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La vie mondaine
Le général Salah Al-Manawi dirigeait les opérations aériennes lors de la guerre d’Octobre 1973. Trente ans après, l'ancien pilote se remémore avec émotion ces moments intenses qui ont conduit à la victoire.
Au cœur de la victoire

Le militaire aux côtés du général Hosni Moubarak dans la chambre des opérations des Forces de l'air pendant la guerre du 6 octobre, c'était lui : Salah Al-Manawi, qui arborait alors les galons de brigadier, était le commandant en chef des opérations aériennes. Le matin du 6 octobre, devant la grande carte de la salle d'opération, il préparait « l'heure 1400 », comme l'appellent les militaires, c'est-à-dire 14h00.

Dans son appartement de Manial Al-Roda, tout est en ordre. L'austérité du décor confirme que l'on est bien chez un militaire « endurci », certificats et trophées à l'appui. L'anniversaire de la guerre du 6 octobre le replonge dans sa jeunesse, et les souvenirs d'une carrière militaire exemplaire affluent. « Cette date m'est vraiment et spécialement très chère, surtout que j'ai eu l'honneur d'y jouer un rôle direct ». La fierté se ressent dans ses propos, la fierté de celui qui a rédigé un chapitre important de l'Histoire. « Même 30 ans après, plein de souvenirs viennent commémorer cette victoire, laquelle a inculqué tant de leçons et de théories au monde entier : le choix de la date, de l'heure, les conséquences ... ».

Sa photo en uniforme, dans la salle de séjour, sert de talisman. Il est assis à proximité, entouré de ses certificats. Bref, tout le décor le remet dans sa peau de commandant.

« Les préparatifs de la guerre d'octobre ont commencé au lendemain de la défaite de 1967. Nous avions pour tâche principale de reconstruire les forces aériennes. Nous avons passé des années à former nos pilotes et à les entraîner à utiliser les engins disponibles à l'époque. Ceux-ci n'étaient ni modernes ni sophistiqués. Mais, nos pilotes ont pu quand même s'en servir et vaincre. De quoi nous rendre vraiment fiers d'Anouar Al-Sadate qui a décidé de faire la guerre tout en connaissant l'état de nos armes ». Le sourire aux lèvres, le regard perçant, il ressuscite, avec une certaine euphorie, les souvenirs. « L'une des particularités de la guerre du 6 octobre a été, sans doute, la perfidie stratégique qui a précédé l'heure H. Et c'est ce qu'on enseigne, toujours, aux instituts et facultés militaires partout dans le monde ».

Un plan pointilleux a été mis en place par Hosni Moubarak, à l'époque commandant des Forces de l'air. « Moubarak était dans la confidence. Il connaissait l'heure H, quelques jours avant le déclenchement de la guerre, mais il ne m'a informé que deux jours avant, dans le but d'organiser les attaques de nos pilotes. L'information a été gardée sous les sceaux du secret, entourée de la plus grande confidentialité ».

Et de poursuivre : « Je me souviens qu'il y avait un code ou plutôt un mot de passe entre les divers commandements, mais j'ai refusé de leur communiquer l'heure H par téléphone. Nous avons décidé de couper les contacts téléphoniques 48 heures avant la guerre pour garantir cette confidentialité ». Al-Manawi a alors pris l'initiative de se rendre en personne chez chacun des chefs brigadiers des forces de l'air afin de les mettre au courant de l'heure H.

« En tant que commandants, nous étions supposés être surveillés par l'ennemi, de quoi nous pousser à prendre beaucoup de précautions. La veille, nous avons décidé que chaque commandant devrait sortir se promener avec sa famille et se montrer en public pour camoufler toute intention de guerre, tandis que d'autres commandants étaient partis pour la Hongrie en vacances », raconte-t-il.

De son côté, le commandant en chef des forces de l'air avait annoncé qu'il était attendu le 6 octobre même en Libye pour une visite officielle accompagné par d'autres subalternes. L'avion affecté pour ce voyage est resté à l'aéroport, sachant qu'il était observé par les radars israéliens jusqu'à l'heure H. Bref, plein d'astuces visant à détourner les regards des pistes réelles. « Ainsi, les forces israéliennes ont été surprises par nos pilotes planant sur leurs têtes ».

