Je te
recommande de mettre la coupe de ton vin entre les mains
de ton amant. L'être prend à boire un pur élixir quand
il possède le calice de l'amour. Tout est félicité.
Il jouit alors d'un immense royaume quand l'arbre de
ton amour penche, offrant ses fruits.
N'offre
pas tes richesses à pleins paniers.
La tendresse
se raffine doucement. Lutte. Epure-toi.
Ouvre l'œil,
de ton cœur et ferme tes paupières.
Dans le
noir, tu te verras au firmament. Dévoile ton secret.
Allume
les chandelles de ton âme. Ecoute la musique de ton
corps. Hume-le avec ton cœur.
Il viendra
à toi, s'égarera dans la mer abyssale des yeux du cœur.
Déchaîne sa passion par l'effervescence du désir.
Connais
avec tes sens. Ce sont les diamants du corps. Ils ne
mentent ni n'accueillent le mensonge. Les examinent,
l'œil découvre l'œil et le traverse, la langue ne perd
pas le sens, elle goûte et salive. Dans le corps de
l'amant, tu seras transfigurée.
Que ton
for intérieur soit vaste, illimité, pour accueillir
et choisir, effacer et garder.
Crois fermement
que tu as plus d'une image et plus d'un nom.
Un instant
où la chambre s'assombrit.
Ton âme
s'éclaire, une bougie dans un recoin éloigné.
Prépare
ton être par un palabre de tendresse. Abonde en attouchement,
tu atteindras l'inatteignable. Que tes rites te soient
uniques, fruit de ton instinct et nous surfaits. Cache
ton corps.
Dévoile
graduellement. L'amusant demeure l'otage des voiles.
Car le corps est paradis. Les esprits n'y accèdent que
par degrés et non sans peine.
Crée en
toi ton paradis. Que la voûte du ciel soit ta coupole
de prière. Dans sa direction se joue le sort de l'amant.
Veille
à créer chez ton Aimé l'étonnement d'une découverte
qui n'a ni limite ni fin. La femme est un continent
qu'on ne finit pas d'explorer. Ses secrets sont innombrables,
ses trésors infinis. Et l'amant reste pris tant qu'il
est ébloui, jusqu'au dernier souffle.
Tu te dois
de comprendre la mission de ton âme.
Elle est
de t'engager dans la voie de l'amant.
Ne restreins
pas l'espace. Tu es dépositaire de ce qui comble tous
les besoins. Ne permets pas qu'il jouisse hors de toi ;
même en imaginaire. Fais-le goûter au plaisir de l'ivresse
et de l'agrément. Endoloris tous ses membres, sauf son
cœur, qui est en vérité prostré, prosterné avec toi.
Habite
l'amant en tout être. L'Etat d'amour est une porte par
laquelle on entre sans frapper. Un destin implacable
déjà tracé. Ouvert. Néanmoins la communion peut tarder.
Que tout
soit tempéré. N'éteins jamais ta flamme. Car l'Aimé
dirige ses pas vers la maison de celui qui l'aime jusqu'à
la fin des temps. Que ton feu soit ardent en toute saison.
Sinon l'apocalypse.
Baisse
le regard.
« Ne
lève pas tes yeux ... »
Quand ton
âme est prête, que tu atteins le Degré Ultime, que le
monde s'abstrait de vous, qu'il ne reste que vos souffles,
tue ton âme pour survivre, et lâche ta rivière dans
ton désert. Ta lune s'éclairera.
Ne déserte
pas ton amant. Sauf s'il commet le péché capital.
Pour ne
pas t'épuiser. Nombre de femmes ont péri avant toi.
Chaarani a dit : « Et ce que signifie :
Je juge qu'il a commis un péché capital : c'est
de le savoir, ne serait-ce par un signe. Il n'est pas
exigé que le déserté voie le pécheur commettre son péché
pour que la désertion soit légitime. Et pour cela, mon
Maître Ali Al-Khawas (Qu'il soit agréé par Dieu) a dit :
La condition de légitimé de la désertion est la connaissance
par le déserteur du péché commis pas le déserté, avec
certitude et non sur la foi d'un doute ou d'une présomption.
Tu ne peux déserter sans preuve ni certitude ».
Que ton
secret soit égal à tes mots. Que la sincérité règne.
C'est la vertu des Messagers et des prophètes, des anges
et des gens de bien. Deuxième échelon de la Prophétie.
« Ceux-là sont avec ceux qui ont reçu la grâce
de Dieu parmi les prophètes, les justes et les saints
martyrs », C'est dans ta vérité que tu t'élèves,
que tu atteins, et que tu vis dans la jouissance extrême
jusqu'à la fin des temps. Car le corps ne peut aimer — jamais — que
par l'amour du cœur, le jet de l'âme, et le consentement
de l'esprit.
Sois honnête
avec lui quarante nuits et quarante matins. Prends le
gouvernail de la langue et dirige.
Que les
rênes soient dans tes mains. « Les sources de
la sagesse jaillissent de ton cœur vers la langue ».
Libère
avec ta langue l'esprit de ton amant, de toutes ses
impuretés. Pour qu'il s'élève par toi d'âme et de corps.
Un instant avec toi a la valeur d'une vie. Et plus encore.
Ta saveur délicieuse conduit à la pérennité et à la
communion. Car l'âme n'aspire qu'à ce qu'elle désire,
celui de qui elle jouit et en qui elle se repose.
Garde-toi
de t'asseoir sur le tapis de la fin et de t'en satisfaire.
Point de finitude dans la passion. Chaque aboutissement
ouvre un cycle nouveau. Et la finale du début n'en est
pas sa dernière. Et l'eau de la femme court dans une
mer dont les eaux ne s'épuisent jamais.
Prends
soin de laisser l'eau irriguer ton herbage. Il y a là
jouissance et plaisir pour toi et pour l'amant.
Les herbes
intimes excitent le sens dès que le regard les caresse
et qu'elles permettent d'entrer sans frapper. Elles
s'agrippent au pénis lui donnant vie, font le zikr
en enlaçant la tige, batifolent dans le noir lumineux.
Tu ne sais
plus alors qui tu es, dans quel lieu en quel temps.
Ta langue se perd et tu crées une langue nouvelle dont
tu ignorais l'alphabet, enfantée de l'Etat amoureux,
vivifiée par le Moment mystique.
Puis tu
commences ton ascension.
Quant ta
nuit aura atteint sa complétude, que ta lune sera mûre
que tu seras au nombre des élus, offre sans réserve
ta lune à ton amant. La passion ne se perd, l'âme ne
se corrompt que par des calculs ésotériques sans lien
avec le cœur. Alors laisse aller ton cheval au galop
dans l'arène de l'amour. Fais l'amour avec l'amour.
C'est un remède efficace. Une vieille recette bénie.
Aucun amour ne lève s'il n'a pour essence le cœur.
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