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Enseignement
. Apprendre
par cœur, réciter les leçons dictées dans les livres scolaires
officiels ... Et surtout, ne pas s'écarter de la ligne
tracée par le professeur. Ainsi fonctionne le système éducatif
égyptien, sapant dès le plus jeune âge tout esprit critique.
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Bâillonnés
dès les bancs de l'école
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| C’est le cours
d’histoire. Une soixantaine d’élèves du cycle préparatoire
écoutent attentivement leur professeur. Durant toute la leçon,
personne n’a osé le perturber, ni même lui poser une question
alors qu'il est sur le point de terminer son monologue. « Les
atouts de la Révolution de 1952 ont été salutaires pour le
peuple égyptien », relève Sami, 52 ans, qui enseigne
depuis 20 ans, avant d’énumérer les bienfaits de cette révolution.
Soudain, une voix s'élève pour l'interrompre. « Mais
la Révolution de 1952 n’a pas atteint tous ses objectifs,
j’ai lu cela dans un livre rédigé par un grand écrivain »,
explique Mahmoud, seul élève à avoir le courage d’exprimer
un avis dif fèrent
à celui professé dans les livres scolaires. Contrarié par
l’attitude de l'élève, le professeur d'histoire, n'hésite
pas à le tancer. « Ne te mets pas dans la peau d'un
philosophe. Si tu transcris un tel jugement à l’examen, tu
vas droit à l'échec, jeune savant. Ta thèse doit concorder
à celle dictée par le ministère de l’Education »,
lance l'enseignant sur un ton ironique.
Ce type de scène
se produit dans de nombreuses écoles. Aujourd’hui, environ
17 millions d'enfants sont scolarisés en Egypte, et rares
sont les enseignants qui tentent de développer un esprit d'analyse
chez leurs élèves. Ce manque de liberté d’expression est dû
non seulement au système éducatif, mais aussi aux livres scolaires
et aux sujets d'examens. « On a reçu un enseignement
qui ne nous permet pas de donner un avis sur un sujet quelconque.
En classe, c’est seulement le professeur qui parle. Et lorsqu’une
question est posée à l’examen nous invitant à porter notre
propre jugement, j’ai l’impression que ce n'est qu'une façade
pour montrer que le système éducatif est libéral. De telles
questions sont souvent proposées aux élèves, mais la plupart
d'entre eux préfèrent les contourner car ils ne sont pas habitués
à donner leurs commentaires », explique Nasma, 15
ans, étudiante en première secondaire dans une école privée.
Bien que l’Egypte
dépense 33 milliards de L.E. dans ce secteur, les élèves acquièrent
60 % de leurs connaissances hors de l'enceinte de l’école,
selon une étude menée par le ministère de l'Education. « Les
livres scolaires, la méthode d'enseignement sont insipides.
C'est une vision stéréotypée du système éducatif. Quant aux
professeurs, ils doivent se soumettre à ce système »,
poursuit Kamal, étudiant en troisième année secondaire, dans
une école privée.
Aboul-Ezz Al-Hariri,
vice-président de la commission de l’éducation au Parlement,
assure que les écoles ne sont pas en mesure de développer
l'esprit d'analyse chez l'élève. « C’est l'apprentissage
aveugle qui prime, le règne du par cœur », déplore-t-il.
« En classe, le professeur doit faire une course contre
la montre pour transmettre le maximum d’informations en un
temps record de 45 minutes afin de terminer avant la fin de
l’année son programme souvent bien chargé. Comment voulez-vous
donner une marge de liberté aux élèves, les aider dans leur
apprentissage de la démocratie lorsque la classe compte plus
de 70 étudiants ? Pas le temps de discuter, encore moins
de développer un esprit critique », poursuit Hariri.
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Bibliothèque épurée |
| Face à de
telles conditions, les seules chances dont disposaient les
élèves pour s’exprimer, à une certaine époque,
étaient les radio-scolaires, les cours de dessins et de rédaction.
Mais il semble que ces séances sont devenues aussi insipides
que le reste, car régies par une discipline de fer de la part
des professeurs et du personnel administratif. Le salut de
drapeau, moment durant lequel les élèves peuvent s'exprimer,
est souvent écourté par manque de temps. Et lorsqu'un élève
a l'occasion de prendre la parole, c’est souvent le chef d'établissement
ou le professeur qui lui dictent la nature de son discours.
