| Le
congrès du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) s'est
tenu cette année sous le titre Nouvelle pensée ...
et droits du citoyen. Sans nul doute, c'est un slogan
important qui répond aux aspirations du public, qui a été
choisi, parmi tant d'autres, par le président Moubarak lui-même.
Le PND, voire la vie politique chez nous en général, s'est
sclérosé et même rouillé. C'est pourquoi il lui faut une nouvelle
impulsion représentée par une nouvelle pensée susceptible
de ressusciter notre vie politique. Mais après la fin du congrès
du parti, on craint que les responsables oublient que cette
nouvelle pensée ne peut voir le jour sans recours à de nouveaux
instruments exécutifs.
J'ai
entendu pendant une heure l'allocution prononcée par Gamal
Moubarak lors d'une rencontre à la Chambre américaine de commerce,
quelques jours avant la conférence du PND. Il a évoqué en
détails les nouvelles orientations du PND et son renouveau
incarné par une nouvelle pensée allant de pair avec les nouvelles
données de la vie politique, économique et sociale.
Le
discours de Gamal Moubarak a apporté une note de réconfort
parce qu'il est intervenu à un moment où le discours politique
officiel est encore prisonnier d'époques révolues dépassées
par les mutations du monde contemporain. Le discours officiel
peut parler de démocratie, mais toujours avec la mentalité
totalitaire qu'incarne le PND, puisqu'il cherche à monopoliser
la vie politique. Le discours officiel peut parler d'économie
libre et d'adoption des mécanismes du marché, mais il le fait
avec la mentalité d'une économie dirigiste, d'où la détermination
des prix des produits de première nécessité par le gouvernement
et le secteur public ... Une parmi la longue liste des
contradictions de notre vie politique.
De
là, la nouvelle pensée exprimée dans le discours de Gamal
Moubarak est plus proche des aspirations réelles du public
et surtout des nouvelles générations, lasses des pratiques
politiques vétustes qui n'ont pas changé depuis plus d'un
demi-siècle.
Mais
je me suis rendu compte cependant que le discours de Gamal
n'a pas abordé un sujet plus urgent que jamais, à savoir « le
changement ». La nouvelle pensée est une chose et
le changement dans la vie politique prôné par les gens en
est une autre. Il est vrai que pour que le changement soit
rentable, il faut qu'il repose sur une nouvelle pensée, sinon
le changement se cantonnera à une opération de pure forme
complètement inconsistante. Cependant, la nouvelle pensée
ne suffit pas à elle seule à opérer le changement. Elle reste
une vision théorique de l'avenir si elle n'est pas accompagnée
d'un programme d'action visant à éliminer les anciens outils
d'exécution, et à propulser de nouvelles figures détentrices
de nouveaux moyens pour mettre en œuvre cette nouvelle pensée.
Nous espérons que Gamal Moubarak est conscient de cela. Surtout
qu'il n'est pas un théoricien, mais un homme du parti armé
d'une vision politique perspicace et d'une analyse pertinente
de la situation politique. Il doit donc focaliser sur l'action
politique et non pas seulement sur la vision théorique.
Nous
ne demandons pas à Gamal Moubarak de former un nouveau gouvernement,
car ce n'est pas de son ressort. Il est responsable de déterminer
les politiques du PND. A ce niveau, sa vision, que l'on accepte
ou pas, présente pour la première fois un ensemble complet
d'idées pour un parti politique qui a longtemps reposé sur
la bureaucratie gouvernementale et le favoritisme politique,
et qui n'a pas réussi dans le passé à présenter un programme
politique global capable de présenter une pensée claire inspirée
des aspirations des gens au milieu de ce monde en ébullition.
Si cette nouvelle pensée que soumet le président de la commission
des politiques du PND ne constitue pas le début d'une nouvelle
étape d'action politique menant au « changement »,
le congrès du parti aura des effets négatifs. Car la déception
populaire ira croissant. Le PND dégringolera alors à un niveau
encore plus bas dans l'action politique en donnant l'impression
que son unique objectif est de s'accrocher au pouvoir.
« Le
changement » dans cette équation est le mot-clef
sur lequel reposera l'avenir du parti au pouvoir et même l'avenir
politique du pays. Le PND doit en être conscient, sinon le
changement qui, sans doute, viendra, balayera le PND sur sa
route.
La
commission des politiques a ouvert une nouvelle voie dans
laquelle le parti doit s'engager s'il est toujours en vie.
Mais s'il est devenu complètement insensible et ses leaders
aveugles, il fera tout pour ignorer cette nouvelle pensée,
ses dirigeants se contenteront de l'adopter formellement sans
en croire un mot. Cette
nouvelle pensée tombera alors aux oubliettes, alors que les
vieux dirigeants resteront à leurs postes. Ainsi se terminera
la « fête » du Congrès du PND et les gens
verront que, finalement, rien n'a changé, que le parti est
revenu à ses anciennes habitudes de vouloir monopoliser le
pouvoir, et que ses leaders ne cherchent que leurs intérêts
personnels.
Le monde a changé
et nous sommes entrés de plein pied dans une nouvelle époque.
Cependant, nous ne voyons aucune trace de ce nouveau monde
au niveau des politiques du PND et de son gouvernement. Nous
pouvons parler de mondialisation et du nouvel ordre mondial
qui sont devenus réalité avec le début de ce siècle, mais
quel effet auront ceux-ci sur notre vie politique ? Ceux
qui ont dominé l'action politique avant le XXIe siècle et
avant le 11 septembre ne sont pas les meilleurs pour entrer
en contact avec le nouveau siècle. Nous avons besoin de ceux
qui peuvent réaliser les conséquences de la nouvelle conjoncture
mondiale. Nous avons besoin de ceux qui ont la capacité de
lire la nouvelle carte mondiale et de ceux qui sont armés
d'une grande clairvoyance politique afin de pouvoir nous placer
sur le nouvel échiquier mondial. Ou bien laisserons-nous les
vagues nous emporter parce que nos dirigeants ont perdu leurs
repères en s'accrochant à leurs sièges de dirigeants.
Ce que nous offre
la commission des politiques du PND est un cadre valable pour
cette nouvelle vision à laquelle aspire notre vie politique,
pas seulement en Egypte mais aussi dans toute le monde arabe.
Cependant, ce cadre nécessite des racines plus profondes et
une notice explicative. Cette nouvelle pensée serait inutile
si elle n'est pas concrétisée en fin de compte par un plan
d'action dont l'élément le plus important serait de nouveaux
instruments. Les nouvelles figures ne devraient rien avoir
à voir avec les anciennes pratiques liées au parti depuis
sa création. Ces nouvelles figures devraient assimiler les
nouvelles données mondiales que l'on ne peut plus ignorer.
Ces nouvelles figures devraient posséder une vision politique
contemporaine qui nous ferait passer au XXIe siècle.
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