| La
guerre du 6 Octobre ne se résume pas à une simple victoire
éclair. Elle a eu d'importantes répercussions, sur les plans
militaire, économique et stratégique, autant en Egypte que
dans l'ensemble du monde arabe. Même l'image du conflit arabo-israélien
a changé depuis la guerre de 1973. Celle-ci a en effet contribué
à effacer dans les esprits la défaite de 1967, qui a ouvert
la porte à l'expansion d'Israël dans la région. En 1967, Israël
avait réussi à occuper des territoires en Syrie (le Golan),
en Palestine (la Cisjordanie) et en Egypte (le Sinaï). « La
guerre d'Octobre a donc marqué le début du retrait israélien
des territoires arabes. L'Egypte a récupéré ses territoires
dans le Sinaï. Israël s'est ensuite retiré du Sud-Liban. D'autre
part, la guerre a prouvé que la récupération des territoires
occupés ne passait pas uniquement par les moyens militaires,
mais aussi par la diplomatie, car c'est suite aux négociations
qui ont suivi la guerre d'Octobre que l'Egypte a récupéré
la totalité de ses territoires », analyse Qadri Saïd,
directeur de l'Unité militaire au Centre d'Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram.
Effectivement,
la guerre de 1973 a abouti à des négociations et à un traité
de paix. L'OLP est ensuite entrée en Palestine et depuis,
la quête de la paix est devenue la base d'un règlement du
conflit au Proche-Orient. Selon les observateurs, les pays
arabes étaient faibles aux yeux de l'Occident avant la guerre
de 1973. Surtout après la défaite de 1967. Suite à cette défaite,
les Israéliens ont mené des campagnes de propagande selon
lesquelles l'armée israélienne était invincible, diffusant
l'idée que les pays arabes ne pourraient jamais entrer en
guerre contre cette armée. « Bien sûr, la guerre du
6 Octobre a marqué un tournant dans l'histoire non seulement
de l'Egypte, mais aussi dans celle des pays arabes. Israël
a été surpris par cette guerre et a été dans une situation
très difficile. Ce qui l'a poussé à demander l'intervention
des Etats-Unis. Les pays arabes ont repris leur confiance
perdue après la défaite de 1967. La victoire de 1973 a changé
l'image du soldat égyptien face à une armée qui se prend pour
une armée invincible », insiste le général Nabil
Fouad qui commandait la deuxième division d'infanterie.
La
crise pétrolière qui a eu lieu au moment de la guerre d'Octobre
a également marqué durablement la région. Avant cette guerre,
le monde était persuadé que le pétrole était comme l'eau et
le vent, inépuisable. Le baril coûtait alors moins d'un dollar.
La crainte d'une pénurie de pétrole, énergie phare des économies
industrielles, a commencé avec la guerre d'Octobre, même si
le boycott des pays arabes n'était que partiel. Mais cela
a causé une hausse imprévue du prix du baril, représentant
une menace pour l'Occident, et surtout pour les pays européens,
dont 75 % des besoins en pétrole provenaient du Moyen-Orient.
Pour Qadri Saïd, la question de la sécurité a changé à ce
moment-là. « Avant la guerre, ce concept incluait
uniquement le volet militaire, mais après 73, un nouvel aspect
est apparu. Celui de la sécurité économique basée sur le pétrole »,
indique-t-il. L'Opep a été créée suite à cette crise. Des
pays comme les Etats-Unis ont aujourd'hui des réserves stratégiques
en pétrole qui peuvent couvrir leurs besoins pour une période
de 6 mois en cas de crise. « La guerre d'Octobre a
montré que les pays arabes pouvaient constituer une force.
Mais malheureusement, ces derniers n'ont pas assimilé cette
leçon alors que l'Occident et les Etats-Unis se sont rendu
compte de cette force et depuis, les Etats-Unis cherchent
à perturber l'unité arabe. L'Amérique a réussi à réaliser
cet objectif. Ce qui se passe maintenant dans la région comme
la présence des Américains en Iraq et en Afghanistan le prouve »,
estime pour sa part Mohamad Abdel-Gawad, qui était PDG de
l'agence de presse Mena, au moment de la guerre.
Cette
date-clé dans l'histoire égyptienne a également bouleversé
l'économie, inaugurant une politique plus ouverte, plus libérale.
Les pays arabes ont commencé à se tourner vers le bloc occidental
aux dépens de l'Union soviétique et des pays de l'Europe de
l'Est. Ce qui a créé des relations économiques plus ouvertes
avec les Etats-Unis et l'Europe. Ces derniers ont commencé
à investir. « Le monde occidental ne nous aurait pas
fait confiance sur le plan économique si nous n'avions pas
prouvé à travers la guerre qu'on était digne de cette confiance.
Une coopération économique est devenue de plus en plus importante
depuis la guerre d'Octobre », conclut Qadri Saïd.
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