Coup
de froid entre Londres et Tel-Aviv |
Ce n’est pas
entièrement nouveau, mais juste le dernier en date :
un coup de froid dans les relations israélo-britanniques.
Le premier ministre israélien Ariel Sharon vient d’opposer
un non catégorique au voyage à Londres des délégués palestiniens
pour participer à une conférence sur la réforme de l’Autorité
palestinienne. Le chef du gouvernement britannique avait
invité des représentants palestiniens, du Quartette (Etats-Unis,
Europe, Onu, Russie), d'Egypte, d'Arabie saoudite et de
Jordanie à se joindre à cette conférence. Israël n’était
pas invité.
Cette décision israélienne, qui a été qualifiée
de « contre-productive » par le secrétaire
britannique au Foreign Office, Jack Straw, n’a fait
que révéler des rapports souvent épineux entre Israël et
la Grande-Bretagne. Ainsi, Londres, qui a publié la déclaration
Balfour en 1917 qui a permis la fondation même de l’Etat
hébreu, est accusé aujourd’hui par les Israéliens de s’aligner
sur la position arabe. Ce faucon israélien et disciple de
Ben Gourion, nommé Sharon, semble ne pas avoir pardonné
à la Grande-Bretagne, qui avait, il y a plus de 80 ans,
insisté pour que rien ne compromette les droits civils et
religieux des communautés non juives présentes en Palestine.
Pourtant, loin d'adopter une position pro-palestinienne,
Londres s’efforce de temps en temps de suivre ses pairs
européens en critiquant ou en jugeant inacceptable la politique
militaire de l’Etat hébreu. Mais l’affront que vient de
subir Tony Blair, qui s’est personnellement impliqué pour
préparer cette conférence, a des origines encore plus profondes.
« C’est surtout le refus par Israël de voir une
autre puissance outre les Etats-Unis tenter d’intervenir
dans son conflit avec les Palestiniens. Il préfère que le
dossier ne soit géré que par les Américains »,
explique Alain Dieckhoff, directeur de recherche au Centre
d’Etudes et de Recherches Internationales à Paris (CERI).
Ceci serait d’ailleurs le souhait de la Maison Blanche,
qui ne s’est pas prononcée sur la décision israélienne et
a même réaffirmé le droit de l’Etat hébreu à l'autodéfense
en allusion à la dernière opération palestinienne de Tel-Aviv
dans laquelle ont péri 22 personnes, outre les deux kamikazes.
S’agit-il donc de simples représailles politiques à l’égard
des Palestiniens, tout comme l’interdiction de circulation,
de la pêche ou la fermeture d'universités ? Le chercheur
français y répond positivement et estime qu’il s'agit d’« une
mesure de rétorsion contre les Palestiniens. Mais ce coup
de froid n’est que provisoire et ne devrait pas affecter
les relations entre Londres et Tel-Aviv dans l’avenir ».
Peut-être, mais ceci n’empêche que pour
l’instant il existe certaines frictions qui s'expriment
de manière publique. C’est d’ailleurs ce qu'estime un responsable
britannique qui a requis l’anonymat. Pour lui, « les
Israéliens sont furieux car la Grande-Bretagne a bloqué
la livraison de pièces de rechange pour leurs avions
Phantom ». Il ne faut pas non plus oublier que le locataire
du 10 Downing Street n’a pas rencontré le chef de la diplomatie
israélienne, Benjamin Netanyahu, lors de sa visite à Londres,
mais s’est par contre entretenu avec le chef du Parti travailliste,
Amram Mitzna. Ingérence britannique, donc, dans les affaires
intérieures d’Israël en pleine campagne électorale ?!
Peu importe, Sharon a fini par imposer sa politique, même
à l’allié militaire numéro un des Etats-Unis. Et la lettre
envoyée à Ariel Sharon par Tony Blair pour plaider en faveur
du maintien de sa conférence internationale a reçu une fin
de non-recevoir. Cette prétendue « conférence internationale
sur la réforme de l’Autorité palestinienne » aura
finalement lieu, mais comme « conférence téléphonique ».
Décision que les Palestiniens ont subie
comme beaucoup d’autres. Parce qu’on se demande s’ils avaient
vraiment le choix. Participer à la conférence ou non ?
Etre sur place ou intervenir par téléphone ? Ils auraient
préféré une conférence pour mettre fin à cet éternel conflit.
Pourquoi ont-ils donc accepté ? Mahmoud Labadi, directeur
du Conseil législatif palestinien, déclare que « c’est
pour montrer notre bonne volonté à tout le monde, et que
ce ne sont pas les Palestiniens qui font obstacle à la paix ».
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| Samar Al-Gamal |
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Palestine
. Il ne s'agit pas seulement d'exigences américaines. Pour les Palestiniens,
elle est essentielle sur la voie de la constitution de leur Etat.
