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Iraq
. La nouvelle économie du pays est en train de
se dessiner : un système d'inspiration américaine,
libéral et ouvert aux investissements étrangers.
Ce système s'appuiera toutefois sur les institutions
déjà existantes. Explications.
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Tempête
libérale sur Bagdad |
| Le
ministre iraqien des Finances, Kamel Al-Kilani,
a dessiné à Doubaï lors des réunions du Fonds
Monétaire International (FMI), les réformes économiques
qui sont en cours. « Ces réformes vont
faire progresser de façon significative les efforts
pour construire une économie de marché libre et
ouverte, promouvoir la croissance économique future
de l'Iraq, accélérer le retour du pays dans l'économie
internationale », a-t-il affirmé. Deux
mots-clés à retenir : libre et ouverte.
Le
gouvernement iraqien a bien montré qu'il s'agit
d'une économie qui se base sur l'entreprise privée.
Pour cette fin, le secteur public, sauf le secteur
pétrolier, sera privatisé. Les nouvelles lois
permettront des investissements privés à 100 %
dans tous les secteurs, à l'exception des ressources
naturelles. En outre, le ministre iraqien des
Finances a annoncé la création d'un taux d'imposition
de 15 % sur le revenu et sur les sociétés,
à partir du 1er janvier 2004. L'Iraq veut devenir
donc une sorte de paradis fiscal dans la région
pour promouvoir le secteur privé et pour attirer
les investissements. Il convient de mentionner
que ce taux annoncé sera un des plus bas dans
la région (en Egypte, il est de 40 %).
Le
ministre iraqien a en plus précisé que les taux
des tarifs douaniers sur les importations serait
de 5 %, à l'exception faite de produits de
base comme la nourriture, les médicaments, les
vêtements ou les livres, qui seront exemptés.
Ici aussi, l'Iraq fournit un des taux les plus
bas dans la région. Les finances publiques de
l'Etat iraqien peuvent supporter ce taux bas des
taxes douanières puisque le pays mise sur une
augmentation rapide de ses revenus issus du pétrole.
Reste à voir si les Américains vont réussir à
stopper les actes de sabotage qui entravent la
croissance de la production pétrolière. L'administrateur
américain pour l'Iraq, Paul Bremer, a annoncé
que la production pétrolière avait atteint 1,5
million de barils/jours (mjb) au cours du mois
de septembre, contre 1,1 mbj à la fin juillet.
Mais cela reste toujours loin du niveau d'avant-guerre
(2,5 millions de barils par jour).
Par
ailleurs, l'Etat iraqien n'aura aucun monopole
sur le secteur bancaire. Bien plus, les nouvelles
règles décidées par le gouvernement et ratifiées
par l'administrateur américain de l'Iraq autoriseront
les banques étrangères à ouvrir en Iraq des filiales
ou des bureaux de représentation, ou à former
des entreprises communes avec des banques locales.
Dans les cinq prochaines années, six banques étrangères
seront autorisées à racheter jusqu'à 100 %
des banques locales. Au-delà de cette période,
il n'y aura plus de limite à l'entrée de banques
étrangères. |
Créer
un cadre institutionnel
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L'enjeu
de la reconstruction de l'économie iraqienne ne
se limite pas à garantir les quelques 70 ou 100
milliards de US$ nécessaires au financement de
la reconstruction. Il s'agit également de réformer
des institutions existantes et également de créer
de nouvelles institutions. Ici, trois acteurs
internationaux sont en place : La Banque
mondiale (BM), le FMI et les Nations-Unies. Grâce
au poids (pour ne pas dire, au contrôle) des Américains
dans les deux premières institutions, Washington
a garanti la mobilisation de ceux-ci dans la reconstruction
de l'Iraq. L'engagement de la BM et du FMI a été
clairement confirmé par leurs responsables lors
d'une conférence de presse à Doubaï la semaine
dernière.
