Al-Ahram
Hebdo : Quel est l’objectif des entretiens
inter-palestiniens parrainés par Le Caire ?
Yasser Abd
Rabbo : Admettre qu’il n’existe qu’une seule autorité,
qu’un seul centre de contrôle et respecter les engagements
pris par ce
centre, c’est ça le principal objectif. La loi palestinienne
doit être appliquée à tous sans aucune exception. Nous ne
voulons pas de pluralité en dehors du cadre politique. Il
est impossible dans cette lutte difficile qu’il y ait une
vingtaine d’armées, de plans, de stratégies et de directions.
— En
d’autres termes, arrêter les attentats contre les civils ?
— Quand
l’Autorité palestinienne demande l’arrêt des opérations
contre les civils, cet appel doit être écouté par tout le
monde. Pour l’instant, nous attendons une réponse de l’autre
partie. Il est inutile de tenir des réunions juste pour
se réunir. Et dans de telles affaires, il n’existe pas de
compromis. Il n’y a pas d’avancée partielle ou proportionnelle.
Soit il y a des décisions et des personnes qui sont capables
de respecter ces décisions et les tendances de l’actuelle
Autorité palestinienne, soit il n'y en a pas. Pas de respect
à moitié ou d’acquiescement à moitié.
— Dans
ce contexte, à quoi la conférence de Londres doit-elle servir ?
— C’est
une réunion destinée en principe à soutenir l’Autorité palestinienne
dans ses réformes. On devrait aussi discuter des entraves
et des obstacles qu’Israël ne cesse de placer sur notre
route à travers la répression, le terrorisme, les sanctions,
les destructions, la confiscation des terrains et la colonisation.
C’est une tribune internationale comme beaucoup d’autres,
comme le Conseil de sécurité ou l’assemblée générale. Les
Palestiniens ne s’attendaient pas à ce que cette conférence
mette un terme au conflit au Proche-Orient. On sait d’avance,
à chaque fois, qu’aucune décision contraignante à l'égard
des Israéliens ne sera adoptée. On accepte d’y assister
car notre absence sert uniquement les intérêts d’Israël.
— Si
c’est le cas, pourquoi Israël empêche-t-il les Palestiniens
de partir pour Londres ?
— C’est
plutôt une mesure contre la Grande-Bretagne et contre les
efforts européens de paix en général. Une façon de les punir.
Bien sûr, les Israéliens affirment que cette décision intervient
suite à l’opération de Tel-Aviv. Mais je ne vois pas la
relation entre l’opération et une conférence sur la réforme.
Israël invente toujours des justifications et veut imposer
son veto à tout effort de paix ou toute activité politique.
Malheureusement, en se comportant de cette façon, l’Etat
hébreu est totalement soutenu et protégé par l’Administration
américaine. La question qui se pose maintenant est :
pourquoi les Etats-Unis n’ont-ils pas bougé le petit doigt
pour soutenir leur principal et constant allié, la Grande-Bretagne ?
Comment se fait-il qu'ils n’ont déployé aucun effort pour
sauver Tony Blair, qui a appelé personnellement la tenue
de cette conférence ? Et comment, par la suite, les
Palestiniens pourraient-ils faire confiance à la Maison
Blanche si elle ne peut pas obliger Israël à nous laisser
participer à une conférence non contraignante pour toutes
les parties.
— Les
Palestiniens appellent aussi à la tenue d’un sommet arabe
extraordinaire. Pourquoi ?
— La tenue
d’un sommet arabe n’est pas uniquement une demande palestinienne.
Je crois que c’est une volonté arabe vu les menaces d’une
éventuelle guerre au Proche-Orient qui pourrait redessiner
non seulement la carte de la région, mais aussi son avenir.
Dans tous les cas, le sommet ordinaire doit en principe
se tenir dans deux mois. Il faut que les Arabes discutent
aussi de cette intensification des sanctions et de la répression
israélienne à l’encontre des Palestiniens. Ils doivent se
demander : si Israël bloque une conférence d’une journée
à Londres, pouvons-nous attendre que cet Etat reprenne le
chemin de la paix ? Impossible.
|