Même si les Israéliens font tout pour brouiller les cartes.
Préparer
l'avenir malgré tout |
« Une
république démocratique appliquant le multipartisme et ayant
pour capitale Jérusalem », tel est le résumé définissant
un Etat palestinien encore à venir, mais dont la Constitution
est en voie de création. Voire, elle serait presque prête
et n'attendrait qu'être revue par le Conseil central palestinien
(faisant partie de l'OLP) et proposé au Quartette international
pour qu'elle soit approuvée soit dans sa présente forme ou
amendée sur un ou plusieurs points si nécessaire.
Cette
Constitution fait partie d'une entreprise plus vaste, qui
est la réforme de l'Autorité palestinienne prévue par la Feuille
de route américaine prévoyant la création d'un Etat palestinien
en 2005. Avec la flambée de violence dans les territoires
palestiniens et l'interdiction faite par Israël aux représentants
palestiniens de se rendre à la Conférence de Londres où cette
Constitution est au menu, qu'en sera-t-il de ce processus
jugé fondamental, notamment par les pays occidentaux ?
La réforme, si elle est souhaitée par les Palestiniens eux-mêmes,
reste un desiderata des Etats-Unis. Washington insiste sur
des réformes pour que naisse un Etat palestinien aux côtés
de l'israélien. Elles sont de nature sécuritaire et financière
mais aussi électorales avec la tenue de présidentielles et
de législatives. Ce dernier point considéré longtemps comme
le plus important — la fameuse mise à l'écart d'Arafat
prôné par Bush — a été mis de côté avec le report
des élections qui devaient avoir lieu en janvier. De fait,
un retrait d'Israël des territoires autonomes est nécessaire
pour permettre une liberté de déplacement pour le vote. Or,
ces territoires sont sous bouclage et occupation et que le
chef de l'exécutif devant les organiser lui-même candidat
à la réélection, à savoir Yasser Arafat, est confiné dans
son quartier général en ruines de Ramallah. Dans ce cas peut-on
rêver de réforme ou de Constitution ?
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La répression des Israéliens
contre toute action positive
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« Les
réformes sont en fait une revendication du peuple palestinien »,
souligne Mohamad Sobeih, ambassadeur de la Palestine auprès
de la Ligue arabe. Il tente ainsi de démontrer qu'il ne s'agit
pas de conditions édictées par les seuls Etats-Unis. D'ailleurs,
l'accept ation
par les Palestiniens de participer à la Conférence de Londres
sous sa nouvelle forme de vidéoconférence, témoigne de leur
bonne volonté. Cependant, Israël accumule les obstacles devant
les mesures prévues « pour le volet sécuritaire, la
police palestinienne fait ce qu'elle peut. Mais 60 %
de ses membres ont été ou bien tués ou bien mis en prison
par les Israéliens. Les autres n'osent pas se montrer en uniforme
pour éviter que les Israéliens leur tirent dessus ».
Le diplomate rappelle aussi que 99 % de l'infrastructure
sécuritaire palestinienne est détruite. « Or, on nous
demande à nous, dans ces conditions, d'empêcher que des attaques
aient lieu à l'intérieur d'Israël », ajoute Sobeih.
Il rappelle qu'Israël, qui est une véritable forteresse en
matière de sécurité, n'a pu empêcher des opérations au cœur
de Tel-Aviv et de Haïfa.
En dépit de toutes
ces difficultés, les réformes sécuritaires ont commencé à
avoir lieu depuis un certain temps, comme le souligne Emad
Gad, rédacteur en chef du mensuel Israeli Digest publié
par le Centre des Etudes Politiques et Stratégiques d'Al-Ahram
(CEPS). « L'unification de toutes les institutions
et organismes sécuritaires et la nomination d'un ministre
de l'Intérieur constituent des pas importants sur cette voie ».
Gad rappelle que selon la Feuille de route, l'Autorité palestinienne
devait essayer de parvenir à un certain calme. « Les
mesures pour parvenir à cet objectif ont été notamment les
réunions du Caire entre Fatah et Hamas parrainées
par l'Egypte ». Selon ce même document, les Etats-Unis
devaient faire pression sur Israël pour que celui-ci atténue
ses constantes activités ou répressions dans les territoires
palestiniens. Cela n'a pas eu lieu. La répression se poursuit,
les assassinats ciblés, les humiliations quotidiennes et les
incursions militaires, tout comme la destruction des maisons.
