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La vie mondaine
Kiosque . Certains prétendent que certaines vidéocassettes vendues dans la rue portent une atteinte aux bonnes mœurs. La presse s'interroge sur ce phénomène, mais aussi sur les conditions de travail des comédiens, privés d'assurance vie.
Dangers insoupçonnés

Les piétons ne savent plus où marcher, non pas à cause des voitures, mais à cause des vendeurs ambulants et surtout des vendeurs de vidéocassettes. Dans une grande enquête, l'hebdomadaire Akher Saa explique que « les cassettes vidéo vendues sur les trottoirs constituent un phénomène malsain auquel il faut faire face ». Car ces cassettes comportent des films portant atteinte aux bonnes mœurs et à la pudeur, selon ce magazine. Soheir Abdel-Aziz, doyenne de la faculté des sciences humaines et professeur de sociologie, dénonce ce phénomène dans les colonnes de l'hebdomadaire. « Qu'elles soient égyptiennes ou étrangères, je refuse la vente de ces cassettes sur les trottoirs sachant qu'elles sont une façade pour la vente d'autres cassettes dont le contenu s'oppose catégoriquement à nos traditions et coutumes ». « Les cassettes vidéo ont imposé des comportements et une culture occidentale contraire à nos mœurs », déplore la sociologue. Tout le monde ne partage pas cet avis. Pour Siham Nassar, directrice du département de communication à l'Université de Hélouane, « dans un climat de grande ouverture médiatique il n'y a pas de problèmes dans la vente des cassettes sur le trottoir ». Car pour elle, « les jeunes peuvent voir ces mêmes films sur les chaînes satellites ». « Ainsi, je suis pour la liberté et contre l'interdiction, car les choses interdites sont toujours des choses voulues », conclut-elle. Mais en fin de compte, les cassettes, tout comme les journaux, ne doivent-elles pas être autorisées avant d'être mises sur le marché, et dans certains cas censurés ?

L'hebdomadaire Rose Al-Youssef s'est également intéressé à l'art cette semaine en pointant du doigt la question de l'assurance vie dans les milieux artistiques. « Les artistes réclament aux sociétés de production une assurance vie », titre le magazine. Beaucoup d'artistes sont exposés à des scènes dangereuses, qui engendrent parfois des blessures. « Les syndicats artistiques doivent bouger et sensibiliser les sociétés de production publiques ou privées, afin de mettre sur pied un système d'assurance vie pour les artistes. Il existe des assurances sur le matériel, alors pourquoi ne pas en faire autant pour l'acteur !! Le matériel est-il plus important que l'artiste ? », s'interroge ainsi l'acteur Nour Al-Chérif. Il va de soi que les producteurs ont une position bien différente. Le producteur et directeur adjoint de la Chambre de l'industrie cinématographique, Mohsen Alameddine, n'hésite pas à affirmer dans Rose Al-Youssef qu'il est contre l'assurance vie pour les stars. Et cela, « afin de diminuer le coût de la production dans le budget ».

Hoda Ghali
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Edward Saïd, un espoir s'en va

Je suis à la fois une femme arabe et musulmane. Une identité qui n’est pas des plus faciles à porter à notre époque, où l’amalgame est trop facilement fait entre islam et terrorisme, arabisme et archaïsme. Une identité qu’il faut défendre au quotidien à l’heure où la mondialisation dicte ses lois, en imposant ladite pseudo-démocratie par la guerre, et la liberté par l’impérialisme. Etre issue de cette partie du monde, de cet Orient que j’aime tant, nous met directement sur le banc des accusés. Car rejeter l’invasion de l’Iraq signifie applaudir les attentats du 11 septembre, et être pro-palestinien ne peut être conçusans être antisémite.

En plus de mon identité, je fais partie de cette génération qui est le témoin direct des chaînes satellites de l’Histoire qui sont dignes du théâtre de l’Absurde. CNN, Al-Jazeera, BBC, il suffit de zapper pour savoir ce qui se passe ici ou ailleurs à la minute où il se passe, mais il suffira aussi de zapper à nouveau pour avoir l’information contraire.

Difficile à assumer tout cela. A savoir être une femme dans une société archaïque, qui, il va sans dire, est privée de tous ses droits, dans une partie du monde où tous ses frères sont terroristes, puisque Bush l’a décrété et que CNN l’a annoncé.

J’y aurais cru s’il n’y avait pas eu Edward Saïd qui m’a non seulement appris qui j’étais, mais qui m’en a également montré la valeur. Grâce à lui, à ses écrits, aux conférences qu’il a données, j’ai tout compris. Il a été un guide, une inspiration, un exemple. Je ne le voyais que de loin, lorsqu’il venait à l’Université américaine pour donner ses conférences. Mais je me sentais très proche de lui, car il était aussi un espoir. A part l’intellectuel qu’il était, il représentait également le Palestinien qui a su imposer ses avis chez l’autre. Il s’est toujours battu pour le faire et le faisait bien. Et ce, car il a d’abord compris son adversaire pour lui parler un langage qu’il comprenne. Il était à la hauteur de ses idées, des idées qui sont aujourd’hui une école. Dernièrement, je lisais dans Le Monde diplomatique ce qu’il écrivait.

« Selon moi, l’Histoire est faite par les hommes et les femmes, mais elle peut également être défaite et réécrite, à coups de silences, d’oublis, de formes imposées et de déformations tolérées, de telle sorte que l'Orient devienne vraiment nôtre, que nous puissions le posséder et le diriger. Je dois redire que je n’ai pas de véritable Orient à défendre. En revanche, j’ai le plus grand respect pour la capacité qu’ont ces peuples à défendre leur propre vision de ce qu’ils sont et de ce qu’il veulent devenir ». Une heure plus tard, j’apprenais son décès. Et même si je sais que par ses écrits et ses idées, il ne mourra jamais, je ne peux m’empêcher de sentir qu’en partant, il a tué en moi un peu d’espoir. Il a vécu sa vie à se battre pour voir une Palestine libre, peut-être que le désespoir l’aura tué plus que la leucémie.

Nabila Massrali

 

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