| Le
déploiement de soldats français dans la ville de Bouaké, fief
de l'ex-rébellion ivoirienne, a permis de ramener le calme
après trois jours d'affrontements. A l'origine des combats,
une tentative de braquage, jeudi dernier, de la succursale
locale de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest.
La situation a rapidement dégénéré et des confrontations entre
les troupes des anciens rebelles et des éléments armés incontrôlés
ont fait au moins 23 tués par balles et 37 blessés, selon
des sources médicales.
Jusqu'à
présent, les 4 000 soldats de l'opération Licorne dirigée
par la France étaient censés prévenir une éventuelle reprise
des combats entre les forces gouvernementales et les ex-rebelles,
rebaptisés « Forces nouvelles ». Pour cela,
ils contrôlent une « zone de confiance »
qui partage le pays en deux, entre le Nord contrôlé par les
Forces nouvelles, et le Sud loyaliste. Depuis le week-end
dernier, les Français se sont vus attribuer une nouvelle tâche :
s'interposer entre les factions d'anciens rebelles qui se
trouvent aujourd'hui lézardées. Or, ce déploiement dans le
Nord de militaires français a été vu d'un mauvais œil par
de nombreux petits chefs militaires souvent enrichis par le
racket.
La
décision adoptée la semaine dernière par l'opposition armée
de suspendre sa participation au gouvernement illustre, elle
aussi, les dissensions qui naissent entre les membres de l'ex-rébellion,
divisée entre partisans de la négociation, et ceux qui profitent
du statu quo. Sur les neuf ministres des Forces nouvelles
qui participent au gouvernement de réconciliation nationale,
formé en mars, un seul était en effet présent lors du Conseil
des ministres de jeudi 25 septembre. Roger Banchi, ministre
des Petites et moyennes entreprises, a d'ailleurs été radié
de son mouvement, le Mouvement populaire du grand ouest (MPIGO),
pour avoir participé à cette réunion.
A
l'issue d'un conclave politico-militaire, les ex-rebelles
ont également annoncé la suspension de leur participation
« au programme national de désarmement »
qui devait permettre le retour de l'administration dans la
moitié nord du pays, toujours sous leur contrôle. Les ex-rebelles
entendent ainsi protester contre les blocages dans l'application
des accords de paix signés à Marcoussis en France en début
d'année. En vertu de ces accords, les rebelles ont rejoint
un gouvernement de coalition en avril, un accord de cessez-le-feu
a été signé le mois suivant et en juillet, la fin de la guerre
a été officiellement entérinée. Mais le processus de normalisation
piétine, alors que gouvernement et « Forces nouvelles »
s'accusent mutuellement de préparatifs en vue d'une reprise
des combats.
Le
leader politique de l'ex-rébellion, Guillaume Soro, également
ministre de la Communication, a accusé le camp du président
Laurent Gbagbo de créer « artificiellement »
des blocages dans le processus de réconciliation et de rendre
« caducs » les accords de Marcoussis en refusant,
selon lui, les pouvoirs nécessaires au chef du gouvernement
et à ses ministres.
Mais
si la déclaration de M. Soro brandit l'épouvantail d'une reprise
des combats, de moins en moins probable depuis que militaires
rebelles et loyalistes ont déclaré conjointement la « fin
de la guerre » le 4 juillet, elle illustre surtout
la cacophonie et les tiraillements qui règnent entre les « va-t-en-guerre »
et les partisans de la négociation au sein des Forces nouvelles.
Une hydre à plusieurs têtes, menaçant de se décomposer avant
même les échéances électorales de 2005. |