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Egypte-Italie . Sous le signe du dialogue interculturel, l'année égypto-italienne 2003-2004 se veut un moyen de préserver les identités plurielles sur les deux rives de la Méditerranée. Tour d'horizon du programme cairote.
Un pont entre deux rives

Les images se forment et se déforment, comme par réfraction, rien qu'en évoquant le programme des activités de l'année égypto-italienne (octobre 2003- octobre 2004). On opère un chassé-croisé dans le temps. Et l'idée d'une Méditerranée créatrice s'avère bel et bien séduisante. « C'est aux pays du bassin méditerranéen qu'incombe le rôle de sauvegarder un certain pluralisme culturel dans le monde, face au clonage des identités culturelles auquel on assiste actuellement », estime Antonio Badini, ambassadeur d'Italie au Caire. Il a ainsi exprimé sa peur implicite vis-à-vis de la globalisation, lors de la présentation de l'année égypto-italienne, aux côtés de Chérif Al-Choubachi, premier sous-secrétaire du ministère de la Culture chargé des relations extérieures. C'est d'ailleurs dans cette optique qu'est aujourd'hui envisagée la création d'une fondation culturelle euro-méditerranéenne, ainsi que les diverses manifestations de l'année égypto-italienne.

Encore une fois, un méli-mélo d'époques et de cultures vient s'immiscer à travers les images qui déferlent : celle d'une Cléopâtre dissimulée dans un tapis qui se fait déposer aux pieds de César à Rome ; d'un nombre d'enseignes lumineuses dans les rues du Caire moderne indiquant : Resttorante (Restaurant), Pizza, Panini ; d'une Sicile dominée par les Arabes autour du VIIe siècle ; des femmes en deuil porteuses de la vendetta que ce soit dans le sud de l'Egypte ou de l'Italie ; d'une langue arabe intermédiaire ayant apporté aux chrétiens la culture gréco-arabe par le biais des zones de contact telles l'Italie et l'Espagne ; d'un papier journal soulignant lors de la dernière visite de Berlusconi que l'Italie est le premier partenaire économique du Caire dans l'Union européenne ou précisant le taux de touristes en provenance d'Italie …

Autant d'images qui servent de tremplin pour renouer avec l'actualité, celle de l'année égypto-italienne, avec la collaboration de deux commissaires : Carla Burri du côté italien, et Mohamed Salmawy du côté égyptien. (ndlr : un programme parallèle à celui mentionné ci-dessous se déroulera en Italie, regroupant entre autres des spectacles tels Mokhtar de Walid Aouni, Al-leila al-kébira d'Abdel-Moneim Kamel, les derviches tourneurs, musique populaire, sculpture d'Adam Hénein ... Toutefois, nous ciblons notre article autour des activités qui prendront lieu en Egypte)


La musique mise en avant

Dans le programme des trois premiers mois, qui se déroulera essentiellement au Caire, la musique se taille une place de choix. Bien qu'elles constituent une bannière à part entière et qu'elles soient fortes d'une discographie impressionnante, les musiques méditerranéennes se retrouvent souvent éparpillées sur divers répertoires de maisons de disques sous la rubrique « World Music » ou Musique du monde. Or, séduits par l'idée d'une Méditerranée créatrice, plusieurs artistes effectuent de multiples échanges ou vont même jusqu'à conjuguer leurs talents. Le musicologue, Paolo Scarnecchia tentera entre autres de mettre en lumière les correspondances entre ces musiques, à travers concerts et conférences, notamment durant le mois de novembre. Il établira le lien entre la tradition du oud arabe et le luth, de la Renaissance italienne. Le dialogue prend corps à travers une soirée musicale animée par le luthiste iraqien installé au Caire, Nassir Chamma et son homologue italien, Franco Fois (le 3 novembre au théâtre de l'Institut de la musique arabe). Une soirée, De amore, sera dédiée à la musique folklorique de Sardaigne, avec la participation de trois cantadores (ténors) accompagnés d'un guitariste et d'un accordéoniste, comme d'usage dans cette tradition orale (le 1er novembre au Samaa khana).

Par contre, c'est la ville de Naples qui sera célébrée à maintes reprises, non seulement à travers un exposé sur l'itinéraire et les photos de l'artiste Enrico Grieco, dans A Oriente Di Napoli ( De Naples à l'Orient) mais aussi par deux soirées dédiées aux chansons napolitaines, avec Beppe Barra (le 20 octobre au Petit théâtre de l'Opéra) et Consiglia Licciardi accompagnée du groupe de musique arabe Masriya dirigé par Mohamad Azab (le 6 octobre au Petit théâtre de l'Opéra).

Les projections de films de part et d'autre s'étendront sur deux mois. D'abord, au mois d'octobre, celui du Festival du film du Caire, avec des classiques italiens et des fictions d'un maître du réalisme, Salah Abou-Seif, dont la vie et la carrière font l'objet d'un ouvrage qui vient d'être publié en Italie, et qui sera présenté durant ce cycle. En outre, sept autres films italiens contemporains, sous-titrés en anglais, seront donnés du 11 au 17 septembre au centre d'Al-Ibdaa, terrain de l'Opéra à Guézira, dont entre autres Il cuore altrove (Le Cœur) et Il consiglio d'Egitto (Le Conseil d'Egypte) ainsi que deux films tournés en numérique, lauréats du prix Emmy : Tosca Nei Luoghi E Nei tempi di Tosca (Tosca dans l'espace et dans le temps) et La Traviata A Parigi (La Traviata à Paris).

Toujours durant le mois de décembre se tiendront plusieurs colloques autour des sciences arabes dans la région euro-méditerranéenne, ainsi que d'autres plus archéologiques sur l'ère de l'empire romain.

En outre, 12 modèles du styliste, Roberto Capucci, conçu pour la biennale de Venise en 1995, seront exposés à l'Opéra du Caire, le 17 décembre. Une exposition de 200 photos, issues de la collection des frères Alinari de Florence, sera inaugurée au Centre Hanaguer (du 12 novembre au 12 décembre), mettant l'accent sur l'identité d'une Italie unie et diversifiée.

Une diversification qui est en effet à l'image de toute la culture méditerranéenne que l'on compare souvent à une structure dont chaque partie est indispensable à toutes les autres. Et même si l'on est parfois incapable d'en cerner la totalité, car étant trop vaste et trop ancienne, il est évident qu'à travers de telles manifestations d'échange, l'idée devient plus génératrice. Le déclic de toute cette manifestation d'échange sera d'ailleurs déclenché ce soir (mercredi 1er octobre à 20h au théâtre Gomhouriya) sur un ton original, avec un spectacle de la troupe Kataklo, mariant danse et sport dans la plus grande harmonie.

Dalia Chams

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