Al-Ahram
Hebdo : Vous avez accompagné le président Hosni Moubarak
lors de sa visite en France et en Italie il y a quelques jours.
Quel était le but de ces visites et quels en ont été les résultats ?
Ahmad
Maher : Nous sommes en contact avec tous les pays d'Europe.
Le président a pris l'habitude de se concerter avec les présidents
européens. C'est pourquoi sa visite en Italie, qui assure
la présidence tournante de l'Union européenne, et en France,
est intervenue à un moment délicat où toute la région du Proche-Orient
traverse une situation difficile. Qu'il s'agisse de l'Iraq
ou des Palestiniens, qui font l'objet d'une escalade des agressions
israéliennes.
Etant donné les obstacles qui se dressent
sur le chemin de l'application de la Feuille de route, l'Egypte,
soutenue par l'Europe, appelle toutes les parties à arrêter
la spirale de la violence. Il est tout à fait clair que les
Palestiniens déploient un énorme effort pour mettre en œuvre
tous les engagements dont ils avaient convenu. Et cela au
moment où Israël se dérobe à ses engagements et fait tout
pour empêcher les Palestiniens de remplir leurs propres engagements.
Ceci à travers des opérations provocatrices qui aboutissent
à des réactions de violence palestiniennes.
La rencontre au sommet entre les présidents
Moubarak et Jacques Chirac a pris une grande importance vu
les circonstances difficiles que traverse le Proche-Orient.
Les deux dirigeants étaient motivés par une ferme volonté
de trouver un remède à ces situations qui se détériorent.
Le but étant de relancer l'application de la Feuille de route,
qui est un premier pas pour mettre un terme à l’hémorragie
humaine et matérielle dans les territoires palestiniens.
Par ailleurs, en Italie, nous avons ressenti
une compréhension totale de la position égyptienne, une volonté
d'apporter une aide pour régler les problèmes.
— Qu'en est-il des relations
économiques de l'Egypte avec l'Italie et la France ?
— En Italie, nous avons ressenti un vrai désir de la
part des investisseurs italiens de découvrir les opportunités
d'investissement en Egypte. D'ailleurs, une délégation de
l'Union des industries italiennes se rendra prochainement
en Egypte pour visiter la zone franche de Suez et les possibilités
d'investissement pour les compagnies italiennes dans cette
région ainsi que dans d'autres. Ces sociétés étudient également
la possibilité de conclure des opérations conjointes d'investissement.
Pour ce
qui est de la France, l'échange commercial va bon train. Il
emprunte sa voie habituelle mais de
manière plus soutenue. L'Egypte est tout à fait disposée à
acheter des avions français pour renouveler la flotte d'EgyptAir.
Il y a également des projets d'investissements dans le domaine
du gaz naturel. Nous
ajoutons que les deux pays sont animés par la volonté de faire
évoluer les relations bilatérales économiques et commerciales.
C'est dans cet esprit que le président Moubarak a invité le
président Chirac à se rendre en Egypte à la fin de l'année
pour inaugurer officiellement l'Université française d'Egypte.
— Cette université manque de
fonds, semble-t-il, pour bien fonctionner ...
— En réalité, l'université fonctionne avec efficacité.
Sa direction a prouvé qu'elle était capable d'offrir un service
pédagogique de qualité. Mais l'université a toujours besoin
d'une aide du secteur privé, et il faut qu'elle soit inaugurée
officiellement à un niveau égyptien et français très élevé,
et ce afin que les investisseurs aient une idée plus précise
de l'université. La création de cette université est une manière
d'affermir les relations franco-égyptiennes.
— Le processus de paix au Proche-Orient
se trouve dans une impasse totale. Comment s'en sortir ?
— Le gouvernement israélien n'a pas adopté les mesures
susceptibles de faire avancer le processus de paix. Nous sommes
désolés qu'Israël trouve toujours des prétextes pour aggraver
la situation, bien que le chemin de la paix soit aussi salutaire
pour le peuple israélien que pour le peuple palestinien. La
décision d'expulser Yasser Arafat a compliqué une situation
déjà tendue. Le président Moubarak avait déjà exprimé son
rejet de cette décision israélienne, car elle risque de provoquer
un enlisement encore plus profond du processus de paix.
— Et si Israël exécutait l'ordre
d’expulsion du président Yasser Arafat ?
— L'exécution d'un tel ordre serait un échec non seulement
pour les espoirs de paix, mais aussi pour toute la communauté
internationale qui avait exprimé son refus de l'expulsion
de Yasser Arafat. Mais Israël a mené il y a quelque temps
une campagne organisée contre le président Yasser Arafat en
essayant de lui faire porter la responsabilité des obstacles
qui entravent l'avancée du processus de paix, dont l'impasse
actuelle tient aux actes d'Israël.
— L'Iraq se trouve dans un état
de désordre et d'insécurité total. Quelle solution préconisez-vous ?
— L'Iraq se trouve aujourd'hui dans une impasse, en raison
de l'occupation étrangère. Un état d'anarchie règne dans le
pays ce qui a favorisé l'infiltration d'éléments indésirables
pour y mener des opérations de violence. La complexité de
la situation en Iraq rend de plus en plus urgente une action
concertée de la communauté internationale. Le but étant de
parvenir à un accord sur les moyens de mettre fin à l'occupation
et de rendre à l'Iraq son droit naturel à la souveraineté
totale sur son territoire. C'est le but des discussions qui
se déroulent actuellement au Conseil de sécurité des Nations-Unies.
D'ailleurs, l'Egypte va présenter ses propres idées pour aider
l'Iraq à sortir de cette situation.
L'Egypte pense qu'il
faut se mettre d'accord sur un calendrier rapide de remise
du pouvoir aux Iraqiens. Car nous devons redonner espoir à
ces derniers et leur assurer que la situation actuelle est
temporaire. La plupart des pays du monde s'accordent à dire
que les Iraqiens ont droit à l'autodétermination et qu'il
faut rendre à l'Iraq ce qui est à l'Iraq dans les plus brefs
délais.
L'Egypte et la France sont particulièrement
d'accord sur la nécessité de remettre au peuple iraqien le
droit de gérer ses propres affaires. Cependant, il faut une
harmonie dans les opinions et les positions, quant aux moyens
de parvenir à cette fin.
— Mais les Etats-Unis, puissance
occupante, s'opposent à une remise rapide du pouvoir au peuple
iraqien ...
— Le statu quo en Iraq implique de lui apporter
un remède sérieux. Il est indispensable que les Nations-Unies
jouent un rôle primordial en Iraq pour asseoir la sécurité.
Il faut livrer le pouvoir rapidement au peuple pour qu'il
soit totalement souverain sur fond d'intégrité territoriale.
Il est nécessaire également de trouver un remède aux situations
difficiles que traverse le pays en éradiquant les racines
du mal. Les positions françaises et égyptiennes sont très
proches sur ces dossiers.
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