les rires et la comédie, dire beaucoup de choses sérieuses et importantes. Alors, on peut aussi envoyer des messages à travers nos œuvres, et on peut s'amuser et caricaturer ce qu'on n’aime pas. Le cinéma, à mon avis, peut vaincre la violence et calmer les fusils et les canons.

— Pourtant ce n'est pas le cas en ce moment surtout avec les grosses productions américaines où la violence est au devant de la scène ...

— Le cinéma américain est à vrai dire le premier du monde avec raison, parce qu'il y a des films américains extraordinaires. Nous n'avons jamais pu faire en Europe des comédies musicales et des western s ou des films policiers comme les leurs. Personne ne peut nier qu'ils ont un grand nombre de comédiens et de metteurs en scène très doués. Mais malheureusement, les producteurs américains voudraient avoir le monde entier et écartent les autres films, ce qui n'est pas sain du tout ...

— Quelle chance ont donc les autres cinémas de survivre ?

— Je crois que chaque pays doit se battre pour préserver son cinéma qui respecte ses traditions, son patrimoine, ses propres histoires et ses problèmes. Cela ne signifie pas qu'on refuse d'accepter les autres, mais qu'on refuse d'être dominé par ceux qui ont mainmise sur les salles et sur la production. Le cinéma français, par exemple, essaye de réunir l'Europe, ce qui est sans doute important.

Il faut que tous les pays se rassemblent pour avoir une espèce de loi et dire que les Américains, même s'ils ont de l'argent, ne peuvent pas tout acheter.

— Vous avez à votre actif 10 films en tant que réalisateur et 185 films en tant que comédien. Que concoctez-vous pour l'avenir ?

— En rentrant à Paris, j'aurai en fait beaucoup de nouveaux projets. Je vais tourner un film pour le cinéma intitulé People , avec Ornella Mutti, et un autre grand film de 3 heures pour la télévision, qui s'appelle Les Rois maudits, avec Jeanne Moreau. Et enfin, je termine un deuxième livre qui est une appendice de mes mémoires et que j'ai appelé J'ai oublié de vous dire .

Propos recueillis par
Yasser Moheb

Retour au Sommaire

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631