Il se contente alors de réciter quelques versets du Coran
ou de lire les nouvelles rapportées par les quotidiens. Aucune
opportunité d'exprimer son avis n'est laissée. La situation
est encore pire pendant le cours de rédaction. « Avant
les examens de fin d’année, le professeur distribue plusieurs
sujets de rédaction à apprendre par cœur afin de nous préparer
à l'examen, et par conséquent, décrocher une bonne note. Au
lieu de laisser l'élève développer son propre style et donner
libre cours à son imagination, il est obligé de reprendre
les formules d'une recette qui lui assurera sa réussite. C’est
une politique visant à effacer la personnalité de l'enfant
en lui imposant des idées bien définies qu'il doit suivre »,
s'indigne Soha, élève en 2e préparatoire dans une école publique.
Reste alors la
bibliothèque, cette fenêtre à travers laquelle ils peuvent
s'épanouir et avoir un idée du monde qui les entoure.
D'après Suzanne Fakhri, professeur et bibliothécaire dans
une école publique, les livres de la bibliothèque sont triés
au scalpel. C'est un comité formé d'anciens professeurs, de
la directrice et du responsable de la bibliothèque qui décide
du choix des livres à mettre en circulation. « Les
élèves par exemple ne doivent pas lire des livres qui risquent
de les pousser à l'extrémisme religieux, des livres qui développent
certaines tendances politiques, ce qui provoquerait une certaine
confusion dans leurs idées », explique Suzanne. Et
les livres qui parlent du sexe sont proscrits. « C’est
le grand tabou », note Aymane, étudiant en 2e préparatoire,
qui cherche toujours à en savoir plus par le biais d'Internet.
Une liberté d'expression
quasiment absente dans les cours et les activités, mais aussi
dans l'emploi du temps et la discipline. Les élèves ne peuvent
ainsi pas refuser un horaire qui ne leur convient pas. Sahar,
étudiante en 3e année préparatoire, rapporte que cette année
l’administration de l’école leur a imposé 9 cours, au lieu
de 8 par jour. « En fin de journée, je suis épuisée
et arrivée au dernier cours, je n’arrive plus à assimiler.
On s'est entendu mes camarades et moi pour aller voir la directrice.
Elle n'a rien voulu entendre. Sa réponse a été catégorique :
nous avons un programme à terminer et un règlement à respecter »,
s’indigne Sahar. |
Changement de système à l'étude
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Cependant,
le cas n’est pas le même partout. Dans les écoles internationales
influencées par la culture européenne et celles où sont scolarisés
les enfants de l'élite, la situation est tout autre. Selon
Dina Abdel-Latif, professeur à l’école Harraniya aux
Pyramides, le règlement intérieur garantit certains droits
aux étudiants. Par exemple, lorsqu'un professeur a donné trop
de devoirs ou a dépassé ses prérogatives avec un élève, ce
dernier a le droit de porter plainte auprès de l'administration,
qui se charge de redresser la situation.
« On
ne pousse pas les enfants à avoir un esprit critique, à formuler
un avis à travers une logique. Dans les pays civilisés, on
commence cet apprentissage dès le plus jeune âge de l'enfant »,
poursuit Al-Hariri. « Comment pourrions-nous
apprendre à nos enfants à pratiquer la démocratie dans nos
écoles alors que l’ambiance générale en manque. La soi-disant
démocratie dont on nous parle n'est qu'une apparence et les
élections ne sont qu’un décor pour donner un aspect civilisé »,
avance-t-il. La sociologue Nadia Rateb partage le même avis
qu’Al-Hariri. Mais elle ajoute : « Nous avons
l’art de façonner des dictateurs à tous les niveaux. Le professeur
obéit à son directeur, ce dernier doit obéissance à ses supérieurs
sans jamais s'opposer, et ainsi de suite. Nous sommes devenus
un peuple qui s'exécute et cette culture est transmise à nos
enfants qui obéissent sans rechigner à leurs professeurs »,
dit-elle. Sous couvert d'anonymat, un autre sociologue s'indigne
de cette situation. « La nouvelle génération n’est
alors qu’un troupeau de mouton qui suit aveuglément son chef.
Et ce, car nous avons toujours eu une politique qui vise à
créer des citoyens passifs, voire soumis ».
Cependant, unlueur
d’espoir semble se dessiner. Le ministère de l’Education a
décidé de lancer une expérience dans le but de réformer éventuellement
le système éducatif, aujourd'hui dominé par le phénomène des
cours particuliers qui ruinent de nombreux parents (15 milliards
de L.E. sont dépensées annuellement par les familles sur l’éducation),
et le système déficient de la Sanawiya amma (baccalauréat).
Cette expérience sera menée sur 30 % des élèves du cycle
primaire. Cela consiste à prendre en compte le contrôle continu,
et pas seulement les examens de fin d'année. Il s'agit d'éviter
aux élèves le stress des examens et de leur offrir plus de
temps pour développer leurs compétences quelles qu'elles soient.
Même celles de penser et d'analyser par eux-mêmes.
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Dina Darwich |
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