Son amour pour l'aviation se lit nettement dans ses yeux. C'est toute une passion qu'il a cultivée au fil du temps. Après avoir terminé ses études à l'école militaire en 1950, il se sentait déjà fasciné par le monde de l'aviation ; il n'avait en fait qu'un seul rêve : devenir pilote de chasse. Il a alors décidé d'entamer d'autres études spécialisées à l'école des Forces de l'air. Mais son père s'y opposa.

« Il était terrorisé par une peur paternelle et a refusé de signer mes papiers d'admission. Je ne pouvais que signer moi-même la demande d'admission à sa place !! ». Un fait qui lui attirera les foudres de toute la famille pendant un certain temps.

Toutefois, Salah Al-Manawi a pu défendre son rêve. A l'école d'aviation, il a reçu toute l'estime de ses professeurs. « Je me souviens même que j'ai été choisi parmi les premiers groupes de pilotes qui ont eu la permission de faire des vols sur les territoires israéliens pendant les années 1950 ».

Au détour de la conversation, Manawi évoque le souvenir d'un cadeau qui lui est particulièrement cher : deux stylos en or. « Je devais entraîner un groupe de 9 pilotes pour faire un spectacle de voltige aérienne. Je me souviens que le président Nasser était de retour d'un voyage en Europe et qu'il devait assister au spectacle avec le roi de Grèce. J'avais pris froid la veille du spectacle, et le médecin m'a interdit de voler, mais j'ai insisté. Le spectacle a plu, et le général Sedqi Mahmoud, le commandant en chef de l'aviation, m'a offert ces deux stylos dorés qui lui avaient été offerts par Nasser lui-même ».

Nommé afin d'entraîner les pilotes des forces aériennes au lendemain de la défaite de 1967, il lui a fallu deux ans de travail pour devenir chef des opérations des Forces de l'air. « Occupant ce poste, j'ai refusé de m'intéresser aux affaires bureaucratiques. J'ai préféré assumer mon rôle parmi les combattants sur le terrain. Je voulais être proche d'eux ».

Il s'agit surtout d'un perfectionniste. « Je me souviens également que j'ai demandé au maréchal Al-Gamassi, chef des opérations de l'armée égyptienne à l'époque, de m'accorder le droit d'exprimer mon avis en tant que chef des opérations, même s'il n'allait pas les prendre en considération. Et, en fait, il me donnait toujours le droit d'exprimer mon avis et de transmettre l'opinion de mes pilotes, une manière de renforcer l'entente entre les divers secteurs de l'armée ».

Et puis d'ajouter sur un ton très paternel. « Pendant plus de 7 ans, j'ai traité les soldats et les pilotes comme mes propres fils. L'un des moments les plus durs pour nous tous a été la mort du pilote Atef Al-Sadate, le jeune frère du président Sadate. On ne savait pas comment en informer le président. Après des moments de réflexion et d'embarras, le général Hosni Moubarak a pris en charge d'appeler le président Sadate au téléphone pour lui annoncer la nouvelle. L'attitude de Sadate nous a tous donné une vraie leçon de dévouement. Il a répondu : Atef n'est pas meilleur que les autres pilotes décédés défendant leur patrie ».

Manawi raconte les faits en véritable témoin. Mais au bout d'un certain temps, il s'est lassé d'être au cœur des événements. Il avait hâte de vivre un peu à l'abri, de pouvoir vivre au calme auprès de sa famille après avoir vécu trois guerres sur le front. Le général décide alors de prendre sa retraite. En 1979, il ôtera l'uniforme à jamais.

Yasser Moheb
Jalons

1929 : Naissance au Caire.

1950 : Diplômé de l'école militaire.

1969 : Chef des opérations des Forces de l'air, auprès de l'armée égyptienne.

1973 : Participation à la guerre du 6 octobre (en tant que chef des opérations aériennes).

1979 : Retraite anticipée.

1980 : Propriétaire d'un bureau de consultants en matière d'aviation.

 

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