Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'enquête

 

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Les analyses
de Heykal
Portrait
Littérature
Livres
Arts
Société
Sport
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Iraq . La nouvelle économie du pays est en train de se dessiner : un système d'inspiration américaine, libéral et ouvert aux investissements étrangers. Ce système s'appuiera toutefois sur les institutions déjà existantes. Explications.
Tempête libérale sur Bagdad

Le ministre iraqien des Finances, Kamel Al-Kilani, a dessiné à Doubaï lors des réunions du Fonds Monétaire International (FMI), les réformes économiques qui sont en cours. « Ces réformes vont faire progresser de façon significative les efforts pour construire une économie de marché libre et ouverte, promouvoir la croissance économique future de l'Iraq, accélérer le retour du pays dans l'économie internationale », a-t-il affirmé. Deux mots-clés à retenir : libre et ouverte.

Le gouvernement iraqien a bien montré qu'il s'agit d'une économie qui se base sur l'entreprise privée. Pour cette fin, le secteur public, sauf le secteur pétrolier, sera privatisé. Les nouvelles lois permettront des investissements privés à 100 % dans tous les secteurs, à l'exception des ressources naturelles. En outre, le ministre iraqien des Finances a annoncé la création d'un taux d'imposition de 15 % sur le revenu et sur les sociétés, à partir du 1er janvier 2004. L'Iraq veut devenir donc une sorte de paradis fiscal dans la région pour promouvoir le secteur privé et pour attirer les investissements. Il convient de mentionner que ce taux annoncé sera un des plus bas dans la région (en Egypte, il est de 40 %).

Le ministre iraqien a en plus précisé que les taux des tarifs douaniers sur les importations serait de 5 %, à l'exception faite de produits de base comme la nourriture, les médicaments, les vêtements ou les livres, qui seront exemptés. Ici aussi, l'Iraq fournit un des taux les plus bas dans la région. Les finances publiques de l'Etat iraqien peuvent supporter ce taux bas des taxes douanières puisque le pays mise sur une augmentation rapide de ses revenus issus du pétrole. Reste à voir si les Américains vont réussir à stopper les actes de sabotage qui entravent la croissance de la production pétrolière. L'administrateur américain pour l'Iraq, Paul Bremer, a annoncé que la production pétrolière avait atteint 1,5 million de barils/jours (mjb) au cours du mois de septembre, contre 1,1 mbj à la fin juillet. Mais cela reste toujours loin du niveau d'avant-guerre (2,5 millions de barils par jour).

Par ailleurs, l'Etat iraqien n'aura aucun monopole sur le secteur bancaire. Bien plus, les nouvelles règles décidées par le gouvernement et ratifiées par l'administrateur américain de l'Iraq autoriseront les banques étrangères à ouvrir en Iraq des filiales ou des bureaux de représentation, ou à former des entreprises communes avec des banques locales. Dans les cinq prochaines années, six banques étrangères seront autorisées à racheter jusqu'à 100 % des banques locales. Au-delà de cette période, il n'y aura plus de limite à l'entrée de banques étrangères.


Créer un cadre institutionnel

L'enjeu de la reconstruction de l'économie iraqienne ne se limite pas à garantir les quelques 70 ou 100 milliards de US$ nécessaires au financement de la reconstruction. Il s'agit également de réformer des institutions existantes et également de créer de nouvelles institutions. Ici, trois acteurs internationaux sont en place : La Banque mondiale (BM), le FMI et les Nations-Unies. Grâce au poids (pour ne pas dire, au contrôle) des Américains dans les deux premières institutions, Washington a garanti la mobilisation de ceux-ci dans la reconstruction de l'Iraq. L'engagement de la BM et du FMI a été clairement confirmé par leurs responsables lors d'une conférence de presse à Doubaï la semaine dernière.

Le rôle de la BM est primordial pour le projet américain en Iraq. Celle-ci a une longue expérience dans la reconstruction des pays dévastés par la guerre. Rappelons que cette institution a été créée après la fin de la deuxième guerre mondiale pour reconstruire l'Europe. La BM peut donc fournir une expertise et non seulement de l'argent. Cette expertise va servir dans la définition des priorités puisque tous les secteurs économiques du pays ont besoin d'un sauvetage. Le directeur de la BM pour l'Iraq, Joseph Saba, a indiqué la semaine dernière que « les besoins urgents sont de réparer les routes, l'eau, l'électricité ». « A plus long terme, il est clair que le problème le plus important est d'établir des institutions en Iraq pour aider l'administration naissante à offrir un développement durable à son peuple », a-t-il ajouté. En effet, la BM prépare actuellement 14 études sur la réhabilitation du pays qui seront présentées lors de la conférence des donateurs qui se tiendra les 23 et 24 en octobre à Madrid.

Les Américains espèrent engager davantage les Nations-Unies dans la création du cadre institutionnel, non seulement pour donner une légitimité au projet américain en Iraq, mais aussi parce que les Nations-Unies ont une expertise dans ce domaine. Ce n'est pas par hasard que les forces qui mènent la guerre contre les Américains en Iraq ont ciblé le siège et les cadres des Nations-Unies en Iraq. Parallèlement à la guerre entre les Américains et les Britanniques d'un côté, et les résidus du régime de Saddam Hussein renforcé par des islamistes armées de l'autre côté, il y a une autre bataille moins bruyante mais aussi féroce qui est « l'invention » des nouvelles institutions, venant soutenir le projet américain pour l'Iraq. Ce projet consiste à instaurer un régime « modéré » (voire pro-américain) et une économie de marché, capable d'imposer tendance américaine dans la région.