Le
rôle de la BM est primordial pour le projet américain
en Iraq. Celle-ci a une longue expérience dans
la reconstruction des pays dévastés par la guerre.
Rappelons que cette institution a été créée après
la fin de la deuxième guerre mondiale pour reconstruire
l'Europe. La BM peut donc fournir une expertise
et non seulement de l'argent. Cette expertise
va servir dans la définition des priorités puisque
tous les secteurs économiques du pays ont besoin
d'un sauvetage. Le directeur de la BM pour l'Iraq,
Joseph Saba, a indiqué la semaine dernière que
« les besoins urgents sont de réparer
les routes, l'eau, l'électricité ». « A
plus long terme, il est clair que le problème
le plus important est d'établir des institutions
en Iraq pour aider l'administration naissante
à offrir un développement durable à son peuple »,
a-t-il ajouté. En effet, la BM prépare actuellement
14 études sur la réhabilitation du pays qui seront
présentées lors de la conférence des donateurs
qui se tiendra les 23 et 24 en octobre à Madrid.
Les
Américains espèrent engager davantage les Nations-Unies
dans la création du cadre institutionnel, non
seulement pour donner une légitimité au projet
américain en Iraq, mais aussi parce que les Nations-Unies
ont une expertise dans ce domaine. Ce n'est pas
par hasard que les forces qui mènent la guerre
contre les Américains en Iraq ont ciblé le siège
et les cadres des Nations-Unies en Iraq. Parallèlement
à la guerre entre les Américains et les Britanniques
d'un côté, et les résidus du régime de Saddam
Hussein renforcé par des islamistes armées de
l'autre côté, il y a une autre bataille moins
bruyante mais aussi féroce qui est « l'invention »
des nouvelles institutions, venant soutenir le
projet américain pour l'Iraq. Ce projet consiste
à instaurer un régime « modéré »
(voire pro-américain) et une économie de marché,
capable d'imposer tendance américaine dans la
région.
Mais
il ne faut pas rêver : le nouveau cadre institutionnel
iraqien ne sera pas complètement nouveau. Les
Américains ne peuvent pas se passer entièrement
des anciennes institutions. Deux exemples ont
confirmé cela : D'abord, l'administration
américaine a eu recours aux structures existantes
de la police iraqienne, même si elle contient
des éléments baassistes. En outre, sans
aucune publicité, il a été convenu de maintenir
en place les technocrates actuels du ministère
du Pétrole (au lieu d'essayer de purger les Baassistes),
et de leur déléguer la plupart des décisions de
la politique pétrolière. On va donc laisser aux
ingénieurs en place l'essentiel des décisions
de production et aux négociateurs habituels le
soin de discuter des contrats, puisque ce sont
eux qui possèdent l'expérience et les connaissances.
C'est ainsi que le cadre institutionnel en Iraq
sera le produit de l'interaction entre les institutions
déjà présentes dans le pays avant l'occupation,
et les nouvelles règles et institutions instaurées
par les Américains. Cela déterminera l'avenir
du pays. |
Samer
Soliman |
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Les
derniers jours du « nouveau dinar » |
Le
15 octobre, le dinar dit « suisse »
sera mis officiellement en circulation pour remplacer
celui à l'effigie de Saddam Hussein. En fait,
le dinar suisse, appelé ainsi parce qu'il était
autrefois imprimé dans ce pays, circulait depuis
1941 et jusqu'à 1991, où il a été remplacé par
le « nouveau dinar » ou « dinar
de Saddam ». Cependant, il est resté
en vigueur jusqu'à aujourd'hui dans les régions
kurdes, indépendantes du régime de Saddam Hussein.
Le
pouvoir d'achat du dinar suisse serait plus fort
puisque un dinar suisse équivaut actuellement
à 250 « nouveaux dinars ». Toutefois,
les forces d'occupation ont décidé de tripler
les salaires moyens des fonctionnaires publics
de 50 à 150 dollars. Le cours du dollar n'est
pas encore précisé.
