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Palestine . Le premier ministre, Ahmad Qoreï, a achevé la formation d'un gouvernement dominé par le Fatah, le mouvement du président Yasser Arafat. Diverses composantes y sont représentées.
Qoreï forme un gouvernement d'ouverture

Le premier ministre palestinien désigné, Ahmad Qoreï, mettait lundi la dernière main sur la formation de son gouvernement et pourrait le présenter ce jeudi, 2 octobre, devant le Parlement palestinien. Le comité central du Fatah, principale composante de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), a en effet entériné samedi une liste de 24 ministres, dont une dizaine avaient servi dans les gouvernements formés depuis la mise en place de l'Autorité palestinienne du dirigeant Yasser Arafat en 1994.

Le leader palestinien, qu'Israël essaie depuis deux ans de mettre sur la touche, devrait disposer dans le nouveau cabinet d'une influence importante, alors que le cabinet sortant de Mahmoud Abbass (alias Abou-Mazen) avait, lui, tenté de lui disputer son pouvoir sur les questions sécuritaires. Le portefeuille-clé de l'Intérieur a ainsi été confié à Nasser Youssef, un général jadis proche de M. Arafat et membre du Fatah. M. Youssef devait encore fixer avec MM. Qoreï et Arafat ses prérogatives exactes. En revanche, le ministre sortant délégué aux Affaires de sécurité, Mohamad Dahlane, qui était en conflit avec M. Arafat, ne fait pas partie du nouveau gouvernement, et son poste a même été supprimé.

Pour éviter toute friction entre MM. Qoreï et Arafat sur le contrôle de l'appareil sécuritaire comme ce fut le cas avec M. Abbass, l'Autorité palestinienne a crée un Conseil national chargé de superviser les divers services de sécurité et au sein duquel siègent les deux hommes. Cette formule est toutefois peu susceptible de satisfaire Israël et les Etats-Unis, qui cherchent à mettre sur la touche M. Arafat, considéré comme « un obstacle à la paix ». Israël et les Etats-Unis veulent que M. Qoreï, considéré comme un proche de M. Arafat, fasse de la lutte contre les mouvements radicaux sa priorité.

Selon un haut responsable de l'OLP, Hani Al-Hassan, le cabinet comptera « douze nouveaux visages » et, bien qu'il soit dominé par le Fatah avec 15 membres, les autres factions y auront « une bonne représentation ». L'ancien ministre chargé des négociations Saëb Eraqat, le ministre sortant des Affaires étrangères Nabil Chaath, et des Finances Salam Fayad, figurent dans le nouveau cabinet. Le ministre sortant des Affaires de cabinet, Yasser Abd Rabbo, doit retrouver son ancien portefeuille de l'Information, selon des membres du Fatah.

Soucieux d'élargir la base de son gouvernement, M. Qoreï, alias Abou-Alaa, devrait nommer pour la première fois un ministre du Front Démocratique de la Libération de la Palestine (FDLP), pourtant opposé aux accords d'Oslo sur l'autonomie palestinienne. D'autres formations de l'OLP, comme le Parti du peuple (ex-communiste), le mouvement Fida, et le Front de lutte populaire, seront également représentées. M. Qoreï devrait également injecter du sang neuf dans l'exécutif palestinien en faisant appel à de jeunes députés du Fatah au Conseil législatif palestinien, notamment Kaddoura Farès, Hatem Abdel-Qader et Dalal Salamah.

M. Qoreï, 66 ans, a affirmé que son gouvernement s'efforcerait de « préserver l'unité nationale » et d'appliquer « les engagements » pris dans le cadre du processus de paix. Il a proposé un cessez-le-feu israélo-palestinien, mais s'est heurté à une fin de non-recevoir du gouvernement d'Ariel Sharon qui exige avant toute chose le démantèlement de ce qu'il appelle les « infrastructures terroristes » par l'Autorité palestinienne, et la mise à l'écart de M. Arafat.


Appel du Quartette

Ce blocage politique entre Palestiniens et Israéliens a incité le Quartette international sur le Proche-Orient (Etats-Unis, Russie, Onu, Union européenne) à lancer vendredi dernier un appel pressant aux Israéliens et aux Palestiniens pour relancer un processus de paix, aujourd'hui moribond. Le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, a souhaité, à la fin de la rencontre, des « mesures audacieuses » pour relancer un « fragile processus de paix en panne ». Les responsables de ce groupe ont, dans une déclaration commune, souligné que « chaque partie devait faire plus pour répondre immédiatement et simultanément aux inquiétudes exprimées par l'autre partie ».

Réuni à New York en marge de l'Assemblée générale de l'Onu, le Quartette a demandé aux Palestiniens de « prendre des mesures immédiates et décisives contre les individus et les groupes se livrant à des attaques violentes ». La déclaration appelle parallèlement Israël à « arrêter ses activités de colonisation », comme le prévoit la Feuille de route, le plan de paix international pour le conflit israélo-palestinien. Le groupe a réaffirmé son attachement à ce plan, qui prévoit la création par étapes d'un Etat palestinien en 2005, et demandé aux deux camps d'œuvrer à sa « mise en œuvre rapide ».

Le Quartette a déclaré également « reconnaître le droit légitime d'Israël à se défendre face aux attaques terroristes visant ses citoyens », en lui demandant cependant « de faire le maximum d'efforts pour éviter les pertes civiles ». Cette déclaration a été mise au point à l'issue d'une rencontre d'un peu plus d'une heure entre M. Annan, le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, son homologue russe Igor Ivanov, Javier Solana, le Haut représentant de l'Union Européenne (UE) pour la politique étrangère, et Franco Frattini, le chef de la diplomatie italienne qui préside actuellement l'Union européenne.

M. Annan a par la suite, en s'exprimant en son nom propre, déclaré que « des mesures audacieuses, dans la ligne de la Feuille de route, semblent désormais nécessaires. Les petits pas n'ont pas marché. Il est peu probable qu'ils marchent dans l'avenir ». Il a souhaité que ces mesures, qu'il n'a pas détaillées, concernent « les besoins essentiels » des deux parties — « sécurité pour les Israéliens et fin de l'occupation pour les Palestiniens ». « De même, il n'est possible de sortir de la dangereuse impasse actuelle que par un regain d'implication internationale », a-t-il encore dit. Mais, aucun des responsables présents n'a annoncé d'initiative internationale majeure pour relancer la Feuille de route.

Selon la déclaration, le groupe a l'intention de se réunir avec les mêmes participants d'ici à la fin de l'année, et M. Powell a reconnu la nécessité d'envoyer plus souvent des émissaires internationaux dans la région. Cette réunion du Quartette était la première à se tenir au niveau des « principaux » — ministres des Affaires étrangères ou l’équivalent dans le jargon diplomatique — depuis le mois de juin.

Hicham Mourad
 

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