Tout ce que fait Israël semble être une sorte de provocation,
un appel à la révolte pour que se poursuive le cercle vicieux
de la violence et soient tuées dans l'œuf les tentatives d'accord
entre Hamas et l'Autorité palestinienne. |
Un vrai ministre des Finances
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La transparence
en matière de gouvernance et de finances figure aussi dans
cette feuille de route. Or, jusqu'à présent et en dépit des
difficultés réelles sur le terrain où l'Autorité palestinienne
n'a presque pas de moyens, un pas a été franchi. « Auparavant,
les affaires financières étaient discutées et décidées dans
le bureau de Yasser Arafat. A présent, elles le sont uniquement
par le nouveau ministre des Finances » rappelle Abdel-Moneim
Saïd, directeur du CEPS. L'actuel ministre des Finances, Salam
Fayad, « est un homme d'une réputation irréprochable
que ce soit du point de vue de ses capacités ou de son intégrité.
Nous avons accepté la surveillance par les Etats-Unis de nos
affaires financières même si l'on sait qu'aucun Etat au monde
n'accepte ce genre d'ingérence dans ses affaires internes »,
précise de son côté Sobeih. Celui-ci relève que les Israéliens,
qui ont accusé l'Autorité palestinienne de corruption et convaincu
Washington à ce propos, vivent eux les plus graves scandales.
« On est en train d'être témoin d'une série de scandales
financiers dans lequel le Likoud, Sharon et ses deux fils,
sont noyés jusqu'au cou. Ce qui est invraisemblable, c'est
qu'ils accusent les autres de corruption, alors qu'ils sont
eux-mêmes en train de baigner dans les scandales ». |
Une Constitution en préparation
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On voit bien
que les Palestiniens œuvrent sérieusement pour s'acquitter
de leur mission. En fait, ce n'est pas uniquement une question
de se conformer à des exigences devenues pour Washington une
condition imposée à toute la région et non seulement à l'Autorité
palestinienne, c'est une nécessité du peuple palestinien.
Le projet de Constitution palestinienne qui est pratiquement
prêt « réunit tous les éléments qui, normalement,
font partie d'une charte moderne, dans n'importe quel pays
du monde », souligne Salah Amer, juriste égyptien,
rapporteur de la commission arabe chargée de préparer l'avant-projet
de Constitution. Il souligne que la Constitution garantit
« le caractère démocratique de l'Etat, les droits
essentiels du citoyen palestinien, un équilibre entre les
pouvoirs législatif et exécutif, diverses garanties pour cet
équilibre. Tout cela pour que cette Constitution soit un cadre
pour une vie politique intègre, bâtie sur le multipartisme
et la démocratie », précise-t-il.
« Du
point de vue théorique, la Constitution prévoit un ordre idéal »,
reconnaît cependant Amer. En fait, il n'est pas facile d'élaborer
une Constitution sous l'occupation et la guerre. « En
fait, quand on observe la réalité palestinienne, on remarque
que ce peuple exerce naturellement la démocratie. Et que la
rue politique palestinienne a plusieurs formes de multipartisme
et de respect mutuel entre les diverses tendances politiques »,
estime Amer. En outre, la société civile palestinienne, avec
son réseau serré d'associations, est très forte et très indépendante.
Cependant, à
la question de savoir comment sera résolu le problème épineux
de la religion. Il affirme que la Constitution palestinienne
va dans le sens permettant de « traiter la réalité
spécifique du peuple palestinien ». C'est à dire
qu'elle sera proche de beaucoup de Constitutions arabes, sans
être identiques à aucune d'elles. « La charia islamique
sera une référence juridique et non la seule ».
Des questions
comme celles des frontières, de la capitale (Jérusalem) et
des réfugiés restent plus ou moins suspendues au progrès des
négociations. « Même si les Palestiniens ont prévu
des solutions pour chacune de ces questions, celles-ci seraient
annoncées au moment opportun », souligne S.
Quoi qu'il en
soit, rien n'empêche du point de vue légal que les Palestiniens
appliquent leur Constitution même sous occupation, affirme
Amer. « L'Etat palestinien existe dans la mesure où
il est reconnu par l'ensemble des pays du monde, Israël inclus.
En plus, un certain nombre de résolutions de l'Assemblée générale
et du Conseil de sécurité comme les 181, 242 et 338 reconnaissent
les frontières de l'Etat palestinien et disent que c'est Israël
qui est en train d'enfreindre la loi, en imposant sur les
territoires palestiniens une occupation illégale »,
précise ce spécialiste du droit international.
Mais en fait,
comme le rappelle Sobeih, la Feuille de route est la sixième
ou septième tentative internationale qui échoue. Des missions
Tenet et Mitchell à la plus récente initiative de Tony Blair
en passant par Taba en janvier 2001 et l'initiative du sommet
arabe de Beyrouth, ils sont nombreux ces projets restés lettre
morte suite à l'obstruction israélienne. Mais pour la réforme,
il est évident que les Palestiniens s'y investissent sérieusement.
Pour leur propre avenir et pour la paix.
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Randa Achmawi
Ahmed Loutfi
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