De nouveaux inspecteurs pour l'Iraq

Une soixantaine de nouveaux membres va rejoindre l'équipe des inspecteurs sur le désarmement de l'Iraq, qui poursuivra son travail sur le terrain au moins jusqu'en mars, a déclaré le chef de la mission d'inspection, Hans Blix, mardi. La formation des nouveaux inspecteurs, en majorité des Arabes et des Américains, a débuté lundi, et les effectifs de la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection de l'Onu (Cocovinu), en Iraq, approcheront les 200 inspecteurs après leur arrivée, selon M. Blix.

Le travail sur le terrain se poursuivra au moins jusqu'au mois de mars, quand la Cocovinu devra présenter au Conseil de sécurité de l'Onu un rapport énumérant les « tâches clés restantes » et détaillant son futur programme de travail, a estimé le chef des inspecteurs.

M. Blix a souligné que le rapport d'étape qu'il doit présenter au Conseil de sécurité le 27 janvier marquerait « le début du processus d'inspection et de vérification, et non sa fin ». Il faisait apparemment référence aux déclarations du président américain George W. Bush, qui a qualifié le rapport d'étape du 27 janvier de début de « la phase finale » pour une décision de Washington sur une éventuelle intervention militaire contre l'Iraq.

 

Iraq . Face au déploiement militaire américain et britannique dans la région du Golfe, Bagdad s'en remet aux pays de la région pour empêcher l'attaque américaine.
Washington et Londres
en ordre de bataille

D'ici février, la force que les Etats-Unis sont en train de masser dans la région du Golfe pourrait atteindre quelque 150 000 hommes. Selon des responsables de la défense américaine, 66 000 hommes sont déjà sur la zone dépendant du Commandement central américain. Trois ordres importants de mobilisation, signés entre le 24 décembre et le 11 janvier par le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, concernant au total 87 000 militaires, ont enclenché l'envoi de renforts en infanterie, en chars, en navires de guerre et en avions de combat vers le Golfe. Deux cents militaires américains ont notamment quitté l'Allemagne dimanche. Selon William Arkin, un expert cité dimanche par le Los Angeles Times, le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld a déjà approuvé le mois dernier un plan de guerre de type traditionnel : une attaque aérienne précédant un assaut au sol, avec des forces spéciales en appui.

Le dernier ordre de départ, envoyé dans la nuit de vendredi à samedi, concerne 27 000 militaires, dont des milliers de Marines, une brigade d'infanterie aéroportée, un escadron de chasseurs furtifs F-117 Nighthawk et deux escadrons de chasseurs de brouillage radar F-16CJ, a précisé le Pentagone.

Les Britanniques se préparent aux aussi à la guerre. Ils ont commencé à mobiliser 1 500 réservistes, ont renforcé leur dispositif avec le départ samedi de Portsmouth (sud) d'une escadre de la Royal Navy sur le porte-avions Ark Royal.

En Arabie Saoudite, moins de 5 000 hommes, la plupart de l'armée de l'Air américaine, sont déployés sur la base de Prince Sultan, au sud de Ryad, avec des avions de combat, avions-radar Awacs et ravitailleurs. Le Qatar accueille également 5 000 militaires sur la base aérienne d'al-Udeid, au sud-ouest de Doha, et sur la base d'As-Saliyah avec un centre de commandement avancé. Le Qatar devrait se transformer en quartier-général des forces américaines dans la région en cas d'intervention. A Bahrein, sont déployés plus de 5 000 militaires, surtout de la Marine. Le QG de la 5e Flotte y est installé pour coordonner les mouvements en mer Rouge, dans le Golfe et en mer d'Oman. Des avions de combat et bombardiers sont traditionnellement déployés sur la base de Cheikh Issa.

Parallèlement à leur déploiement de troupes, les Etats-Unis ont lancé une une campagne de propagande par e-mails appelant des responsables civils et militaires iraqiens à cesser de soutenir le régime du président Saddam Hussein, ce qui a conduit Bagdad à bloquer dimanche l'accès à l'internet.

En outre, la BBC a annoncé lundi que des troupes britanniques spécialisées dans la logistique sont arrivées au Koweït pour préparer une éventuelle intervention en Iraq.

Avec des préparatifs de la guerre qui s'accélèrent de la sorte, il semble qu'une attaque contre l'Iraq soit inélutable.

Face à la menace qui se précise, l'Iraq a appelé dimanche, par la voix de sa presse officielle, la communauté internationale à traduire en actes son rejet d'une éventuelle frappe. Le président iraqien Saddam Hussein a pour sa part estimé que « seuls les pays de la région sont capables d'empêcher l'agression américaine » contre l'Iraq. « Les équipes d'inspecteurs sont présentes (en Iraq), la coopération se poursuit avec elles, mais si l'Amérique veut trouver une couverture pour l'agression, seuls les pays de la région l'en empêcheront », a déclaré le président Saddam Hussein en recevant le ministre turc du Commerce extérieur, Kursat Tuzmen. Ce dernier est rentré à Ankara porteur de trois messages du président iraqien aux dirigeants turcs.

Le premier ministre turc Abdullah Gul a lui estimé dimanche que les pays de la région doivent tout faire pour trouver une solution pacifique à la crise iraqienne. Il faut « saisir les dernières chances pour éviter une guerre, dont le prix serait payé par le peuple iraqien et tous les autres peuples de la région », a déclaré Abdullah Gul, au terme d'une visite à Téhéran.


Bagdad dénonce les « provocations » des inspecteurs

Ces « dernières chances » pourraient être basées sur le rapport que doivent remettre les inspecteurs en désarmement à l'Onu le 27 janvier. Ceux-ci poursuivent leur travail sur le terrain entamé le 27 novembre dernier en dépit des bruits de botte qui annoncent l'approche de la frappe. Toutefois, même si les inspecteurs ont jusque là accompli leur tâche sans embûche, Bagdad leur reproche de continuer à se livrer à des « provocations » en posant, lors des visites de sites, des questions qui relèvent du « renseignement », selon un conseiller de Saddam Hussein, le général Amer Al-Saadi.

Le 6 janvier, Saddam Hussein avait déjà accusé des inspecteurs de mener sous la pression des Etats-Unis des activités constituant « un pur travail de renseignement ». L'accusation, rejetée par le porte-parole des inspecteurs à Bagdad, Hiro Ueki, a été réitérée dans les jours suivants par Saddam Hussein et par d'autres hauts responsables dont le vice-Premier ministre Tarek Aziz. Bagdad a déposé une plainte écrite à ce sujet auprès de la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection de l'Onu (Cocovinu) et de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Mais le général Saadi a indiqué que les chefs respectifs de la Cocovinu et de l'AIEA, respectivement Hans Blix et Mohamed Al-Baradei, n'avaient pas encore répondu. Les deux hommes sont attendus le 19 janvier à Bagdad pour une visite de deux jours. Al-Baradei, a de son côté appelé Bagdad à coopérer « sur le fond » avec les inspecteurs, sans quoi « la fin est proche ».

Selon Al-Baradei, interrogé dans l'hebdomadaire américain Time paru lundi, le régime iraqien ne dispose cependant pas actuellement de l'arme nucléaire. Blix a lui aussi annoncé jeudi que les inspecteurs n'avaient trouvé « aucun flagrant délit » en six semaines. Des déclarations relativement positives, certes. Mais il reste à attendre les conclusions du rapport que les inspecteurs doivent bientôt remettre. Et même s'il disculpe l'Iraq, le spectre de la guerre n'en sera pas pour autant éloigné.

Abir Taleb

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