Palestine . Après avoir refusé aux Palestiniens la possibilité de participer à la conférence de Londres, Israël intensifie sa répression dans les territoires occupés.

Intransigeance et violence israéliennes

Cela semble un fait isolé, mais il fait partie d'une longue chaîne de signes d'intransigeance. Les autorités israéliennes ont interdit lundi au président du Conseil Législatif Palestinien (CLP, Parlement), Ahmad Qoreï, d'assister à une des sessions à Ramallah. Le CLP a dénoncé cette mesure comme une « nouvelle escalade » d'Israël visant à saper le fonctionnement des institutions et de l'administration palestiniennes, pratiquement paralysées après la réoccupation quasi totale de la Cisjordanie par l'armée israélienne depuis sept mois.

Sur le terrain, le scénario quotidien se perpétue. Deux Palestiniens armés ont été tués lundi par l'armée israélienne alors qu'ils « couraient en direction d'un autobus » de colons juifs au sud de Gaza. La veille, onze personnes ont été tuées, dont neuf Palestiniens et deux Israéliens, dans les territoires autonomes et en Israël, dans un regain de violence à seize jours des élections législatives israéliennes.

Dans les territoires palestiniens, cinq Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens, dont deux par des tirs de missiles. Un hélicoptère d'assaut a tiré sur une voiture à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, tuant deux jeunes Palestiniens et blessant un troisième, dans une tentative avortée de liquidation d'activistes. En soirée, deux Palestiniens ont été tués par les forces de sécurité israéliennes après avoir mené une attaque à Gadish, un village agricole dans le nord d'Israël, au cours de laquelle un Israélien a été tué. L'attaque a été revendiquée par le Djihad islamique.

Un Israélien a également été tué lors de l'accrochage qui a eu lieu dans le secteur de Nitzana (nord-ouest) du désert du Néguev, à environ une quarantaine de kilomètres au sud de Rafah. L'armée se refuse à indiquer s'il s'agissait d'un militaire.

L'intransigeance israélienne a également voué à l'échec la conférence de Londres prévue les 13 et 14 janvier sur les réformes de l'Autorité palestinienne. L'ambassadeur britannique en Israël, Sherard Cowper-Coles, a remis dimanche une lettre du premier ministre britannique Tony Blair à son homologue israélien, lui demandant, en vain, de reconsidérer son refus de permettre à des responsables palestiniens à se rendre à Londres pour participer à cette conférence. Devant le refus persistant d'Israël, la Grande-Bretagne a dû exprimer sa profonde déception et finalement se contenter le 14 janvier d'une « conférence téléphonique ». Le chef de la diplomatie, Jack Straw, a annoncé qu'il mènerait « une conférence téléphonique avec de hauts responsables de l'Autorité palestinienne et de la société civile, dont le ministre de l'Information Yasser Abd Rabbo, le ministre de la Coopération internationale Nabil Chaath et le ministre des Finances Salam Fayad ».

L'insistance de Sharon de camper sur sa position a déclenché une crise diplomatique avec Londres. « La conférence vient d'être anéantie par le gouvernement israélien, qui a décidé qu'il ne permettrait pas aux dirigeants palestiniens de participer à une telle conférence, ce qui est absurde », a regretté la ministre britannique du Développement international, Clare Short, l'un des plus proches ministres de Tony Blair. « Il y a des Palestiniens réformateurs qui veulent des réformes et nous devons faire plus en ce sens », a-t-elle plaidé. « La conférence de Blair visait à aider les Palestiniens à bâtir les institutions qui serviraient de point de départ à un Etat compétent et bien géré », a-t-elle ajouté. Dans une critique à peine voilée des Etats-Unis, Mme Short, réputée pour son franc-parler, a souligné qu'une partie du monde arabe reprochait à Washington de faire « deux poids, deux mesures » dans ses relations avec Israël d'un côté et l'Iraq de l'autre. Selon Mme Short, le Moyen-Orient se sent de plus en plus victime d'une « énorme injustice » de la part des pays occidentaux.

Bien avant la Grande-Bretagne, l'Union Européenne (UE) avait protesté mercredi contre l'interdiction faite par Israël aux responsables palestiniens de participer à la conférence. « La décision du gouvernement israélien ne contribue pas aux efforts de la communauté internationale pour promouvoir la procédure de réforme et la fin de la violence », a souligné un communiqué de la présidence grecque de l'UE, assurant que la décision israélienne accentue au contraire la haine et les extrémismes.

Rania Adel

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