Les
forces d'occupation avaient quatre options :
maintenir le dinar actuel avec la photo de Saddam,
revenir au dinar d'avant 1991, utiliser le dollar,
ou créer une nouvelle monnaie. Avant l'offensive
des forces de la coalition, le dollar s'échangeait
à 1 800 nouveaux dinars environ, alors que
le dollar s'échange aujourd'hui à 6,3 dinars suisses.
Ahmad Al-Joubouri, vice-gouverneur de la Banque
Centrale iraqienne, déplore : « Les
Américains donnent aujourd'hui les ordres et le
nouveau gouvernement iraqien devra régler les
questions fiduciaires ». Et d’ajouter
que « l'adoption du dinar suisse comme
monnaie nationale est la seconde option qui a
prévalu ».
Depuis
juin dernier, les Iraqiens peinent à échanger
leurs dinars de Saddam. Des centaines d'Iraqiens
sont obligés d’attendre devant des banques
dès 5 heures du matin pour échanger leurs billets
de 10 000 nouveaux dinars contre des coupures
de 250 dinars, fraîchement sortis des banques.
Car depuis la fin de la guerre, changeurs et commerçants
refusent ces billets ou les prennent pour une
moindre valeur, alors que la plupart des fonctionnaires
et des retraités ont reçu leurs salaires ou leurs
pensions en billets de 10 000. « Je
n'en veux plus », dit un changeur de
la rue commerçante Karrada en comptant des liasses
de billets de 250 dinars. « Il y a beaucoup
de faux ou ils ont été volés dès le début de la
guerre », ajoute-t-il.
Selon
Majid Taqi, un des directeurs de la Banque iraqienne
d'investissement du Moyen-Orient (IMEIB), plus
de 17 milliards de nouveaux dinars imprimés, juste
avant le début de la guerre, le 20 mars dernier,
ont été volés, avant leur distribution, dans les
pillages qui ont suivi la chute de Bagdad. Moustapha,
qui tient un magasin de confection à côté du bureau
de change, tient le même discours. « Je
n'en prends plus. Si je veux les changer en dollars,
on m'en donne 25 % de sa valeur ».
Par
ailleurs, les dinars suisses, sur lesquels figurent
des monuments historiques et des sites géographiques,
comptent seulement de petites coupures de 0,25
dinar, 0,50 dinar, 1 dinar, 5 dinars et 10 dinars.
Ils ne seront pas imprimés en Suisse, comme avant,
mais en Grande-Bretagne et en Russie.
Et
puisque le dinar suisse sera imprimé à l'étranger,
le gouverneur de la Banque Centrale par intérim
a ordonné « la fermeture, dans dix jours,
de l'imprimerie d'Al-Rafidaïn, qui imprimait les
billets de banque de 100 et de 250 dinars »,
a déclaré Mme Saja Kamal, qui participait à une
manifestation contre cette fermeture. Cette mesure
engendre le licenciement de 750 employés. A la
suite de l'embargo imposé à l'Iraq, Bagdad avait
du mal à imprimer ses billets de banque à l'extérieur,
les autorités avaient dû imprimer le dinar à l'effigie
de Saddam, avec des coupures de 1,5, 10 et 25
dinars, à l'intérieur du pays.
En
raison de l'inflation, la Banque Centrale a ensuite
introduit les 50 et 100 dinars, puis en 1995,
des billets de 250 dinars. En 2002, des billets
de 10 000 dinars avaient été mis en circulation.
Actuellement, il domine encore les transactions
en Iraq. Le pouvoir d'achat de la monnaie de Saddam
est faible. Une famille peut à peine vivre avec
4 000 « nouveaux dinars »
par jour. Qu'en sera-t-il avec le dinar suisse ?
Quoi qu'il en soit, sa valeur dépendra en premier
lieu de la performance économique du pays et sa
capacité à assimiler la crise.
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Dahlia
Réda
(Avec
Atef Saqr)
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