Peintures à
l'huile, gravures, et sculpture de marbre investissent le
mythe de Cléopâtre. Cette beauté séduisante a été auréolée
de mystères ainsi que d'un halo mystique et sensuel, et fait
partout office d'une Eve qui a expulsé Adam du paradis. L'analogie
entre le serpent d'Eve et celui de Cléopâtre est vivement
apparente dans les tableaux de Bruno Caruso, Giacomo et Porzano.
Sur
toutes les œuvres exposées on reconnaît d'emblée les grands
traits de la légende de Cléopâtre dont la source première
fut l'œuvre du biographe romain Plutarque, lequel a brossé
le portrait de Cléopâtre dans Vies parallèles. On y
retrouve également tout au long de l'exposition des influences
de nombreuses œuvres dramatiques et artistiques inspirées
par la vie de cette dernière reine des Ptolémées, qui s'est
suicidée en se faisant mordre par un aspic, telle Antoine
et Cléopâtre de William Shakespeare ou le dessin de Michel
Ange intitulé Cléopâtre.
Giovanni Soccol,
à titre d'exemple, s'attarde dans son œuvre sur la scène du
suicide de Cléopâtre. Son pinceau s'attache à refléter la
fluidité du corps de la reine avec ses cheveux détachés et
rejetés en avant. Près d'elle, la couronne, avec la Copra
égyptienne.
L'érotisme et
la mort font double face dans cette exposition qui regroupe
plusieurs nus dont ceux d'Alessandro Guzzi et Carlo Frisardi.
Déjà, l'idée de l'analogie entre mort et érotisme — comme
soulevée par William Shakespeare — se ressent dans
l'œuvre de Frisardi où le corps de Cléopâtre apparaît sous
une blancheur extravagante tel un fantôme de neige.
La statue de
marbre de Giovanni Balderi apparaît comme un adoucissement
de cette analogie « morbide » mais l'idéalisme
avec lequel le corps est représenté n'est pas sans rappeler
un certain idéalisme grec. L'impression imposante que dégage
le marbre fastueux allant de pair avec l'autorité de la reine
est à la fois érotique et royale. Or, la statue, qui s‘élève
comme un défi, est laissée sans tête comme si elle a été abattue.
Les tableaux
d'Alberto Abate, de Roseta Acerbi et Giuliana Caporali reflètent
les mystères de l'Orient qui entourent la reine égyptienne,
aux yeux des Romains. La mer, le ânkh (clef de vie),
la lumière mystique d'un coucher de soleil, les reflets de
celui-ci sur la rive africaine de la Méditerranée, les masques
d'Antoine et de César sont les éléments mis en scène par ces
trois derniers artistes afin de créer une atmosphère de magie
hellénistique. En effet, l'imaginaire de l'autre rive de la
Méditerranée a été tellement marqué par cette magie hellénistique
qu'elle hante en quelque sorte les œuvres exposées. Car peu
après la conquête d'Egypte par les Romains, le culte d'Isis
s'est répandu parmi les conquérants, lesquels n'ont pas tardé
à édifier des temples pour cette divinité égyptienne à Rome
même. La culture romaine étant relativement pauvre par rapport
à celle d'Alexandrie, c'est cette dernière qui a pris forcément
le dessus.
Outre l'aspect
purement historique et légendaire qui prévaut, un autre plus
ludique revient de temps en temps. Leofreddi par exemple a
utilisé des paquets de cigarettes égyptiennes : la fameuse
marque Cléopâtre, sur l'un de ses collages, comme pour
exprimer à quel point les Egyptiens modernes sont attachés
à leur ancienne reine ! Ils en aspirent à pleins poumons
tous les matins en sirotant leur premier café ! |