| Le
budget iraqien pour l'exercice 2004, qui s'élève
selon les estimations à 13 ou 14 milliards de
dollars, dépendra essentiellement de l'aide extérieure.
La reconstruction du pays, elle, repose en grande
partie sur les recettes pétrolières. « Pour
le moment, les revenus issus du pétrole ne seront
pas suffisants pour financer le budget, nous avons
besoin de financements extérieurs sous forme d'aides,
notamment des Etats-Unis, des institutions financières
internationales et des ONG », explique
le ministre iraqien des Finances, Kamal Al-Kilani.
En effet, le coût estimé de la remise en état
de l'économie iraqienne s'élève à environ 20 milliards
de dollars, alors que la production de pétrole,
principale source de revenu du pays, est toujours
fluctuante. Les recettes espérées peuvent atteindre
au maximum 15 milliards de dollars par an, notamment
grâce à la vente de pétrole, ce qui laisse un
écart de cinq milliards de dollars qui pourrait
être comblé par l'aide internationale. En tout
cas, l'Iraq ne peut qu'espérer obtenir les 5 milliards
de dollars lors de la prochaine conférence des
donateurs qui aura lieu à Madrid à la fin du mois
d'octobre.
A
l'heure actuelle, l'Iraq produit 1,5 million de
barils par jours (mbj). Quant aux exportations,
elles ont atteint, fin août 900 000 barils
par jour, selon Mohammad Al-Jibouri, directeur
général de la société publique iraqienne State
Oil Marketing Organisation (SOMO), chargée
de la commercialisation du pétrole du pays. Des
chiffres modestes à comparer avec les ressources
du pays. L'Iraq détient en effet 11 % des
réserves prouvées de brut dans le monde, soit
112 milliards de barils. Il est en deuxième position,
après l’Arabie saoudite dont les réserves s'élèvent
à 245 milliards de barils. Avant la guerre, l'Iraq
produisait 2,8 mbj. En février 2003, 500 000
b/j étaient réservés au marché national, et le
reste était exporté, alors qu'en 1990, le pays,
exportait 3,14 mbj. « L'objectif est de
parvenir à exporter vers la fin du premier trimestre
2004, 2 mbj, sur une production de 3 mbj »,
a déclaré Chamkhi Houait Faraj, membre de la délégation
iraqienne à l'Organisation des Pays Exportateurs
de Pétrole (OPEP). Soit le double de la production
actuelle ... Dans quelle mesure est-ce
réalisable ? Il ne faut pas négliger la nécessité
de la remise en état du secteur pétrolier, mis
à mal par la guerre et par 13 ans d'embargo international.
La remise en état de l'industrie pétrolière et
gazière nécessite en effet des investissements
s'élevant à 1,6 milliard de dollars.
L'état
de l'industrie pétrolière et gazière iraqienne
s'aggrave avec la persistance des actes de sabotage
et de pillage attribués à des loyalistes de Saddam
Hussein ou à des bandes criminelles. Le brut issu
des gisements de Kirkouk au nord de l'Iraq n'est
pas écoulé sur le marché international, en raison
d'actes de sabotage à répétition (quatre en un
mois) sur l'oléoduc. En conséquence, les exportations
iraqiennes ont été réduites d'environ un tiers,
se montant à 700 000 barils par jour, à partir
de Bassora, dans le sud. « Les dégâts
sur l'oléoduc nous font perdre sept millions de
dollars par jour », a dit l'administrateur
en chef américain, Paul Bremer. La production
a été par ailleurs irrégulière en raison de coupures
de courant et des difficultés rencontrées dans
les opérations de raffinage. Outre les dégâts
causés par le sabotage d’oléoduc, il y a le trafic
de pétrole iraqien dont quelque 2 500 tonnes
ont été saisies en un seul jour, le mois dernier,
à bord de deux navires dans le nord du Golfe.
Un trafic qui ne fait qu'aggraver un peu plus
la pénurie de pétrole.
L'Iraq
a signé début août des contrats d'exportation
de pétrole avec 12 compagnies étrangères, dont
des grandes compagnies pétrolières. Les contrats
concernent les Américaines ExxonMobil,
ChevronTexaco, ConocoPhilipps, Marathon
et Valero Energy, les Européennes Shell,
BP, Total, Repsol YPF, le
Chinois Sinochem, le courtier suisse Vitol,
et le Japonais Mitsubishi. Les exportations
concernent actuellement le pétrole produit dans
les champs du sud. |
Si
les forces de coalition réussissent à rétablir
la sécurité dans le pays, et que le scénario américain
est mis en œuvre, cela conduirait à l'effondrement
du cours du brut. Ce plan prévoit en effet le
lancement de nouvelles prospections pétrolières
et l’augmentation rapide de la capacité de production
afin d’inonder le marché mondial le plus vite
possible. Le cours pourrait ainsi passer sous
le seuil des 15 dollars le baril, alors qu'à la
veille de la guerre, il s'établissait autour de
30 dollars. Aujourd’hui, il oscille entre 22 à
28 dollars le baril. Pour le moment, ce scénario-là
semble écarté, à en croire les dernières déclarations
du ministre iraqien du Pétrole, Ibrahim Al-Ouloum.
Ce dernier a déclaré à Vienne devant l'Opep, que
son pays resterait au sein de l'organisation,
et qu'il respecterait le système de quotas de
production du cartel.
De
nombreux analystes estiment qu’un recours à de
nouvelles technologies d’exploration permettrait
de doubler les réserves iraqiennes, qui pourraient
se rapprocher du montant des réserves saoudiennes.
Certes, ce qui permet à l’Arabie saoudite de tenir
son rôle-clé au sein de l’Opep est plus sa production
que ses réserves : plus de 10 millions de
barils produits par jour (mbj). Or, la capacité
de production de l'Iraq n’a jamais dépassé 3,8
mbj. Mais, Bagdad pourrait augmenter sa capacité
d’au moins 2 mbj en trois ans, pour atteindre
6 mbj en 2010, surtout si le nouveau régime décidait
de privatiser les champs pétrolifères, les confiant
à des multinationales dotées de la technologie
et des capitaux nécessaires pour procéder à une
augmentation de la production. Mais les responsables
en Iraq ont affirmé à plusieurs reprises que le
secteur pétrolier, contrairement aux autres secteurs,
ne pourrait en aucun cas être privatisé. En revanche,
le secteur de la distribution doit être « entièrement
privatisé », selon Thamer Ghadbane, responsable
au sein du ministère du Pétrole iraqien, ajoutant
que des raffineries seraient construites pour
remplacer celles devenues trop vieilles. |