Les
donateurs font souvent des promesses mirobolantes,
qui mettent du temps à parvenir sur le terrain.
Il faut compter des mois, voire des années, avant
que les fonds ne soient versés, et encore, lorsqu'ils
arrivent. En marge des réunions du Fonds Monétaire
International (FMI) et de la Banque mondiale à
Doubaï, le 22 septembre dernier, le ministre iraqien
du Plan, Mahdi Al-Hafez, a avancé le chiffre de
100 milliards de dollars pour les besoins de la
reconstruction. De son côté, le ministre des Finances,
Kamel Al-Kilani, espère « que l’aide accordée
à l'Iraq sera de 70,75 et même 65 milliards de
dollars sur la période 2004/2007. Cela dépendra
des négociations », souligne-t-il, évoquant
la prochaine conférence des donateurs, prévue
les 23 et 24 octobre prochain à Madrid.
Parmi
les pays qui participeront à cette conférence
se trouvent l’Allemagne, qui vient de donner son
accord le 28 septembre dernier, le Portugal, la
Turquie, la Slovaquie, l'Ukraine, le Canada et
les Pays-Bas. Le président du Conseil international
pour la coordination, Mareq Belka, a demandé aux
pays arabes de « rejoindre »
les pays donateurs et a précisé que le Koweït
et les Emirats arabes unis ont été contactés.
Seule l'Arabie saoudite a refusé d’y participer.
Le
pays, dont l’économie a été ravagée par la guerre,
appelle à une assistance internationale afin de
pouvoir reconstruire ses secteurs dévastés. Tout
dépendra des négociations. Le ministre des Finances
Kilani et celui du Plan Hafez, ainsi que le gouverneur
de la Banque Centrale, Sinan Al-Chebibi, conduiront
la délégation iraqienne aux réunions, proposant
un ensemble de réformes économiques d’inspiration
libérale et visant à attirer les investisseurs
étrangers.
Le
FMI et la Banque mondiale refusent de révéler
le montant des aides qu'ils sont prêts à octroyer
au pays, avant la conférence de Madrid. George
Bush a évoqué le chiffre de 50 à 75 milliards
de dollars jusqu'à 2007, alors que l'Union européenne
a annoncé dimanche dernier qu'elle accorderait
250 millions d'euros pour l'année 2004. De même,
les Nations-Unies ont limité l’assistance financière
accordée à l’Iraq à un montant dérisoire de cinq
milliards de dollars, alors que selon les estimations,
l'Iraq aurait besoin de 20 milliards de dollars
pour financer son budget 2004..
« Les
recettes espérées peuvent atteindre au maximum
15 milliards de dollars, notamment grâce à la
vente du pétrole, ce qui laisse un écart de cinq
milliards de dollars qui peut être comblé grâce
à l'aide internationale », a affirmé
M. Lopez Da Silva, coordonateur de l'action humanitaire
de l'Onu en Iraq.
« A
quel point est-il réaliste d'espérer une aide
de cinq milliards de dollars, nous l’attendons
pour octobre », durant cette conférence,
a-t-il souligné. Selon lui, même si cette somme
est versée, les fonds ne serviront qu'à « des
rafistolages ici ou là », car une refonte
totale des secteurs en mauvais état, comme l'énergie
ou l'agriculture, devrait coûter dans les 5O milliards
de dollars. « Si vous voulez faire un
vrai bond en avant, il faut être bien plus ambitieux
que ce qui est prévu dans le budget actuel »,
a souligné Lopez.
Quant
au président de la Banque mondiale, James Wolfensohn,
il a qualifié de « chiffre plutôt élevé »
les 50 à 70 milliards de dollars proposés dimanche
dernier par le président américain. « Quels
seront les termes et les conditions d'un nouveau
fonds ? Quelle sera l'autorité chargée de
dépenser des nouveaux fonds ? »,
s'est-il interrogé. Selon lui, la priorité va
aussi à un accord sur la dette iraqienne, pour
laquelle « il faut savoir si la part annulée
est aussi importante que les nouveaux financements ».
C'est
le Conseil pour la coordination internationale,
qui regroupe le FMI, la Banque mondiale, les Nations-Unies
et les pays donateurs qui sera chargé de gérer
le fonds. « Nous allons présenter une
liste des priorités. D'ici la fin septembre, nous
fournirons la liste des projets nécessitant un
financement et leur coût », a déclaré
Mareq Belka.
Mais
il semble que les donateurs souhaitent prendre
part à la reconstruction dans les projets de court
terme uniquement, ignorant les projets à long
terme. Ces derniers, dans la hâte, répètent les
mêmes erreurs qu'en Bosnie, au Kosovo et plus
récemment en Afghanistan.
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