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Frères
musulmans
. Sur fond de climat social tendu, les interpellations de
membres de la confrérie se multiplient. Les Frères s'interrogent
sur la politique de l'Etat à leur égard.
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Arrestations
à répétition
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confrérie des Frères musulmans, officiellement interdite mais
tolérée, est de nouveau l'objet de rafles. Les forces de sécurité
ont arrêté la semaine dernière sept cadres des Frères musulmans
ainsi que le député islamiste Gamal Hechmat, dont le mandat
récemment annulé avait déjà fait couler beaucoup d'encre.
Le Parquet suprême de la sûreté de l'Etat a décidé de prolonger
de 15 jours la détention des membres de la confrérie. Il leur
a adressé une série d'accusations, dont notamment l’appartenance
à un groupe interdit, la tentative de restructurer la confrérie
et de relancer ses activités en mobilisant de nouveaux membres
dans les universités, et en s'infiltrant dans les différentes
institutions de la société civile. D'après les enquêteurs,
les personnes arrêtées s'apprêtaient à organiser des manifestations
dans plusieurs gouvernorats, dénonçant la crise économique
et l'incapacité de l'Etat de remédier à la hausse des prix.
Parallèlement,
un autre cadre important de la confrérie a été arrêté à Alexandrie.
Il s'agit d’Ali Abdel-Fattah, qui préparait l'organisation
d’une série de rencontres populaires dénonçant l'attentat
manqué qui avait pour cible le cheikh Ahmad Yassine, le guide
spirituel du mouvement islamiste palestinien Hamas.
Il préparait aussi des campagnes de sensibilisation sur le
rôle que doivent jouer les musulmans dans le soutien au peuple
palestinien et les moyens de contacter cheikh Yassine. Quelques
jours avant, 11 membres de la confrérie ont été arrêtés dans
le gouvernorat de Ménoufiya, et 9 étudiants appartenant à
la confrérie ont également été arrêtés à l'Université d'Alexandrie.
« Ces
actes sont injustifiés, surtout que la confrérie a retenu
sa colère à la suite des événements dramatiques qui ont eu
lieu en Palestine et en Iraq, et n'a pas voulu organiser des
manifestations pour ne pas mettre le feu aux poudres. Pourquoi
toutes ces rafles ? », s'insurge Gihane Al-Halafawi,
l'épouse d'Ibrahim Al-Zaafarani et secrétaire générale de
l’Ordre des médecins d'Alexandrie, arrêté dernièrement.
Le
guide de la confrérie des Frères musulmans, Maamoun Al-Hodeibi,
critique la politique menée par l'Etat. « La position
de l'Etat à notre égard est vraiment étrange. Notre groupe
est un courant islamiste pacifique. L'importance de l'impact
de la confrérie sur la société est une réalité que personne
ne peut nier, même si l'Etat continue à faire la sourde oreille
et ne veut pas y croire », ajoute Al-Hodeibi.
Si
les campagnes contre les Frères musulmans sont devenues habituelles,
elles reposent pourtant la question de la politique de l'Etat
à l'égard de ce mouvement. L'Etat est-il vraiment déterminé
à liquider la confrérie ou bien s'agit-il de manœuvres politiques ?
Fahmi Howeidi, intellectuel de tendance islamique, qualifie
cette campagne d'arrestations de « préventive ».
« Avec le début de l'année universitaire et l'approche
des élections municipales, il est normal de durcir le ton
avec les Frères et d'adresser ce genre de messages d'avertissement
à ses leaders », analyse Howeidi. Selon lui, l'Etat
n'a pas un problème avec les Frères musulmans, mais avec la
démocratie elle-même. « Le courant islamiste est un
mouvement enraciné dans la société qui jouit d'une vaste popularité.
C'est une réalité connue et admise par l'Etat. La bataille
du gouvernement n'est donc pas dirigée contre l'islam ni les
Frères, mais contre toutes les forces politiques qui risquent
de menacer son existence », ajoute Howeidi.
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Bien implantée
dans la société
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| Pour lui,
le gouvernement ne veut pas liquider la confrérie des Frères
musulmans, car il connaît sa force et son influence sur la société.
De même, la stratégie des Frères qui rejette la violence pratiquée
par les autres groupes radicaux islamistes ne fournit pas de
raison pour mener une politique ferme avec eux, comme c'est
le cas avec les groupes armés. « Ceci nuirait à l'image
de l'Etat qui serait ainsi accusé de faire la guerre contre
l'islam. Ce qui augmentera la popularité des Frères qui paraîtraient
comme des victimes », estime Fahmi Howeidi.
Pour
sa part, Diaa Rachwan, chercheur au Centre d’Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram, explique que depuis
sa fondation en 1928 par Hassan Al-Banna, les relations de
la confrérie avec l'Etat ont toujours vacillé entre tolérance
et intransigeance, selon les circonstances et l'ampleur de
ses activités. Il ajoute que la confrérie s'est basée depuis
sa création sur des motifs politiques. Au début, elle avait
pour but de lutter contre l'occupation britannique et de fonder
un Etat qui s'appuie sur la charia. Alliés des Officiers Libres
dans le déclenchement de la Révolution en 1952, ils ont été
durement réprimés par Nasser entre 1954 et 1965. Au cours
des années 1970, Sadate donne plus de liberté à la confrérie
et tolère ses activités. Ce qui aboutit à une intégration
massive des Frères musulmans au travail politique, notamment
au sein des syndicats et au Parlement en s'alliant avec d'autres
partis politiques. En 1984, les Frères musulmans se sont ainsi
alliés avec le néo-Wafd, remportant 8 sièges à l'Assemblée
du peuple. En 1987, en s'alliant avec le Parti du travail,
les Frères réussissent à obtenir 36 sièges. Un indice qui
a inquiété les autorités et les a poussées à adopter, avant
les élections de 1995, une stratégie visant à resserrer l'étau
autour de ce groupe et à lui asséner des coups successifs
dans le but de les affaiblir et d'augmenter leurs divergences
et leurs différends internes ? Bref, les éliminer de
la scène politique et syndicale en avortant systématiquement
toutes leurs tentatives d'expansion. Depuis cette date, cette
politique est toujours appliquée. Car le gouvernement ne voit
aucun inconvénient à ce que les Frères soient présents sur
la scène politique, tant qu'ils ne jouent pas un véritable
rôle. Quant à la confrérie, elle adopte un profil bas. Elle
ne relance ses activités que lors des élections et des différents
remous politiques. « Cette position instable marquera
toujours la relation de l'Etat avec les Frères musulmans tant
qu'ils représentent un danger politique et non pas sécuritaire »,
conclut Rachwan.
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May
Al-Maghrabi |
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