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Guinée-Bissau . Comme annoncé, la junte a transmis le pouvoir à un tiers. Mais le choix du nouveau premier ministre, Antonio Artur Sanha, risque de mettre fin à l'entente cordiale qui a succédé au putsch.
Premiers accrocs de la transition

Le chef d'état-major autoproclamé « président par intérim » le 14 septembre dernier, le général Verissimo Correia Seabra, a quitté la tête de l'exécutif de transition, comme il l'avait promis. Il ne s'est pas pour autant laissé dicter le choix des dirigeants des nouvelles institutions. Le « comité militaire » a tranché : c'est Antonio Artur Sanha qui sera le chef du gouvernement de transition chargé de conduire le pays aux élections, « quand les conditions seront réunies ».

La société civile et de nombreux partis politiques bissau-guinéens ont protesté contre la nomination, mercredi 24 septembre, d'Artur Sanha au poste de premier ministre de transition, décidée la veille par les militaires qui ont renversé le président Kumba Yala une dizaine de jours plus tôt. En signe de protestation, cinq des principaux partis d'opposition étaient absents jeudi 25 de la réunion organisée par le « comité militaire ». Les leaders de ces partis avaient souligné qu'il avait été convenu que le chef du gouvernement de transition serait une personnalité sans coloration partisane. Or, Artur Sanha est secrétaire général du Parti de la Rénovation Sociale (PRS), formation de l'ex-président Kumba Yala. « Personne ne doit accepter quelqu'un (…) dont le parti est responsable du marasme dans lequel se trouve la Guinée-Bissau », a affirmé Idrissa Djalo, leader du Parti de l'Unité Nationale (PUN) qui ne « reconnaît aucun pouvoir aux militaires pour nommer (des dirigeants) et imposer leurs règles ».

Se sont notamment opposés au choix des militaires, le Parti Africain pour l'Indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC), 3e formation de l'opposition, avec 23 députés au Parlement, le Parti Uni Social Démocrate (PUSD) du principal opposant à Kumba Yala, Francisco Fadul, l'Union pour le changement (UM), le Parti de l'Unité Nationale (PUN) et l'Alliance des Partis Unis (APU).

La « plate-forme des organisations non gouvernementales nationales » (Placon), un élément de poids de la société civile bissau-guinéenne, s'est aussi retirée jeudi de la commission chargée d'élaborer le « pacte de transition » et a décidé de retirer sa confiance au « comité militaire ». Ce « pacte » devait définir les modalités et la durée de la transition, ainsi que le profil du premier ministre. Il a perdu de sa substance depuis la nomination d'Artur Sanha à ce poste. La Placon a exprimé dans un communiqué sa « déception » face à l'attitude des militaires, « qui veulent imposer une figure déjà rejetée par toute la classe politique et la société civile ». « Si nous avions été concertés, c'est pour que nos suggestions soient prises en compte », a déclaré le porte-parole de la Placon, Jamil Handem.


Pas « otage des militaires »

Dès le 14 septembre, les militaires, dont le putsch avait été applaudi par la population, avaient affirmé qu'ils ne comptaient pas rester au pouvoir, mais qu'ils voulaient contribuer à l'installation d'institutions de transition, avant l'organisation d'élections générales. Ils ont alors mené des consultations avec les partis politiques, la société civile, les autorités religieuses et les chefs coutumiers. Mais la junte a semble-t-il décidé de couper court à la polémique, en annonçant la nomination de M. Sanha à la tête du gouvernement.

De son côté, le nouveau premier ministre s'est montré confiant malgré l'hostilité déclenchée par sa nomination. « Tout le monde ne peut pas être d'accord sur le choix d'une figure politique », a-t-il déclaré. « L'important est de convaincre par des actions concrètes, et j'ai le courage nécessaire », a-t-il ajouté.

Outre la nomination de M. Sanha, la junte a également annoncé que le tombeur de Kumba Yala, le général Verissimo Correia Seabra, va céder le fauteuil de président par intérim à un civil, Henrique Rosa, ancien chef de la commission nationale électorale qui entretient des liens étroits avec l'Eglise catholique. La nomination de cet homme d'affaires respecté n'a en revanche guère soulevé d'opposition dans la classe politique. A 48 ans, Henrique Rosa bénéficie d'une aura d'entrepreneur suffisamment neutre et modéré en politique pour s'être vu confier la direction de la Commission électorale indépendante en 1994.

Le nouveau président s'est prononcé jeudi en faveur d'une fin rapide du gouvernement de transition qu'il va superviser, « plus vite la transition se passera, et mieux ce sera pour tout le monde ». Tout en assurant qu'il ne sera pas « l'otage des militaires », M. Rosa a indiqué qu'il souhaitait jouer un rôle « consultatif » sur la mise en place d'un gouvernement transitoire avant l'organisation d'élections générales. Pendant cette période de transition, la priorité du gouvernement sera de « faire baisser la tension sociale qui règne dans le pays », de « moraliser le secteur public » et de « payer les salaires grâce à l'aide de la communauté internationale ». Or cette transition chaotique que traverse le pays dont l'administration se retrouve bloquée, rend peu probable une reprise économique rapide.

Chérif Albert

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