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Restauration . Le mur d'enceinte de la période islamique d'Alexandrie vient d'être réhabilité. Il dévoile une autre facette de l'histoire de la ville, autant méditerranéenne qu'islamique.
L'autre visage d'Alexandrie

Alexandrie,
De notre envoyée spéciale —

Edifiée en 332 Av. J.-C. par Alexandre Le Grand, la cité méditerranéenne est considérée comme le fief des monuments gréco-romains, symbole de l'interaction des civilisations méditerranéennes. Le passé architectural islamique de la ville reste ainsi peu connu. Mais celui-ci est désormais en train d'être déterré, avec les travaux de la mission française du Centre d'études alexandrines, dirigée par Jean-Yves Empereur. Connu pour ses fouilles sous-marines sur le site du Phare d'Alexandrie et d'autres vestiges de cette ère gréco-romaine, il vient d'achever, en collaboration avec le Conseil Suprême des Antiquités (CSA), les travaux de restauration du mur d'enceinte islamique de cette ville. « De dimension inférieure au fameux mur grec d'Alexandrie, cette enceinte de l'époque islamique, bâtie par Ibn Touloun au IXe siècle, a considérablement fortifié la défense de la ville lors de la croisade dirigée contre la ville par le roi de Chypre, Pierre de Lusignan », explique Jean-Yves Empereur. Et d'ajouter : « Les études concernant les différents points de fortification de ce mur présentent une idée claire de l'évolution de l'enchaînement des guerres des croisades ».

Le mur a d'ailleurs eu des fonctions multiples tout au long de cette période. Il ne faut pas oublier qu'Alexandrie a été l'un des plus importants ports de commerce égyptiens sur la Méditerranée. « D'où le fait que les limites des murs augmentent ou diminuent selon sa prospérité, aux différentes époques », souligne Empereur.

S'étendant actuellement du Stade d'Alexandrie, passant par le quartier Al-Challalate jusqu'à Bab Charq (Portail de l'Est), les parties du mur restauré portent les caractéristiques de plusieurs époques. Le premier trait porte l'influence de l'époque byzantine. « Lors de la construction du mur, Ibn Touloun a dû utiliser quelques vestiges de l'ancienne muraille byzantine », affirme Mohamad Abdel-Aziz, directeur de la zone archéologique de l'ouest du Delta.

Les Arabes avaient pris l'habitude de construire des murailles dans la quasi-totalité des villes conquises. Alexandrie n'a pas fait pas exception. « Prise par les Arabes en 640, ces derniers ont dû construire et fortifier l'enceinte sur les ruines de l'ancienne muraille byzantine », poursuit Mohamad Abdel-Aziz. Et d'ajouter qu'outre les traits architecturaux aux caractéristiques byzantines, les époques ayyoubide ou mamelouke apparaissent aussi clairement.

La restauration de ce mur figure sur l'agenda du CSA depuis 1993. Pourtant, elle n'a été achevée qu'il y a mois. C'est le manque de moyens financiers qui a retardé le démarrage des travaux. Mais avec l'urbanisation moderne d'Alexandrie, le CSA se devait d'agir, autrement le mur aurait disparu pour céder la place à des immeubles modernes. « Lorsque le gouvernorat d'Alexandrie a décidé de creuser le tunnel d'Abdel-Moneim Riyad qui divise les frontières de l'ancienne ville du côté du portail Est, jusqu'à la porte de Rosette, nous avons dû intervenir », explique Mohamad Abdel-Aziz.

Le tracé du tunnel menaçait ce mur dont une grande partie était déjà ensevelie sous la ville moderne. « Ce projet nous a poussés à accélérer les travaux de dégagement et de restauration des parties menacées du mur », indique Mohamad Abdel-Aziz.

L'intérêt accordé à ce mur vient mettre en valeur les autres vestiges islamiques de la ville. Ce que d'aucuns ignorent c'est qu'Alexandrie est tout aussi riche en monuments islamiques que Le Caire. « Alexandrie, comme Le Caire, fourmille d'antiquités islamiques, mais malheureusement, elles sont ensevelies sous la cité moderne d'Alexandrie depuis la campagne de Bonaparte (1798-1801) », déplore Mohamad Abdel-Aziz.

Citernes, mosquées et anciens wékalat (voir encadrés), ces monuments se distinguent de ceux du Caire par la position géographique de la ville. Carrefour des civilisations méditerranéennes, point de passage indispensable pour les pèlerins du Maghreb en route vers La Mecque, leur style architectural reflète nettement le mariage entre les deux civilisations, islamique et méditerranéenne. Trois colloques sur cette partie de l'histoire de la ville ont été organisés depuis 1998, et deux ouvrages ont déjà été publiés sur cette question. Un troisième devrait être publié au printemps prochain.

Nada Al-Hagrassy

Une mosaïque de styles

Dans la rue Sultan Hassan, à 200 m, au nord de la principale artère antique (la voie canonique), se trouve la citerne d'Al-Nabi, la plus grande citerne d'Alexandrie. L'entrée est dissimulée à l'intérieur d'un jardin.

Deux grandes ouvertures de forme carrée sont creusées dans le sol, couvertes par des barres en fer. Une petite porte en bois rongée par les années s'ouvre. Une violente odeur accueille le visiteur, car la citerne est restée fermée pendant de longues années. C'est l'unique rescapée des citernes d'Alexandrie. On y descend par une série de marches jusqu'à une fenêtre qui offre une vue plongeante sur trois étages de colonnes antiques. Ces colonnes donnent l'impression d'être dans une grande cathédrale du Moyen-Age.

Quatre traversées les réunissent par des arcs fragiles, soit 48 colonnes au total, qui délimitent un vaste espace aux proportions harmonieuses et aux lignes fuyantes. On y reconnaît des fûts de colonnes en granit d'Assouan. D'autres éléments architecturaux donnent à cet endroit un air de capharnaüm, et notamment les chapiteaux romains en marbre qui ornent les tréfonds de la citerne.

Sur les murs, on découvre des traces de pas gravés. « Ces traces sont celles des responsables du nettoyage de la citerne. Au mois d'août de chaque année , date de la crue du Nil, les gardiens de la citerne descendaient pour la nettoyer, la désinfecter et préparer la nouvelle saison », explique un conservateur du site.

Le début des travaux de restauration est prévu pour le mois prochain. « Il est envisagé de la réhabiliter puis de la transformer en un centre culturel ou des beaux-arts », explique Jean-Yves Empereur. Une façon de redonner de la vie à un monument si caractéristique de la ville.

Alexandrie possédait 1 866 citernes, selon la carte établie par le géographe Mahmoud Al-Falaki sous le règne du khédive Ismaïl. Il n'en reste plus aujourd'hui que 800. La plupart sont ensevelies sous la ville moderne. Les citernes d'Alexandrie ont joué le rôle de réservoir d'eau potable pour alimenter la ville puisque « les deux branches du Nil ne traversent pas Alexandrie. La branche la plus proche est celle de Rosette. La solution était de construire des gigantesques citernes pour emmagasiner l'eau potable pour satisfaire les besoins des habitants », indique M. Empereur.

Nada Al-Hagrassy
 

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