|
D'ici février,
la force que les Etats-Unis sont en train de masser dans
la région du Golfe pourrait atteindre quelque 150 000
hommes. Selon des responsables de la défense américaine,
66 000 hommes sont déjà sur la zone dépendant du Commandement
central américain. Trois ordres importants de mobilisation,
signés entre le 24 décembre et le 11 janvier par le secrétaire
à la Défense Donald Rumsfeld, concernant au total 87 000
militaires, ont enclenché l'envoi de renforts en infanterie,
en chars, en navires de guerre et en avions de combat vers
le Golfe. Deux cents mil itaires
américains ont notamment quitté l'Allemagne dimanche. Selon
William Arkin, un expert cité dimanche par le Los Angeles
Times, le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld
a déjà approuvé le mois dernier un plan de guerre de type
traditionnel : une attaque aérienne précédant un assaut
au sol, avec des forces spéciales en appui.
Le dernier
ordre de départ, envoyé dans la nuit de vendredi à samedi,
concerne 27 000 militaires, dont des milliers de Marines,
une brigade d'infanterie aéroportée, un escadron de chasseurs
furtifs F-117 Nighthawk et deux escadrons de chasseurs de
brouillage radar F-16CJ, a précisé le Pentagone.
Les Britanniques
se préparent aux aussi à la guerre. Ils ont commencé à mobiliser
1 500 réservistes, ont renforcé leur dispositif avec
le départ samedi de Portsmouth (sud) d'une escadre de la
Royal Navy sur le porte-avions Ark Royal.
En Arabie Saoudite,
moins de 5 000 hommes, la plupart de l'armée de l'Air
américaine, sont déployés sur la base de Prince Sultan,
au sud de Ryad, avec des avions de combat, avions-radar
Awacs et ravitailleurs. Le Qatar accueille également 5 000
militaires sur la base aérienne d'al-Udeid, au sud-ouest
de Doha, et sur la base d'As-Saliyah avec un centre de commandement
avancé. Le Qatar devrait se transformer en quartier-général
des forces américaines dans la région en cas d'intervention.
A Bahrein, sont déployés plus de 5 000 militaires,
surtout de la Marine. Le QG de la 5e Flotte y est installé
pour coordonner les mouvements en mer Rouge, dans le Golfe
et en mer d'Oman. Des avions de combat et bombardiers sont
traditionnellement déployés sur la base de Cheikh Issa.
Parallèlement
à leur déploiement de troupes, les Etats-Unis ont lancé
une une campagne de propagande par e-mails appelant des
responsables civils et militaires iraqiens à cesser de soutenir
le régime du président Saddam Hussein, ce qui a conduit
Bagdad à bloquer dimanche l'accès à l'internet.
En outre, la
BBC a annoncé lundi que des troupes britanniques spécialisées
dans la logistique sont arrivées au Koweït pour préparer
une éventuelle intervention en Iraq.
Avec des préparatifs
de la guerre qui s'accélèrent de la sorte, il semble qu'une
attaque contre l'Iraq soit inélutable.
Face à la menace
qui se précise, l'Iraq a appelé dimanche, par la voix de
sa presse officielle, la communauté internationale à traduire
en actes son rejet d'une éventuelle frappe. Le président
iraqien Saddam Hussein a pour sa part estimé que « seuls
les pays de la région sont capables d'empêcher l'agression
américaine » contre l'Iraq. « Les équipes d'inspecteurs
sont présentes (en Iraq), la coopération se poursuit avec
elles, mais si l'Amérique veut trouver une couverture pour
l'agression, seuls les pays de la région l'en empêcheront »,
a déclaré le président Saddam Hussein en recevant le ministre
turc du Commerce extérieur, Kursat Tuzmen. Ce dernier est
rentré à Ankara porteur de trois messages du président iraqien
aux dirigeants turcs.
Le premier
ministre turc Abdullah Gul a lui estimé dimanche que les
pays de la région doivent tout faire pour trouver une solution
pacifique à la crise iraqienne. Il faut « saisir les
dernières chances pour éviter une guerre, dont le prix serait
payé par le peuple iraqien et tous les autres peuples de
la région », a déclaré Abdullah Gul, au terme d'une
visite à Téhéran. |
Ces « dernières
chances » pourraient être basées sur le rapport que
doivent remettre les inspecteurs en désarmement à l'Onu
le 27 janvier. Ceux-ci poursuivent leur travail sur le terrain
entamé le 27 novembre dernier en dépit des bruits de botte
qui annoncent l'approche de la frappe. Toutefois, même si
les inspecteurs ont jusque là accompli leur tâche sans embûche,
Bagdad leur reproche de continuer à se livrer à des « provocations »
en posant, lors des visites de sites, des questions qui
relèvent du « renseignement », selon un conseiller
de Saddam Hussein, le général Amer Al-Saadi.
Le 6 janvier,
Saddam Hussein avait déjà accusé des inspecteurs de mener
sous la pression des Etats-Unis des activités constituant
« un pur travail de renseignement ». L'accusation,
rejetée par le porte-parole des inspecteurs à Bagdad, Hiro
Ueki, a été réitérée dans les jours suivants par Saddam
Hussein et par d'autres hauts responsables dont le vice-Premier
ministre Tarek Aziz. Bagdad a déposé une plainte écrite
à ce sujet auprès de la Commission de contrôle, de vérification
et d'inspection de l'Onu (Cocovinu) et de l'Agence internationale
de l'énergie atomique (AIEA). Mais le général Saadi a indiqué
que les chefs respectifs de la Cocovinu et de l'AIEA, respectivement
Hans Blix et Mohamed Al-Baradei, n'avaient pas encore répondu.
Les deux hommes sont attendus le 19 janvier à Bagdad pour
une visite de deux jours. Al-Baradei, a de son côté appelé
Bagdad à coopérer « sur le fond » avec les inspecteurs,
sans quoi « la fin est proche ».
Selon Al-Baradei,
interrogé dans l'hebdomadaire américain Time paru lundi,
le régime iraqien ne dispose cependant pas actuellement
de l'arme nucléaire. Blix a lui aussi annoncé jeudi que
les inspecteurs n'avaient trouvé « aucun flagrant délit »
en six semaines. Des déclarations relativement positives,
certes. Mais il reste à attendre les conclusions du rapport
que les inspecteurs doivent bientôt remettre. Et même s'il
disculpe l'Iraq, le spectre de la guerre n'en sera pas pour
autant éloigné. |