Mais il ne faut pas rêver : le nouveau cadre institutionnel iraqien ne sera pas complètement nouveau. Les Américains ne peuvent pas se passer entièrement des anciennes institutions. Deux exemples ont confirmé cela : D'abord, l'administration américaine a eu recours aux structures existantes de la police iraqienne, même si elle contient des éléments baassistes. En outre, sans aucune publicité, il a été convenu de maintenir en place les technocrates actuels du ministère du Pétrole (au lieu d'essayer de purger les Baassistes), et de leur déléguer la plupart des décisions de la politique pétrolière. On va donc laisser aux ingénieurs en place l'essentiel des décisions de production et aux négociateurs habituels le soin de discuter des contrats, puisque ce sont eux qui possèdent l'expérience et les connaissances. C'est ainsi que le cadre institutionnel en Iraq sera le produit de l'interaction entre les institutions déjà présentes dans le pays avant l'occupation, et les nouvelles règles et institutions instaurées par les Américains. Cela déterminera l'avenir du pays.

Samer Soliman
Retour au sommaire
Les derniers jours du « nouveau dinar »

Le 15 octobre, le dinar dit « suisse » sera mis officiellement en circulation pour remplacer celui à l'effigie de Saddam Hussein. En fait, le dinar suisse, appelé ainsi parce qu'il était autrefois imprimé dans ce pays, circulait depuis 1941 et jusqu'à 1991, où il a été remplacé par le « nouveau dinar » ou « dinar de Saddam ». Cependant, il est resté en vigueur jusqu'à aujourd'hui dans les régions kurdes, indépendantes du régime de Saddam Hussein.

Le pouvoir d'achat du dinar suisse serait plus fort puisque un dinar suisse équivaut actuellement à 250 « nouveaux dinars ». Toutefois, les forces d'occupation ont décidé de tripler les salaires moyens des fonctionnaires publics de 50 à 150 dollars. Le cours du dollar n'est pas encore précisé.

Les forces d'occupation avaient quatre options : maintenir le dinar actuel avec la photo de Saddam, revenir au dinar d'avant 1991, utiliser le dollar, ou créer une nouvelle monnaie. Avant l'offensive des forces de la coalition, le dollar s'échangeait à 1 800 nouveaux dinars environ, alors que le dollar s'échange aujourd'hui à 6,3 dinars suisses. Ahmad Al-Joubouri, vice-gouverneur de la Banque Centrale iraqienne, déplore : « Les Américains donnent aujourd'hui les ordres et le nouveau gouvernement iraqien devra régler les questions fiduciaires ». Et d’ajouter que « l'adoption du dinar suisse comme monnaie nationale est la seconde option qui a prévalu ».

Depuis juin dernier, les Iraqiens peinent à échanger leurs dinars de Saddam. Des centaines d'Iraqiens sont obligés d’attendre devant des banques dès 5 heures du matin pour échanger leurs billets de 10 000 nouveaux dinars contre des coupures de 250 dinars, fraîchement sortis des banques. Car depuis la fin de la guerre, changeurs et commerçants refusent ces billets ou les prennent pour une moindre valeur, alors que la plupart des fonctionnaires et des retraités ont reçu leurs salaires ou leurs pensions en billets de 10 000. « Je n'en veux plus », dit un changeur de la rue commerçante Karrada en comptant des liasses de billets de 250 dinars. « Il y a beaucoup de faux ou ils ont été volés dès le début de la guerre », ajoute-t-il.

Selon Majid Taqi, un des directeurs de la Banque iraqienne d'investissement du Moyen-Orient (IMEIB), plus de 17 milliards de nouveaux dinars imprimés, juste avant le début de la guerre, le 20 mars dernier, ont été volés, avant leur distribution, dans les pillages qui ont suivi la chute de Bagdad. Moustapha, qui tient un magasin de confection à côté du bureau de change, tient le même discours. « Je n'en prends plus. Si je veux les changer en dollars, on m'en donne 25 % de sa valeur ».

Par ailleurs, les dinars suisses, sur lesquels figurent des monuments historiques et des sites géographiques, comptent seulement de petites coupures de 0,25 dinar, 0,50 dinar, 1 dinar, 5 dinars et 10 dinars. Ils ne seront pas imprimés en Suisse, comme avant, mais en Grande-Bretagne et en Russie.

Et puisque le dinar suisse sera imprimé à l'étranger, le gouverneur de la Banque Centrale par intérim a ordonné « la fermeture, dans dix jours, de l'imprimerie d'Al-Rafidaïn, qui imprimait les billets de banque de 100 et de 250 dinars », a déclaré Mme Saja Kamal, qui participait à une manifestation contre cette fermeture. Cette mesure engendre le licenciement de 750 employés. A la suite de l'embargo imposé à l'Iraq, Bagdad avait du mal à imprimer ses billets de banque à l'extérieur, les autorités avaient dû imprimer le dinar à l'effigie de Saddam, avec des coupures de 1,5, 10 et 25 dinars, à l'intérieur du pays.

En raison de l'inflation, la Banque Centrale a ensuite introduit les 50 et 100 dinars, puis en 1995, des billets de 250 dinars. En 2002, des billets de 10 000 dinars avaient été mis en circulation. Actuellement, il domine encore les transactions en Iraq. Le pouvoir d'achat de la monnaie de Saddam est faible. Une famille peut à peine vivre avec 4 000 « nouveaux dinars » par jour. Qu'en sera-t-il avec le dinar suisse ? Quoi qu'il en soit, sa valeur dépendra en premier lieu de la performance économique du pays et sa capacité à assimiler la crise.

Dahlia Réda
(Avec Atef Saqr)

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631